Balzac, le plus "économiste" des auteurs français

C’est la rue la plus campagnarde de Paris. Cette étroite ruelle aux pavés inégaux, entourée de hauts murs couverts de lierre, n’a pas changé depuis deux cents ans. Ancienne voie du village de Passy, la rue Berton, dans le XVIe arrondissement, doit sa pérennité au plus illustre de ses habitants, Honoré de Balzac. Au n° 24 se trouve l’un des deux accès de la seule demeure parisienne de l’écrivain qui subsiste encore. Son entrée principale se situe plus haut sur la colline de Chaillot, dans la rue Raynouard. Le romancier y vécut de 1840 à 1847, confiné dans cinq pièces d’un pavillon devenu aujourd’hui un musée géré par la ville de Paris, la Maison de Balzac. C’est dans cet appartement qu’il écrivit quelques-uns de ses plus grands chefs-d’œuvre, La Rabouilleuse, La Cousine Bette ou Illusions perdues. Criblé de dettes, poursuivi par ses créanciers, Balzac s’y faisait appeler Monsieur de Breugnol, le pseudonyme de sa servante et maîtresse, Louise. L’écrivain n’avait pas choisi son refuge par hasard. Le double accès de la maison lui permettait d’échapper facilement aux dangereux importuns.

Toute sa vie, Balzac a croulé sous les dettes. Lorsqu’il se lance dans la carrière littéraire, après la faillite de son imprimerie en 1828, il est endetté de 60 000 francs, l’équivalent de plus de 200 000 euros actuels. A sa mort, en 1850, ses comptes font apparaître un passif de 260 000 francs ! Balzac a-t-il écrit pour rembourser ses dettes ou s’est-il endetté pour se forcer à écrire ? Sans la pression constante de ce qu’il appelait sa « dette flottante », l’écrivain n’aurait sans doute pas laissé une œuvre aussi monumentale que La Comédie humaine, avec ses 91 romans et ses 2 504 personnages. L’obsession pécuniaire de Balzac en a surtout fait le plus « économiste » des écrivains français, « un cerveau rempli de chiffres comme le cabinet d’un financier », disait Baudelaire. Dans son œuvre, l’argent est omniprésent. « Il compte la fortune de ses personnages, en explique l’origine, les ac[...]

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