Le ballet diplomatique européen se poursuit en Libye grâce à l'embellie politique

Hamza MEKOUAR
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Les Premiers ministres italien et grec effectuent mardi une visite officielle en Libye, preuve supplémentaire du vif intérêt de l'Europe pour l'embellie politique dans ce pays du voisinage après une décennie de chaos.

Ces dernières semaines, Tripoli a vu défiler des responsables européens après que le gouvernement unifié a obtenu la confiance du Parlement pour mener la transition du pays vers des élections fin décembre, une entente négociée sous l'égide de l'ONU.

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a rencontré les nouvelles autorités chargées d'unifier les institutions jusqu'alors divisées entre deux pouvoirs rivaux dans l'est et dans l'ouest du pays.

"Les évolutions pendant la dernière décennie ont limité nos relations économiques mais la présence des entrepreneurs grecs en Libye n'a jamais été interrompue. Maintenant que la situation s'est stabilisée, l'intérêt renaît", a dit M. Mitsotakis en conférence de presse à Tripoli, aux côtés du Premier ministre libyen par intérim Abdelhamid Dbeibah.

Comme attendu, il a annoncé la réouverture de l'ambassade de Grèce à Tripoli, qui "sera suivie par le consulat grec à Benghazi" (est).

- Contentieux maritime -

L'accord turco-libyen de délimitation maritime, qui a suscité fin 2019 la colère de la Grèce et de l'Union européenne, a également été abordé avec en toile de fond la question des hydrocarbures en Méditerranée orientale.

La Turquie a signé cet accord avec l'ex-Gouvernement d'union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, qu'elle avait aidé militairement pour repousser l'offensive sur Tripoli du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'Est.

"Cette nouvelle étape dans nos relations permettra de corriger et d'effacer les erreurs commises durant la phase précédente", a déclaré M. Mitsotakis, en demandant "l'annulation des documents illégaux présentés comme des accords entre Etats alors qu'ils n'ont aucune valeur juridique".

"Nous soulignons l'importance de tout accord susceptible d'apporter des solutions adéquates tout en préservant les droits de la Libye, de la Grèce et de la Turquie", a réagi M. Dbeibah.

"Nous sommes prêts à constituer des commissions mixtes avec la Grèce pour reprendre les discussions sur la délimitation des frontières maritimes, et définir la zone économique exclusive pour chaque pays entre la Crète et la Libye", a-t-il assuré.

Presque au même moment, des dirigeants de l'UE en visite en Turquie demandaient à Ankara des actes pour démontrer sa volonté d'apaisement, notamment le retrait de ses troupes de Libye et le règlement de son contentieux maritime avec la Grèce.

Plus tôt dans la journée, le chef du gouvernement italien Mario Draghi a lui aussi rencontré à Tripoli les nouvelles autorités pour sa première visite à l'étranger à ce poste.

"La condition préalable pour pourvoir aller de l'avant avec courage est que le cessez-le-feu continue et soit strictement respecté", a-t-il souligné, en référence à l'accord signé entre les parties en conflit en octobre.

Sur le dossier migratoire, M. Draghi s'est dit "satisfait" des sauvetages menés au large de la Libye, important point de passage pour des dizaines de milliers de migrants cherchant chaque année à rejoindre par la Méditerranée les côtes italiennes, distantes de quelque 300 km.

L'Italie, ancienne puissance coloniale, est pour la Libye un partenaire commercial de premier plan, notamment dans le domaine des hydrocarbures, avec une importante présence du géant italien Eni dans ce pays qui dispose des plus importantes réserves pétrolières d'Afrique.

- Soutien de l'UE -

Les chefs de la diplomatie française, allemande et italienne ont rencontré les nouvelles autorités le 25 mars à Tripoli dans un geste européen de soutien face aux progrès politiques.

Le président du Conseil européen Charles Michel s'y trouvait dimanche pour apporter le soutien de l'UE au gouvernement. Le lendemain, le Premier ministre maltais Robert Abela y a annoncé la réouverture de l'ambassade à Tripoli.

La Libye tente de s'extraire d'une décennie de conflit, depuis la chute en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi, un chaos marqué par l'existence de pouvoirs rivaux, par des violences sanglantes et par la présence de milices, de combattants étrangers et de groupes jihadistes.

Le nouvel exécutif est né d'un processus onusien lancé en novembre, mis sur orbite en février et confirmé en mars par un vote de confiance du Parlement.

Les défis restent colossaux après 42 ans de dictature et une décennie de violences ayant suivi une intervention militaire internationale, lancée en mars 2011 sous l'égide de l'Otan et conclue en octobre de la même année par la mort du "Guide" Mouammar Kadhafi.

Malgré la fin des combats à l'été 2020, suivie par un accord de cessez-le-feu en octobre, le pays reste miné par des luttes d'influence, le poids des milices et la présence de mercenaires étrangers. L'ONU, la Libye et plusieurs pays appellent sans cesse à leur retrait immédiat.

Les autorités ont annoncé lundi la création d'une commission de réconciliation nationale --saluée le lendemain par l'ONU-- qui sera chargée de rétablir la paix sociale.

hme/rb/elm