En balade avec des gendarmes pour reprendre sa moto en main

"Surveillez vos trajectoires": une quinzaine de motards enchaînent les virages sur des routes bucoliques de Haute-Garonne, encadrés par six gendarmes, qui leur dispensent conseils et encouragements, pour mieux dompter leur monture.

En ce samedi de printemps, la matinée "Reprise de guidon", organisée par la gendarmerie, débute par un briefing café-madeleines dans un local du peloton motorisé de Villefranche-de-Lauragais.

Le lieutenant Sébastien Cebulski rappelle les fondamentaux lors de cette opération gratuite de sensibilisation et de prévention routière, qui se déroule également dans d'autres départements de France.

"On ne fait pas que sanctionner. L'objectif, indique le patron du peloton motorisé aux 15 motards invités, c'est un échange entre passionnés de moto, vous conseiller, partager notre expérience."

Sur les quatre premiers mois de l'année, les gendarmes de Haute-Garonne ont relevé que des deux-roues sont impliqués dans 42% des accidents de la route, souligne le capitaine Christophe Barré, commandant adjoint de l'escadron départemental de sécurité routière.

- Oreillette déconseillée -

Avant de prendre la route pour deux heures de pratique, il met en garde contre les dispositifs permettant d'utiliser son téléphone portable au guidon. "Pour piloter une moto, il faut être dix fois plus vigilant qu'en voiture. Les oreillettes bluetooth, vous oubliez, ça perturbe, c'est pas pour écouter de la musique, ni pour téléphoner à maman ou aux enfants."

Un motard étouffe un éclat de rire coupable. Une autre interroge le militaire: "C'est vrai qu'en cas d'accident, les assurances peuvent avoir accès aux données de l'opérateur téléphonique?" "Oui, répond le gendarme, et l'enquête peut déterminer que vous étiez au téléphone au moment de l'accident."

Après dix séances de "Reprise de guidon" en 2021, douze sont programmées cette année, au printemps et à l'automne.

"Ca donne une autre image (des gendarmes), bien meilleure", sourit Zohra Germain, une commerçante de 42 ans. "Et puis c'est gratuit, alors que j'avais vu des stages à 400 euros", ajoute-t-elle.

Equipés de combinaisons ou blousons, casques neufs ou ayant peu servi, les 15 motards enfourchent leurs grosses cylindrées rutilantes et roulent sagement derrière leurs moniteurs du jour.

Quelques instants plus tard, sur une aire de repos à l'ombre de platanes bordant la RD 622, le gendarme Ken Suire recadre ses troupes. "Restez concentrés, surveillez vos trajectoires. Tu étais un peu trop à l'intérieur du virage, au niveau de la trace de gasoil, lance-t-il en se tournant vers l'un des motards. Le maître-mot c'est anticiper, prendre l'information avant, avec le regard qui va loin."

De son côté, le capitaine Barré insiste sur le danger de ne pas être vus par les automobilistes. "Allez chercher le regard du conducteur, notamment aux intersections. On est en sécurité une fois qu'on est vu. Souvent les automobilistes disent: +Les motos, on ne les voit pas arriver+."

- Remise à niveau -

"Soyez en surrégime dans les virages, vous aurez une meilleure motricité, et pas en mode tracteur, pop-pop-pop", mime-t-il en souriant, déclenchant un éclat de rire général.

"Bien rouler à moto, c'est pas rouler fort et faire du bruit", ajoute-t-il, las des motards qui roulent "comme des malades".

S'il a le permis depuis 25 ans, Jean-Pierre Le Pêcheur vient seulement d'acheter sa première moto.

"J'ai eu un AVC il y a cinq ans et j'ai l'impression d'avoir tout oublié. Alors j'ai pris quelques cours de conduite et cette sortie avec les gendarmes, ça me permet de me remettre à niveau, de gagner en sérénité sur la route", explique ce chauffeur-livreur de 45 ans.

Les onze hommes et quatre femmes, de 25 à 60 ans, qui participent à la sortie sont tous propriétaires de grosses motos "dont ils ne maîtrisent pas forcément la puissance", remarque le capitaine.

Olivier Kippeurt, titulaire du permis depuis février, admire la maîtrise des gendarmes au guidon, "ils utilisent à peine le frein, tout en motricité". "Cette formation, ça donne de la confiance", confie le motard de 51 ans, peu habitué aux petites routes sinueuses de ce secteur vallonné, à une cinquantaine de kilomètre de Toulouse.

Depuis une "belle gamelle", lors d'une excursion en groupe, à une cadence trop élevée, Zohra Germain, 42 ans, conduisait sa moto avec appréhension. "Cette journée, confie-t-elle, ça m'a permis de rectifier ma position, mes trajectoires, et d'atténuer ma crainte. C'est rassurant."

ap/fpp/dch

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