Baisse du nombre de greffes en 2018, après huit ans de hausse

Paul RICARD
Evolution du nombre de greffes d'organe en France (2017-2018)

Paris (AFP) - Après huit années de hausse, il y a eu 324 greffes de moins en France en 2018 mais paradoxalement, l'une des principales causes de cette baisse est positive: les progrès de la médecine contre les AVC.

L'an dernier, 5.781 greffes ont été réalisées en France tous organes confondus, contre 6.105 en 2017 et 5.891 en 2016, a annoncé vendredi l'Agence de la biomédecine, chargée de superviser les prélèvements et les transplantations.

L'essentiel de cette baisse vient des greffes de rein, qui sont aussi les plus pratiquées: il y en a eu 3.546 l'an dernier (dont 537 grâce à un donneur vivant) contre 3.782 en 2017 (dont 611 grâce à un donneur vivant).

Derrière les greffes de rein, il y a eu en 2018 1.323 greffes de foie (dont 14 grâce à un donneur vivant, qui donne une partie de cet organe), 450 de coeur, 372 de poumons, 78 de pancréas, 9 coeur-poumons et 3 d'intestins.

La majorité des greffes, tous organes confondus, est réalisée à partir de donneurs en état de mort cérébrale. Or, si leur nombre était de 1.796 en 2017, il a baissé à 1.743 l'an passé.

"50 donneurs en moins, ça peut aboutir à 200 greffes de moins" puisque plusieurs organes peuvent être prélevés sur chaque donneur, a indiqué le Pr Olivier Bastien, directeur du prélèvement à l'Agence de la biomédecine, lors d'une conférence de presse.

Grâce aux campagnes d'information et à une meilleure prise en charge, "ces dernières années, la mortalité liée aux accidents vasculaires cérébraux a baissé de 15%", selon l'Agence.

"C'est un très grand succès de la médecine, qui entraîne une disponibilité de greffons moins importante", a analysé le Pr Yves Pérel, directeur général adjoint de l'Agence.

Autre raison invoquée, l'épidémie de grippe de l'hiver 2017-18, qui a "fortement mobilisé les équipes hospitalières et notamment les services de réanimation", selon l'Agence. Conséquence: ces équipes ont été moins disponibles pour l'activité de prélèvement.

"Il faut maintenir une priorisation (de l'activité de prélèvement, ndlr), qui peut baisser à certains moments dans certains établissements", a souligné le Pr Bastien.

L'Agence en veut pour preuve le fait que la "remobilisation" des équipes médicales en fin d'année a permis de limiter la baisse des greffes à 5%. Les prévisions initiales tablaient plutôt sur 10%.

- "Consentement présumé" -

"Il y a eu un redressement non négligeable des prélèvements et transplantations en novembre/décembre", a confirmé le Pr. Pérel, selon qui il est donc possible d'inverser la tendance à la baisse "grâce à l'implication de l'ensemble des équipes".

Selon l'Agence, la baisse du nombre de prélèvements n'est pas due à un plus grand nombre de refus de la part de donneurs décédés.

"Le taux de refus a baissé puisqu'il est passé de 33% en 2016 à 30% l'an dernier", a indiqué le Pr Bastien.

Si on ne souhaite pas donner ses organes après sa mort, il existe deux moyens de le faire savoir: le dire à ses proches ou s'inscrire de son vivant sur un registre national des refus.

Dans le cas contraire, la loi considère que chacun est un donneur potentiel, selon le principe du "consentement présumé".

En 2018, le nombre de transplantations à partir de donneurs vivants, qui concernent les greffes de rein et de foie, a lui aussi diminué, passant de 626 à 551.

Pour enrayer la baisse globale de 2018, l'Agence veut "poursuivre la diversification des sources de greffons". L'un des moyens est d'inciter davantage de donneurs vivants à franchir le pas. Ces dons-là ne peuvent toutefois avoir lieu qu'entre proches.

L'Agence souhaite aussi développer un type particulier de prélèvement, qui pose toutefois d'épineuses questions éthiques: il concerne des donneurs décédés après la décision médicale d'arrêter les traitements car leur état était trop grave (leur cerveau ayant par exemple été endommagé après un accident cardiaque ou une noyade).

L'objectif du plan greffe 3 (2017-21) est de dépasser les 7.000 greffes en 2021.