Bac de philo 2024: découvrez les sujets corrigés de l'épreuve

Dernière ligne droite pour ces futurs bacheliers. Ce mardi, plus de 540.000 candidats planchaient sur l’épreuve tant redoutée de philosophie. En tout, ils avaient quatre heures pour composer une dissertation, parmi les deux sujets proposés, ou commenter un texte.

Platon, Hobbes ou Rousseau… Cette année, les sujets interrogeaient la science, la politique et l'art. Pour BFMTV, le professeur de philosophie Gilles Vervisch s’est essayé à l’exercice, en prenant le soin de nous indiquer les pièges qu’il fallait éviter.

SÉRIE GÉNÉRALE

Dissertation 1 - La science peut-elle satisfaire notre besoin de vérité?

Sujet "assez classique", estime Gilles Vervisch. Il met en relation deux notions au programme: la science et la vérité. La bonne manière d'appréhender le sujet est surtout de se demander si la science, ensembles de connaissances fiables basées sur ce qui est rationnel, se réduit au savoir scientifique ou si elle est en mesure de satisfaire également notre besoin de vérité?

À cette question, l'enseignant de philosophie est sans appel: "Manifestement, la science ne satisfait pas notre besoin de vérité". Et par "vérité", il fallait comprendre nos interrogations métaphysiques: qui suis-je? Pourquoi j'existe? Qu'y a-t-il après la mort?

Si la science répond aisément au "comment", en expliquant par des lois et des calculs les phénomènes de la nature, elle ne parvient pas encore à répondre au "pourquoi" les choses sont comme elles sont.

Dans la Critique de la Raison Pure, explique Gilles Vervisch, Emmanuel Kant soutient que les connaissances scientifiques ne peuvent pas dépasser les limites de l'observable. Or, la raison humaine, elle, cherche perpétuellement à aller aux delà de ses perceptions sensibles, en explorant justement des questions métaphysique. "Cela montre bien que la science ne peut pas satisfaire notre besoin urgent de vérité", conclue l'enseignant de philosophie.

Ce qu’il fallait éviter

Mettre de côté le terme "besoin". Le candidat ne devait surtout pas omettre de réfléchir sur le mot "besoin", un des termes clé du sujet. La question posée n'interrogeait pas la capacité de la science à atteindre la vérité en général, mais bien sa capacité à répondre à "notre besoin de vérité".

Dissertation 2 - L’État nous doit-il quelque chose?

Le deuxième sujet est un peu plus difficile, indique Gilles Vervisch. "On se demande généralement si c'est l'individu qui doit quelque chose à l'État et non l'inverse". Or, ici, la dissertation inverse les termes du sujet.

Les élèves pouvaient s'appuyer évidemment sur Thomas Hobbes et son œuvre le Léviathan. Pour le philosophe du droit naturel, en l'absence de lois dictées par le souverain, les hommes se livrent une guerre de tous contre tous dans l'état de nature.

"Ma liberté commence où s'arrête celle des autres", résume Gilles Vervish.

Ainsi, selon Hobbes, l'État ne doit rien aux citoyens, le souverain lui-même étant seul dépositaire du pouvoir législatif, exécutif et judiciaire.

Afin de contre argumenter ce philosophe du droit naturel, le candidat pouvait également faire appel à Jean-Jacques Rousseau pour qui l'État est au contraire la somme des individus, dont il doit sans cesse se soucier. "À l'heure où les personnes se désintéressent de la politique, ce sujet est particulièrement intéressant, car il rappelle que l'État est l'exercice de ma liberté politique", commente Gilles Vervisch.

Ce qu’il fallait éviter

Tomber dans une discussion de marché. S'il était pertinent de faire référence à l'actualité, "il ne fallait cependant pas faire du café du commerce", avertit le professeur de philosophie. Le sujet étant laborieux, il serait toutefois appréciable de parler de l'actualité en amorce, par exemple. "Cela montre bien que la philosophie ne réfléchit pas dans le vide, mais se questionne bien sur des sujets en lien avec la société", suggère Gilles Vervisch.

Autre risque, le candidat pouvait facilement glisser dans un hors-sujet s'il s'est attaché à répondre à la question "est-ce le citoyen doit quelque chose à l'État?" et non l'inverse.

Commentaire de texte - Simone Weil, La Condition ouvrière

Dans cet extrait de La condition ouvrière, Simone Weil montre - dans des accents un peu marxiens - que le travail, par sa pénibilité, déshumanise l'homme, l'éloigne des autres et de lui-même, analyse Gilles Vervisch.

