Ballon d’Or: malgré Mané, le football africain reste hors podium

La cérémonie du Ballon d’Or 2019 a vu Lionel Messi être récompensé pour la 6e fois de sa carrière. Sadio Mané, qui comptait parmi les favoris après sa belle année, termine au pied du podium. Depuis le sacre de George Weah en 1995, aucun footballeur africain n’est parvenu à monter sur le podium.

De notre envoyé spécial à Paris,

Avec le Gabonais Pierre-Emerick Aubameyang, l’Algérien Riyad Mahrez, l’Egyptien Mohamed Salah et les Sénégalais Kalidou Koulibaly et Sadio Mané, le continent africain n’avait jamais été autant représenté parmi les finalistes du Ballon d’Or que dans cette édition 2019.

En 1995, ils étaient certes six, mais seuls le Libérien George Weah, élu Ballon d’Or, le Nigérian Finidi George (21e) et le Ghanéen Anthony Yeboah (23e) avaient reçu des points. Les Nigérians Daniel Amokachi et Jay-Jay Okocha et le Tchadien Japhet N’Doram n’avaient reçu aucun point.

Ce n’est toutefois pas cette année que « Mister George » verra un Africain lui succéder. Celui qui est depuis devenu président du Liberia restera, pour au moins un an encore, le seul footballeur du continent à avoir soulevé le Ballon d’Or. Il demeure même le seul Africain à être monté sur le podium.

Mané égale Drogba, mais ses fans sont dépités

Didier Drogba, maître de cérémonie au Théâtre du Châtelet, était celui qui s’en était le plus rapproché jusqu’à présent. En 2007, l’Ivoirien s’était classé 4e. Désormais, l’Eléphant n’est plus seul. Mohamed Salah progresse (5e alors qu’il était 6e en 2018), mais ce n’est pas le Pharaon qui égale la performance de Didier Drogba. Non, cet honneur est pour Sadio Mané.

Le Sénégalais, qui s’était classé 23e en 2017 et 22e en 2018, réalise un joli bond jusqu’à la 4e place. Une performance remarquable, mais malgré tout décevante aux yeux de ses nombreux supporters qui s’étaient pressés aux abords du Théâtre du Châtelet lundi.

Drapeaux du Sénégal, maillots des Lions de la Téranga : les quelques fans des vice-champions d’Afrique et du joueur de Liverpool s’étaient équipés comme il le fallait pour afficher leur soutien. Et même s’ils étaient volontiers rigolards avec les badauds qui applaudissaient les invités quittant le Théâtre du Châtelet, ils ne cachaient pas leur déception après cette 4e place prise par leur chouchou, qui n’est pas venu pour la cérémonie.

« Sadio Mané  Ballon d'Or, Ballon de Diamant, Ballon International ! Il le méritait vraiment ! On est dégoûté, on devait le lui donner », a répété Kalidou au micro de RFI. « Messi n’a rien fait en Ligue des champions », a ajouté Momo. Il faut croire que les performances individuelles de l’Argentin ont davantage convaincu le jury composé de 180 journalistes du monde entier.

Des votes dispersés entre Van Dijk, Mané et Salah

Egalement devancé par Virgil van Dijk et Cristiano Ronaldo, Sadio Mané connaît la même mésaventure que Wesley Sneijder, Andrés Iniesta, Xavi Hernandez, Manuel Neuer ou encore Franck Ribéry ces dix dernières années : on peut briller de mille feux, mais qu’il est difficile de se faire une place au sommet du Ballon d’Or derrière ces monstres que sont Lionel Messi et Cristiano Ronaldo. Même lorsqu’ils traversent une saison peu brillante collectivement, l’Argentin et le Portugais arrivent à tirer leur épingle du jeu.

Un autre phénomène a probablement nui à Sadio Mané comme à Virgil van Dijk : l’éclatement des voix entre les joueurs de Liverpool. Ils étaient 7 parmi les 30 finalistes. Georginio Wijnaldum (26e), Trent Alexander-Arnold (19e) et Roberto Firmino (17e) n’étaient pas attendus particulièrement haut dans le classement. Il était acquis qu’Alisson Becker ferait un bon résultat sans se mêler à la lutte pour le sacre ; il a fini 7e.

