Ayman al-Zawahiri neutralisé, le sans-faute du renseignement américain

FILE PHOTO: Osama bin Laden sits with his adviser Ayman al-Zawahiri, an Egyptian linked to the al Qaeda network, during an interview with Pakistani journalist Hamid Mir (not pictured) in an image supplied by Dawn newspaper November 10, 2001.  Hamid Mir/Editor/Ausaf Newspaper for Daily Dawn/Handout via REUTERS/ THIS IMAGE HAS BEEN SUPPLIED BY A THIRD PARTY./File Photo
Daily Dawn / via REUTERS FILE PHOTO: Osama bin Laden sits with his adviser Ayman al-Zawahiri, an Egyptian linked to the al Qaeda network, during an interview with Pakistani journalist Hamid Mir (not pictured) in an image supplied by Dawn newspaper November 10, 2001. Hamid Mir/Editor/Ausaf Newspaper for Daily Dawn/Handout via REUTERS/ THIS IMAGE HAS BEEN SUPPLIED BY A THIRD PARTY./File Photo

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Oussama ben Laden et Ayman al-Zawahiri durant une interview avec le journaliste pakistanais Hamid Mir au début des années 2000.

Une fois de plus, la preuve a été faite : il ne fait pas bon s’attaquer de front aux États-Unis. Après Oussama Ben Laden, le 2 mai 2011, après Abou Bakr al-Baghdadi (le « Calife » du groupe État Islamique) le 26 octobre 2019, le docteur al-Zawahiri a été « définitivement neutralisé » au terme d’une magistrale opération de renseignement. Au passage, on remarquera que si c’est une administration républicaine, celle de Donald Trump qui a éliminé al-Baghdadi, ce sont deux présidents démocrates, Barack Obama et Joe Biden (que l’on avait surnommé un peu vite « sleepy Joe », lors de son accession au pouvoir) qui, à onze ans d’intervalle, ont tué les deux fondateurs d’Al-Qaida.

On ne saurait mieux souligner que, quelle que soit la couleur de la Maison Blanche, la lutte antiterroriste est gérée de la même manière et que le temps n’altère ni le zèle ni le talent de l’antiterrorisme.

Du talent, il en fallu à la CIA pour réussir ce coup d’éclat. Souvent critiquée par le passé pour son manque de clairvoyance – elle n’avait pas pressenti la chute du bloc soviétique ni, trente ans plus tard, la prise de Kaboul par les Talibans – la principale agence américaine de renseignement s’est refait une santé. Seule (avec ses homologues britanniques) elle avait annoncé, avant le 24 février, que la Russie allait envahir l’Ukraine et le week-end dernier, elle a soldé les comptes sanglants du 11-Septembre.

Sources humaines et haute technologie

C’est au début de l’année que les services de renseignement américains flairent la piste du chef d’Al-Qaida. Outre des interceptions techniques (images satellitaires, interceptions téléphoniques et de messageries) des sources humaines – tant dans les zones tribales du Pakistan où l’on a longtemps cru que se cachait le successeur de Ben Laden qu’en Afghanistan, terrain hostile s’il en est- permettent d’identifier les filières qu’il utilisait pour acheminer ses messages audios et vidéos vers ses sympathisants et les médias puis de remonter vers lui. Enhardi par le retour des Taliban à Kaboul, le vétéran du djihad – il avait rejoint les Frères Musulmans à 14 ans ! – a, sans doute, baissé la garde ;

La CIA a ainsi appris que l’homme circulait très librement en Afghanistan, avec la complicité et sous la protection active de la direction et de membres du réseau Haqqani - la faction la plus extrémiste des Taliban, comptant probablement une dizaine de milliers de combattants et dirigée par Serajuddin Haqqani, actuel ministre de l’Intérieur de l’émirat d’Afghanistan - et qu’il comptait rejoindre Kaboul pour s’y installer avec une partie de sa famille proche. De fait, al-Zawahiri ne tardait pas à atterrir dans le quartier de Sherpour – « le Beverly Hills » de Kaboul -, une zone ultra-résidentielle où se côtoient, dans des villas valant plusieurs millions de dollars, hommes d’affaires, barons de la drogue et hauts fonctionnaires corrompus.

Précision qui a son importance : la planque du chef d’Al-Qaida appartiendrait à un très proche collaborateur de Sirajuddin Haqqani. La surveillance se resserrait au cours du printemps, la CIA étudiant les options qui s’offraient à elle.

Le 1er juillet, se tient à la Maison Blanche une réunion décisive : le directeur de la CIA, William Burns, Avril Haines Directrice nationale du renseignement et Christine Abizaid, directrice du centre national de contre-terrorisme (une ancienne du renseignement militaire, spécialiste de l’Afghanistan et du Pakistan) exposent la situation à Joe Biden. Pour l’occasion, ils ont préparé une maquette du bâtiment dans lequel vit al-Zawahiri et peuvent répondre à toutes les questions du président, entre autres sur les matériaux qui ont servi à sa construction et par conséquent sur l’effet qu’aura une frappe de missiles. Le but est clair : assurer l’élimination du chef terroriste mais en limitant et si possible en évitant tout dommage collatéral. C’est ce 1er juillet ou dans les jours qui suivent qu’est prise la décision de passer à l’action.

Dans la matinée du dimanche 31 juillet, vers 6h15, un drone (Predator ou Reaper) tire deux missiles Hellfire sur le balcon sur lequel se trouve al-Zawahiri. Aboutissement d’un rare « sans-faute » du renseignement mêlant indispensables sources humaines et haute technologie.

Double jeu Afghan

Les accords de Doha, signés le 29 février 2020 entre les États-Unis et les Taliban avaient vu ces derniers s’engager à ne plus permettre à Al-Qaida d’opérer depuis le territoire afghan. Ils ont pourtant permis au chef du groupe terroriste de s’installer au cœur de Kaboul, sous la protection du ministre de l’Intérieur et de ses proches.

Mais ce n’est pas vraiment une surprise : la proximité entre Al-Qaida et le réseau Haqqani ne date pas d’hier : le rapprochement s’est opéré dans les années quatre-vingt au cours de la « première » guerre d’Afghanistan (contre les Soviétiques) et ne s’est jamais démenti. Après l’intervention alliée d’octobre 2001 et dans les années qui ont suivi, les Haqqani ont régulièrement servi de courroie de transmission entre Al-Qaida et les services secrets pakistanais (ISI).

Peu d’effet sur la menace terroriste

Cela dit, la mort d’Ayman al-Zawahiri n’aura que peu de conséquences sur l’état de la menace terroriste. Depuis longtemps, Al-Qaida a été supplanté par le groupe État Islamique, et l’ex Maison Ben Laden, n’a plus d’activités réelles que dans la péninsule arabique (au Yémen, essentiellement), dans le Sahel et en Somalie (par l’intermédiaire des Shaabab).

Beaucoup moins charismatique que ne l’était ben Laden, rigide et dogmatique, al-Zawahiri a été un leader peu inspirant : il était bien davantage un stratège et un idéologue qu’un praticien et n’avait que peu ou pas d’influence sur la gestion au jour au jour des opérations. Sa disparition pourrait même entraîner celle d’Al-Qaida : si les factions n’arrivent pas à s’entendre pour désigner son successeur, ce qui reste de l’organisation éclatera.

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