Selon l'enseignant de philosophie, il ne fallait pas manquer le paradoxe présent dans la conclusion du texte: si la journée de travail est excessivement longue et accablante, comment un ouvrier parvient-il à tenir à son poste, alors que rien de l'y contraint?

Cette notion interroge "la valeur travail" ou "le goût de l'effort". Dans ce texte de Simone Weil, le travail et l'effort semblent ne pas apporter grand chose, s'illustrant juste comme une contrainte. Prudence à la rédaction, car "toute la difficulté du texte se trouve dans l'argumentation, avec des phrases un peu alambiquées", met en garde Gilles Vervisch.

SÉRIE TECHNOLOGIQUE

Dissertation 1 - La nature est-elle hostile à l’homme?

Pour la série technologique, ce sujet sur la nature, bien que classique, cachait un paradoxe, décèle Gilles Vervish: "De nos jours, nous avons plutôt tendance à nous demander si l'homme est hostile, voire dangereux pour la nature. Or, ici c'est tout le contraire".

Le sujet implique donc de s'interroger sur la relation qui unit l'homme à la nature. Il ne s'agit pas de déterminer si la nature est "bonne" ou "mauvaise", alerte l'enseignant de philosophie, mais plutôt de questionner les rapports que peut entretenir cette dernière avec les hommes.

Dans cette perspective, les élèves pouvaient faire appel au philosophe utilitariste John Stuart Mill, qui affirme qu'il serait absurde pour l'homme de chercher à vivre selon la nature. Bien au contraire, "la conformité à la nature n'a absolument rien à voir avec le bien et le mal", explique le philosophe, ce qui implique que l'homme doit s'arracher à la nature pour survivre.

À l'inverse, pour les candidats qui auraient vu le film Avatar de James Cameron, il était possible de faire un parallèle avec la communauté Na'vis qui vit en parfaite harmonie avec la nature sur la planète Pandora, suggère Gilles Vervisch. Devant faire face à une invasion militaire, les autochtones cultivent un lien sacré et naturel avec leur environnement primaire.

Ce qu’il fallait éviter

Faire une liste. L'erreur qu'il ne fallait surtout pas commettre est de réciter son cours en faisant une liste des raisons pour lesquelles la nature est hostile à l'homme. De cette façon, l'élève n'interroge pas la relation qui existe entre les deux propositions: la nature et l'homme.

Dissertation 2 - L’artiste est-il maître de son travail?

Pour ce deuxième sujet de philosophie du bac technologique, il fallait d'abord commencer par bien définir la notion "art". Selon Gilles Vervisch, si l'art désigne en général un savoir-faire reposant sur un certain nombre de règles connues par l'artiste, il laisse place également à une part de création.

"L'artiste ne sait pas ce qu'il fait", disait Marcel Duchamp.

Une citation qui illustre parfaitement le sujet, avance l'enseignant de philosophie. Marcel Duchamp est justement l'auteur de plusieurs ready-made. Ce geste artistique consiste en réalité à s'approprier un objet manufacturé en le privant de sa fonction utilitaire pour l'ériger en œuvre d'art. Ainsi, la Roue de bicyclette (1913) de Duchamps ou encore la Fontaine (1917) sont respectivement une roue de vélo et un urinoir.

"Ces exemples montrent bien que l'art ne répond à aucune règle et que l'artiste peut laisser libre cours à sa création", explique Gilles Vervisch. Ce qu’il fallait éviter

Oublier la dimension créative de l'art. Pour l'enseignant, le risque de ce sujet est que les élèves soient trop focalisés sur le travail de l'artiste et occultent la part de création qui subsiste dans une œuvre d'art.

Commentaire de texte - Platon, Les Lois

Pour Gilles Vervisch, ce texte de Platon fait étonnamment écho au deuxième sujet de dissertation des séries générales: "L'État nous doit-il quelque chose?". Il montre qu'il est nécessaire à l'homme de vivre sous des lois car c'est ce qu'il l'humanise.

Le premier argument donné par le philosophe antique est qu'il est difficile, voire impossible pour l'individu de distinguer l'intérêt général de l'intérêt particulier. D'ailleurs, même s'il y parvient, il est compliqué de s'y tenir, poursuit-il dans un second argument. "S'il est bien construit et plutôt clair, l'élève devra faire attention à reconstituer la  logique de l'argumentation", conseille Gilles Vervisch.

Article original publié sur BFMTV.com