Vol intercepté et opposant arrêté: le Bélarus sous pression internationale

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La pression allait croissante lundi sur le Bélarus, accusé de "détournement", "piraterie", voire "terrorisme" par les Occidentaux après l'interception d'un vol commercial la veille qui a conduit à l'arrestation d'un dissident, passager à bord.

Soumise à une avalanche d'indignation européenne et américaine, cette autoritaire ex-république soviétique nichée entre la Russie et l'UE a balayé les critiques, assurant avoir agi dans la légalité et promettant une "transparence totale".

L'UE, en sommet lundi soir et mardi, doit évoquer de "possibles sanctions" contre Minsk, et a convoqué l'ambassadeur du Bélarus auprès des institutions européennes. Les ambassadeurs de l'Otan doivent, eux, se réunir mardi.

Le Bélarus a reçu le soutien de son principal allié, la Russie, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov jugeant que Minsk avait agi de manière "raisonnable" en promettant une "transparence totale". Le Kremlin a lui dit attendre l'avis des "instances internationales".

Dimanche, un chasseur MiG-29 a décollé sur ordre personnel du président bélarusse Alexandre Loukachenko pour intercepter le vol FR4978 de Ryanair effectuant la liaison Athènes-Vilnius, capitales de deux pays de l'UE, et qui se trouvait à ce moment là dans l'espace aérien bélarusse.

Selon les autorités bélarusses, une alerte à la bombe, qui s'est révélée être mensongère, est à l'origine de l'interception de l'appareil.

Après un atterrissage à l'aéroport de Minsk et le contrôle de l'appareil, l'avion est reparti pour la Lituanie.

Mais entretemps, la police bélarusse a arrêté l'opposant Roman Protassevitch, et sa petite amie, Sofia Sapéga, qui se trouvaient à bord. Si bien qu'en Occident, on pense que l'ensemble de l'incident a pu être orchestré.

Agé de 26 ans, le jeune homme est l'ancien rédacteur en chef de l'influent média d'opposition bélarusse Nexta, qui a joué un rôle clé dans l'organisation du mouvement de protestation de 2020 contre Alexandre Loukachenko et réprimé depuis par les autorités.

Minsk a assuré lundi avoir informé l'Organisation de l'aviation civile internationale, organisme dépendant de l'ONU et l'Association internationale du transport aérien de sa "disposition à coopérer à une enquête impartiale".

- "Piraterie" -

Les explications bélarusses n'ont convaincu personne en Europe.

Les Etats-Unis ont dénoncé un "détournement forcé" et l'UE a fustigé "une action complètement inacceptable", sur fond de déclarations courroucées de l'Allemagne et du Royaume-Uni.

La France a suggéré une "interdiction de l'espace aérien" du Bélarus.

L'Irlande, où est basée la compagnie aérienne Ryanair, a dénoncé un acte de "piraterie" étatique. Pays voisins du Bélarus, la Pologne a parlé d'"acte de terrorisme d'Etat" et la Lituanie, qui a accordé le statut de réfugié à Roman Protassevitch, a annoncé qu'elle n'autoriserait aucun vol, ni vers ni depuis son territoire, traversant l'espace aérien bélarusse.

L'Otan a dénoncé "un incident sérieux et dangereux".

Le patron de Ryanair, Michael O'Leary, a de son côté affirmé que des agents des services de sécurité bélarusses, le KGB, ont pu se trouver à bord du vol FR4978, dénonçant lui aussi un acte de "piraterie" soutenu par le Bélarus.

Les Etats-Unis comme l'UE ont également appelé à la libération de Roman Protassevitch, que le Bélarus avait ajouté à sa liste de personnes "impliquées dans des activités terroristes".

Svetlana Tikhanovskaïa, rivale exilée en Lituanie du président bélarusse, a accusé M. Loukachenko d'avoir "utilisé l'armée de l'air contre des civils".

"Le temps des déclarations est passé - il est évident que les Bélarusses attendent des actions décisives et une assistance de la communauté internationale", a-t-elle déclaré dans une intervention vidéo.

- "Risque la peine de mort" -

Le régime d'Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, a vu son autoritarisme aller croissant depuis la répression d'un mouvement de contestation inédit, qui a vu des dizaines de milliers de personnes défiler dans les rues en 2020.

Ce mouvement s'est progressivement essoufflé face à une répression impitoyable des autorités. Toutes les figures du mouvement se trouvent en prison ou en exil forcé.

De lourdes peines de prison ont également été infligées à des militants et à des journalistes.

Selon des passagers du vol Ryanair interrogés par l'AFP, Roman Protassevitch "avait très peur" et a dit qu'il "risquait la peine de mort" au Bélarus.

bur-pop/alf/sg

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