Ayelet Shaked, la voix nationaliste qui veut succéder à Netanyahu

Michael BLUM
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L'ancienne ministre israélienne de la Justice et tête de file de la la liste "Yamina" (àdroite, en hébreu), Ayelet Shaked (C), discute avec des jeunes au marché de Mahane Yehuda de Jérusalem le 31 août 2019, dans le cadre de sa campagne pour les législatives du 17 septembre 2019

L'ancienne ministre israélienne de la Justice et chef de file de la liste "Yamina" (à droite, en hébreu), Ayelet Shaked (C), discute avec des jeunes au marché de Mahane Yehuda de Jérusalem le 31 août 2019, dans le cadre de sa campagne pour les législatives du 17 septembre 2019

Jérusalem (AFP) - Dans la grande famille de la droite israélienne, le courant ambitieux de la "nouvelle droite" et son égérie Ayelet Shaked espèrent s'imposer comme solution de rechange au mentor Benjamin Netanyahu.

Samedi soir, après le shabbat, Ayelet Shaked serre les mains, multiplie les selfies et boit des shots d'arak, un alcool anisé, offerts au fil de la soirée dans les bars de Jérusalem.

Shaked veut succéder un jour à son ex-patron. Et pour y parvenir, elle descend dans la rue, question aussi peut-être de casser l'image d'une femme politique trop cérébrale et associée à des partis religieux en vue des élections législatives du 17 septembre.

"Etre en campagne, c'est parler aux gens dans la rue, c'est important", dit-elle à l'AFP qui l'a suivie lors d'une soirée au marché de Mahane Yehuda, rendez-vous nocturne de Jérusalem avec ses bars et ses restaurants.

Vêtue d'une simple robe bleue et légèrement maquillée, l'ex-ministre de la Justice, aujourd'hui âgée de 43 ans, fait sensation parmi les clients et patrons de bars qui la saluent, l'invitent à s'asseoir avec eux un moment, à prendre des selfies, voire à boire des verres d'arak.

A chaque fois, la même réponse: oui. Doublée d'un appel. "Il faut voter Yamina pour assurer qu'il y ait un gouvernement de droite", dit-elle à chacun. "Elle est hypnotisante", s'extasie Daniel Trattner, 22 ans, pour qui voter Shaked c'est "voter pour mes valeurs".

Ingénieure de formation, Ayelet Shaked a commencé sa carrière politique dans le Likoud de M. Netanyahu, mais a claqué la porte en 2012 pour rejoindre le parti religieux nationaliste, le Foyer juif, qu'elle a ensuite abandonné pour former l'an dernier "Nouvelle Droite". Cette formation s'est alliée à de petits partis religieux pour former une liste baptisée Yamina (A droite, en hébreu).

Ayeled Shaked a participé à des gouvernements de coalition de M. Netanyahu. Et elle avait été choisie la femme la plus influente d'Israël en 2017 et 2018 par le magazine Forbes. "Je vise le plus haut que je peux vers la direction de l'Etat pour faire avancer les valeurs et les objectifs de la droite", a-t-elle affirmé au lancement de sa campagne.

- "Parfum de fascisme" -

Ses positions très marquées à droite trouvent un écho chez les nationalistes israéliens et le mouvement favorable au développement des colonies juives dans les Territoires palestiniens occupés.

L'égérie de la nouvelle droite n'a pas peur de la provocation. Lors de la campagne pour les élections d'avril dernier, Shaked avait choqué, suscité les railleries, voire l'indignation avec un clip controversé détournant les codes de produits de luxes

Noir et blanc, clair-obscur, ralenti, Shaked se saisissait d'un flacon sur lequel il est écrit "fascisme" en anglais et le vaporisait voluptueusement sur elle en ajoutant: "Pour moi, ça a le parfum de la démocratie".

L'idée était de ridiculiser ses adversaires pour qui ses positions flirtent avec le fascisme, en affirmant qu'elles exprimaient au fond la quintessence de la démocratie.

Mais son parti "Nouvelle droite" n'avait pas réussi à atteindre le seuil de 3,25% des voix pour entrer à la Knesset.

Contrairement au scrutin d'avril, Shaked est désormais la N. 1 sur la liste de son parti et a évité jusqu'à présent des pubs trop controversées pour se concentrer sur le terrain. Les sondages créditent sa liste de 10 sièges sur les 120 de la Knesset.

Ce soir-là à Jérusalem, elle est suivie par Shouly Moalem, une candidate de Yamina. "Les gens l'adorent et lui montrent beaucoup d'amour", dit-elle.

Mais ce n'est pas le cas de tous. "Je vote à droite mais elle est entourée de gens trop extrémistes donc j'hésite encore", confie Roï, 20 ans, un soldat en permission, faisant allusion aux deux formations de droite religieuse associées à la liste Yamina.

Pour Noa, une jeune femme qui a pris une photo avec l'ancienne ministre, Shaked est "belle et brillante mais je ne veux pas que les rabbins qui l'entourent aient trop de pouvoir".

Le rabbin orthodoxe Rafi Peretz, membre de la liste Yamina de Shaked, avait fait des déclarations fracassantes ces derniers mois, en suggérant notamment des thérapies pour convertir les gays à l'hétérosexualité, avant de se rétracter.

- Première cheffe à droite -

Sans s'afficher féministe, Mme Shaked rappelle volontiers qu'elle est la première femme à la tête d'un parti de droite en Israël.

Surtout, la chef de file de Yamina cherche à s'imposer aux élections pour participer à un éventuel gouvernement de droite, aux cotés de Benjamin Netanyahu, comme ces quatre dernières années.

Pour YomTob Kalfon, candidat Yamina, Ayelet Shaked "a l'étoffe d'un Premier ministre car elle sait créer des alliances, lever les obstacles et rassembler autour d'elle". "Elle va droit au but et possède toutes les qualités pour succéder à Netanyahu".