Bahamas: après Dorian, les rescapés tentent de fuir et témoignent

Aux Bahamas, des milliers d’habitants des îles d’Abaco et de Grand Bahama, touchées de plein fouet par l’ouragan Dorian, tentent de fuir. Sur le tarmac de l’aéroport ou devant les points d’embarquement des ferries, c'est la cohue. Voilà une semaine maintenant que Dorian a dévasté la zone où les secours s’organisent mais ont toujours du mal à accéder aux zones sinistrées. Reportage.

De notre envoyée spéciale à Nassau,  Domitille Piron

L’aide ne manque pas. Déjà des millions de dollars de dons ont été promis aux Bahamas et des kits de secours, des bâches, de la nourriture et des bouteilles d’eau sont prêts à être envoyé, mais l’accès aux îles d'Abaco et de Grand Bahama reste très compliqué. Comment accéder à ces zones sinistrées et faire parvenir l’aide ? C’est le principal blocage auquel font face de nombreuses ONG.

Perdre tout ce que l'on a 

L’aide peine à parvenir aux 70 000 personnes qui en ont besoin,
et qui vivent depuis plus d’une semaine dans l’eau et l’humidité, sans électricité, parmi les décombres et sans doute parmi des centaines de morts. Des sacs mortuaires ont été envoyés par centaines à Abaco où le gouvernement craint un bilan « vertigineux ».

Les Bahamas se retrouvent face à une situation de crise humanitaire. La presse parle désormais de plus de 200 morts sur l'archipel, que les autorités, faute de moyens peinent à compter mais surtout à embaumer. Et le ministre de la Santé des Bahamas prévient : il faut se préparer à un bilan et une souffrance humaine inimaginable.

Ils sont des milliers à tenter de fuir Abaco et Grand Bahama par l’aéroport et par la mer. Déjà ce samedi, 1400 personnes ont pu être rapatriées vers la Floride, et les forces de sécurité bahaméennes ont évacué 600 personnes, vers l’île de New Providence. Ceux des rescapés qui ont de la famille ou des proches dans les zones épargnées par l'ouragan, les rejoignent avec joie et soulagement. Ceux qui ont tout perdu et n'ont personne pour les aider, et ils sont les plus nombreux, sont dans une grande détresse psychologique.

C'est le cas Eric Russell, évacué vers la capitale Nassau samedi matin, après une semaine d’horreur. Il a tout perdu. « Ma maison, ma voiture, mon entreprise, tout, énumère-t-il, en quelques heures, entre 23 heures et 2 heures du matin tout est parti, comme s'ils avaient lancé une bombe nucléaire et tout éradiqué. Ça ressemble à ça, tous les arbres, tous les édifices, sont tombés, on avait de l’eau jusqu’au cou. C’est des choses qu’on ne voit que dans les films ! »

« Jouer avec un lion »

« C’est comme si jusqu’à présent on avait eu à jouer avec un chat, là on a joué avec un lion ». C’est ainsi que les habitants rescapés d’Abaco décrivent l’ouragan Dorian.

« Il a fait très chaud cette année aux Bahamas, donc on était préparé mais on ne pensait pas que ce serait si catastrophique. On aurait dû être mieux préparé, évacué et prendre des mesures de sécurité, ainsi nous n’aurions pas vu autant de morts », déplore Anton Oliver, évacué parmi les premiers, choqué par la force du vent et des eaux.

« C’était épouvantable, ça a duré au moins deux jours et demi, j’avais mes trois enfants avec moi et ma petite-fille, qui est un bébé prématuré, nous raconte Catherine, une autre rescapée d'Abaco. Et quand je suis sortie, je ne sais pas, c’était indescriptible. Il n’y avait plus rien. Plus rien, décrit-elle. Il n’y a quasiment plus aucune maison, il n’y a quasiment plus de vie à Abaco. Nous avons pratiquement tout perdu, les écoles, les banques, l’aéroport, il n’y avait plus aucune communication. Nous avons été totalement séparés de la vie et de sa nature, telle qu’elle était. »

« Donc, pour l’instant nous sommes ici à Nassau, sur l’île de New-Providence. Il faudra voir ce qu’on peut faire, comment on reconstruit Abaco, il faudra se révéler mais pour l’instant il faut attendre parce qu’il y a encore beaucoup d’eau, de choses partout, et beaucoup de corps. »