En revanche, Mohamed Salah était vu comme un outsider (sa petite progression par rapport à 2018 le prouve), tandis que Sadio Mané et Virgil van Dijk étaient parmi les favoris. C’est le risque qui plane quand un club – Liverpool en l’occurrence – réalise une saison aussi belle en s’appuyant avant tout sur un collectif composé de quelques individualités fortes : au moment d’attribuer le Ballon d’Or, les votes se répartissent entre elles plutôt que d’aller vers un seul candidat.

A titre de comparaison, parmi les joueurs du FC Barcelone lors de la saison 2018-2019 nommés au Ballon d’Or (sans De Jong et Griezmann donc), on retrouve seulement deux joueurs : Lionel Messi, tout au sommet, et Marc-André ter Stegen bien plus bas (24e).

« Rendez-vous à l'année prochaine » promet Mané

Au final, les interrogations subsistent et les débats restent divisés : le Ballon d’Or doit-il récompenser le meilleur joueur du monde ou le joueur le plus brillant au sein de l’équipe la plus brillante ? En 2018, le jury semblait avoir tranché pour la deuxième option en sacrant Luka Modric. Cette année, c’est plutôt la première option qui a été privilégiée, le génial Messi ayant été élu devant les excellents Van Dijk et Mané.

Le Sénégalais surpasse largement la précédente meilleure marque établie par ses compatriotes Papa Bouba Diop et El-Hadji Diouf (21e en 2001). Mais le sommet du Ballon d’Or et la succession de l’iconique George Weah paraissent encore loin. Dans un an, peut-être ? Sadio Mané, en tout cas, ne perd pas espoir. « Bravo aux vainqueurs. On se donne rendez-vous à l'année prochaine. J'essaierai d'être là pour peut-être soulever le Ballon d'Or inch'allah ! », a-t-il promos dans une vidéo diffusée aux lauréats 2019.

LES AFRICAINS LES MIEUX CLASSES AU BALLON D’OR

1er : George Weah (Liberia) en 1995
4e: Didier Drogba (Côte d’Ivoire) en 2007 et Sadio Mané (Sénégal) en 2019
5e : Samuel Eto’o (Cameroun) en 2009 et Mohamed Salah (Egypte) en 2019
6e : Samuel Eto’o (Cameroun) en 2006 et Mohamed Salah (Egypte) en 2018
7e : Riyad Mahrez (Algérie) en 2016
8e: Didier Drogba (Côte d’Ivoire) en 2008 et Samuel Eto’o (Cameroun) en 2011
9e : Didier Drogba (Côte d’Ivoire) en 2009
10e : Samuel Eto’o (Cameron) en 2005 et Riyad Mahrez (Algérie) en 2019
11e : Nwankwo Kanu (Nigeria) en 1996, Frédéric Kanouté (Mali) en 2007 et Pierre-Emerick Aubameyang (Gabon) en 2016
12e : George Weah (Liberia) en 1996, Samuel Eto’o (Cameroun) en 2010 et Yaya Touré (Côte d’Ivoire) en 2012, 2013 et 2015
14e : Didier Drogba (Côte d’Ivoire) en 2005 et Yaya Touré (Côte d'Ivoire) en 2014
15e : Samuel Eto’o (Cameroun) en 2004
17e : Didier Drogba (Côte d’Ivoire) en 2004 et Samuel Eto’o (Cameroun) en 2008
18e: Asamoah Gyan (Ghana) en 2010
20e: Pierre-Emerick Aubameyang (Gabon) en 2019
21e: Papa Bouba Diop (Sénégal) et El-Hadji Diouf (Sénégal) en 2002
22e : Michael Essien (Ghana) en 2005 et Sadio Mané (Sénégal) en 2018
23e : Sadio Mané (Sénégal) en 2017
24e : Michael Essien (Ghana) en 2007 et Kalidou Koulibaly (Sénégal) en 2019
28e : Yaya Touré (Côte d'Ivoire) en 2009
30e : Samuel Eto'o (Cameroun) en 2007