Les Balkans accueillent des centaines d’Afghans pendant que Washington étudie leurs demandes d’asile

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Plusieurs centaines de réfugiés afghans sont arrivés ces derniers jours en Albanie, au Kosovo et en Macédoine du Nord. Les pays des Balkans ont été pressés par les autorités américaines « d'héberger » temporairement ces réfugiés fuyant la prise du pouvoir afghan par les talibans, le temps que leurs demandes d'asile pour les États-Unis soient examinées.

De nos correspondants régionaux,

Tout était prêt pour les recevoir depuis plus d’une semaine, mais le premier groupe de 121 réfugiés afghans n’est arrivé à Tirana que dans la nuit du vendredi 27 au samedi 28 août. Au lendemain soir, c’était au tour de 111 de leurs compatriotes, acheminés par un gros porteur de l’US Air Force, d’atterrir à Pristina.

Quelques heures plus tard, 149 autres Afghans se posaient sur l'aéroport de Skopje, en Macédoine du Nord, ainsi que des membres d'organisations internationales et leurs familles. Ces derniers sont logés dans des hôtels situés à la périphérie de Skopje et doivent dans un premier temps disposer d’un titre de séjour de 90 jours.

La Macédoine du Nord attend l’arrivée de 780 évacués d’Afghanistan, même si le Premier ministre Zoran Zaev avait précédemment évoqué le chiffre de 1 800. Deux autres groupes d’évacués afghans sont arrivés à Pristina lundi 30 et mardi 31 août.

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Des Afghans accueillis pour « 12 à 14 mois » en attendant l’étude de l’asile

L’Albanie, le Kosovo et la Macédoine du Nord se sont en effet engagés à accueillir d’anciens collaborateurs afghans des États-Unis, le temps que soient vérifiés leurs documents d’identité et qu’ils puissent obtenir l’asile. Une procédure qui pourrait prendre « de 12 à 14 mois », selon les estimations avancées par des officiels de Pristina.

Au Kosovo, c’est un centre d’hébergement édifié pour des employés de l’autoroute construite par le consortium américano-turc Bechtel-Enka qui devrait loger les exilés. Ce centre jouxte l’immense base américaine de Camp Bondsteel, dans le sud-est du pays, à une quarantaine de kilomètres de la capitale. Si le site se révèle trop petit, les Afghans pourraient être logés dans les anciennes bases militaires allemande et française.

Les autorités du Kosovo se disent prêtes à accueillir 2 000 exilés, mais des chiffres bien plus importants ont circulé ces derniers jours, allant jusqu’à 10 000 personnes.

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Conditions d’accueil mystérieuses, négociées dans la plus grande discrétion

Dans chacun des pays, les premiers avions ont été accueillis en grande pompe par les ministres des Affaires étrangères et les ambassadeurs américains respectifs. Ces derniers n’ont pas manqué de saluer une coopération « exemplaire ».

En réalité, les conditions d’accueil, négociées dès la mi-juillet dans la plus grande discrétion entre Washington et les gouvernements d’Albanie, du Kosovo ,mais aussi de Macédoine du Nord, restent très mystérieuses : combien de personnes, pour combien de temps, et surtout qui, parmi les anciens collaborateurs de l’armée ou des agences civiles américaines, devra passer par le « sas » des Balkans ?

Selon témoignages recueillis par Le Courrier des Balkans auprès des premiers évacués arrivés à Tirana, ceux-ci n’ont été informés de leur destination que « deux ou trois heures avant le décollage », alors qu’ils avaient déjà réussi à monter dans un avion. Tous disent espérer gagner au plus vite les États-Unis ou un pays d’Europe occidentale, mais les procédures administratives qui vont être mises en place demeurent inconnues.

Pour le moment, la police albanaise se contente d’identifier ceux qui disposent d’un passeport valable, d’une simple carte d’identité afghane ou qui n’ont aucun document, ce qui serait le cas de nombreux enfants, évacués avec leurs parents.

Flou total en cas de procédure longue… ou de refus d’asile

Après le contrôle de police, les Afghans ont été transférés vers leur lieu de résidence provisoire, sans rien pouvoir emporter d’autre qu’un petit sac à main. Malgré la présence de médecins, ils n’ont pas eu droit à d’autre assistance sanitaire qu’un test PCR anti-Covid-19 et la marge de manœuvre dont disposent les exilés est encore incertaine.

À Tirana, on leur a fermement « déconseillé » de s’adresser à la presse, règle dont certains n’ont pas hésité à s’affranchir. Leur logement à la Cité universitaire n’est pas fermé.

À l’inverse, à Pristina, tout contact avec les exilés était impossible. Le ministère de l’Intérieur a même annoncé lundi 30 août que, « pour des raisons de sécurité et de protection de la vie privée des réfugiés afghans stationnés au Kosovo, les médias locaux et internationaux n'auront pas accès au camp » où ils seront logés. Côté albanais, le camp où les réfugiés devraient être transférés, à Shengjin, serait également clos, selon de premiers témoignages. Mais auront-ils le droit d’en sortir ?

Si la perspective d’obtenir une carte de séjour américaine peut amener les exilés à accepter un cantonnement provisoire, il est difficile de supposer que ce sera toujours le cas si les procédures finissent par durer. De même, on ignore encore tout de ce qui sera proposé à ceux qui se verraient refuser l’asile aux États-Unis.

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