Bac 2022: comment les copies de philosophie sont-elles notées?

L'épreuve de philosophie du baccalauréat au lycée Hélène Boucher à Paris, le 17 juin 2021 (photo d'illustration) - MARTIN BUREAU © 2019 AFP
L'épreuve de philosophie du baccalauréat au lycée Hélène Boucher à Paris, le 17 juin 2021 (photo d'illustration) - MARTIN BUREAU © 2019 AFP

Un carton ou une tôle? Alors que les quelque 627.000 élèves de terminale planchent pendant quatre heures ce mercredi sur l'épreuve de philosophie, certains candidats et candidates redoutent déjà la note dont ils et elles écoperont à l'annonce des résultats du bac le 5 juillet.

Leur inquiétude: que leur correcteur ou correctrice ne soit plus sévère que les autres - la rumeur voulant que l'appréciation d'une copie de philosophie relève de l'arbitraire, voire de la loterie. À l'image de cette légende des copies jetées dans l'escalier, selon laquelle à chaque marche correspondrait une note. Un mythe.

Car dans la réalité, il n'en est rien. C'est ce qu'expliquent à BFMTV.com deux enseignants et correcteurs de philosophie qui assurent que l'évaluation de ces copies est bien plus objective qu'on ne le croit et que la note obtenue n'est en rien le fruit du hasard.

Pas de barème, mais une appréciation globale

Il n'y a pas de barème en philosophie: la note de la copie ne représente pas la somme des points attribués. "Elle correspond à une appréciation qui est toujours globale", rappelle le ministère de l'Éducation nationale dans son guide de l'évaluation. "Les capacités philosophiques évaluées ne sont pas des items indépendants les uns des autres, mais le reflet d'une démarche intellectuelle et personnelle unifiée."

"C'est l'impression générale qui importe", confirme à BFMTV.com le professeur de philosophie Gilles Vervisch, auteur de Star Wars, la philo contre-attaque.

"On n'attribue pas un point à une bonne citation et a contrario on n'en retire pas un pour une maladresse, contrairement à ce qui se fait lors d'un concours."

En revanche, certaines choses peuvent faire très mauvaise impression. C'est le cas pour tout ce qui est "moralement limite", ajoute Gilles Vervisch. Il se souvient dans une copie d'élève d'un long inventaire des tortures commises par Josef Mengele, un criminel de guerre qui a exercé comme médecin à Auschwitz durant la Seconde Guerre mondiale.

Une échelle des mentions

S'il n'y a de barème à points, en revanche, la notation de 0 à 20/20 correspond à l'échelle des mentions. Une copie très bonne sera donc notée entre 16 et 20, bonne entre 14 et 15 et assez bonne entre 12 et 13. "Si une copie est assez bonne, elle n'aura pas 11", explique à BFMTV.com Jean-François Dejours, professeur de philosophie et responsable du groupe philosophie au Snes-FSU. "Et si elle est passable, ce sera 10 ou 11."

Une copie notée 8 ou 9/20 correspond donc à l'oral de rattrapage, une autre évaluée en dessous de 8 aux candidats refusés. Le guide de l'évaluation précise d'ailleurs les critères d'une copie notée entre 6 et 9: "intelligible" mais ne répondant pas "aux critères de l'épreuve".

Parmi les caractéristiques de cette copie: un propos excessivement général ou sans rapport avec la question, une juxtaposition d'exemples anecdotiques, une accumulation de lieux communs, de la paraphrase ou de la récitation de cours sans traitement du sujet ou encore une absence de connaissances philosophiques.

Quant à une note de 5/20 ou moins, c'est une copie "très insuffisante, inintelligible, non structurée, excessivement brève, marquant un refus manifeste de faire l'exercice", écrit encore le guide.

"Ce sont les copies indigentes", relève Jean-François Dejours. "On ne met pas des 2 ou 3/20 à tour de bras. Ces notes ne reflètent pas un caprice de correcteur." Gilles Vervisch partage cette analyse. "Sur ce type de copies, il y a rarement débat".

Des critères d'évaluation précis

Pour l'évaluation de la philosophie, ce sont plutôt des critères de valorisation que de dévalorisation qui l'emportent, témoignent ces deux enseignants. D'ailleurs, le guide de l'évaluation du ministère précise ces critères.

Dans le cas de la dissertation, les éléments valorisés vont de la problématisation du sujet, à l'argumentation cohérente et progressive, en passant par l'analyse de concepts, la mobilisation d'éléments de culture philosophique ou encore la capacité de la réflexion à dialoguer.

Pour l'explication de texte, c'est la détermination du problème du texte, l'explication de ses éléments signifiants ainsi que l'explicitation des articulations du texte qui comptent dans la notation.

Le ministère indique d'ailleurs qu'une copie ne peut pas avoir moins de 10/20 si, pour la dissertation, "elle témoigne d'un réel effort de réflexion même si le résultat n'est pas abouti", si elle fait également "l'effort de problématiser ou de définir les notions et s'il y a une cohérence globale du propos".

Pour l'explication de texte, pas moins de la moyenne si le ou la candidate fait l'effort de "réaliser l'exercice même si l'explication demeure maladroite et s'il n'y a pas de contresens majeur".

"La note en philosophie, c'est bien moins aléatoire et subjectif que l'on ne se l'imagine", conclut Gilles Vervisch, également auteur de Peut-on réussir sans effort ni aucun talent? Les mirages du mérite.

Une appréciation souple

Pour cet enseignant, il est essentiel qu'une copie de philosophie problématise le sujet, comme le pointe le ministère. "Philosopher, c'est problématiser", rappelle Gilles Vervisch. Mais même s'il est officiellement recommandé de formuler cette problématique en bonne et due forme dès l'introduction, elle peut s'incarner de différentes manières et s'apprécier de manière plus souple.

"On est indulgent", précise-t-il. "Cette notion de problématisation est généreuse. S'il y a, à un moment donné, un mouvement dialectique, on l'accepte. On est quand même face à des élèves qui n'ont qu'une année de philosophie."

"Dès que l'on sent de la bonne volonté, un effort de pensée, ce n'est pas difficile d'avoir la moyenne", abonde Jean-François Dejours pour qui l'essentiel, dans cette épreuve, c'est de penser.

"Tout est possible, tous les coups sont permis, si je puis dire. Mais le maître-mot, c'est ce dialogue avec soi-même, si possible en invitant des auteurs. C'est le questionnement qui compte, plus que la réponse."

• Des copies témoins pour harmoniser

Jean-François Dejours rappelle qu'avant chaque session de correction, des réunions d'entente sont organisées avec les enseignants de la discipline. "On a trois copies, une pour chaque sujet, que chacun d'entre nous note", explique Jean-François Dejours. "Ensuite, on compare nos notes. En général, il y a très peu d'écart, ou alors d'un point ou deux. On a de grandes convergences de correction."

Des copies-test qui servent ensuite de balises pour la correction des paquets de copies respectifs des correcteurs. "On les classe très vite en trois lots: moins de 8, entre 8 et 10 et plus de 10/20. Il est tout à fait certain qu'une bonne copie ne sera pas notée 6/20."

Mais il reconnaît que la note d'une copie dépend tout de même de son lot. "Une copie moyenne apparaîtra bonne dans un mauvais lot et au contraire plus faible dans un bon lot. C'est à ça que servent les commissions d'harmonisation."

Ces dernières se tiennent en fin de session de correction et vérifient qu'il n'y a pas d'écarts majeurs de moyennes entre les lots. Les copies ne sont pas corrigées une seconde fois ni examinées individuellement mais une harmonisation globale du lot, à la hausse ou à la baisse, peut avoir lieu.

Pour rappel, depuis la réforme du bac - entrée en application l'année dernière en pointillé du fait du contexte sanitaire - cette épreuve ne compte plus que pour 8% dans la note finale du bac, 4% en voie technologique, comme l'indique la synthèse de répartition des coefficients qui permet de calculer une partie de sa note du bac.

Article original publié sur BFMTV.com

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