Avortement, le corps de l’histoire

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En solo, la comédienne Françoise Gillard donne chair au texte d’Annie Ernaux qui relate sans fard son «Evénement» de 1964.

Elle est donc seule sur scène, assise sur une chaise de classe tournée à l’envers, jambes coincées dans le cadre du dossier, robe sans manche, silhouette tenue, cheveux retenus. Elle parle et on entend si précisément chaque mot qu’ils semblent se dessiner dans l’espace. Entre elle et nous, il n’y a rien d’autre que sa présence. La force du texte est telle que le moindre artifice ferait de l’ombre à la parole. On dit «un heureux événement» quand on attend un enfant. Mais l’événement que relate Annie Ernaux dans le récit qui porte ce titre, paru en 2000, et que nous adresse Françoise Gillard de plein fouet - diction douce, paroles cinglantes - n’est pas du genre de ceux qu’on qualifie. Les femmes, en général, en font un non-événement, à passer sous silence.

Ce «rien», on considère en général qu’il ne regarde pas les hommes, ce qui fait beaucoup de gens, alors même qu’il n’aurait pas lieu sans eux. Sa légalité en France n’y a rien changé. Au mieux, on l’appelle par son sigle : IVG. Les trois lettres ont l’avantage de masquer ce à quoi elles renvoient et d’être dénuées d’affect. Une pure sonorité.

Comment rendre le récit d’une grossesse et d’un avortement durant l’année 1963-1964 palpitant et concret - et, aussi singulier soit-il, universel ? Comment faire pour que le propos le plus intime devienne, sans aucune impudeur, spectaculaire ? Quel est le ressort de la théâtralité, lorsque la comédienne est seule et que son sujet tient de l’invisible ? A la toute fin, alors que la narratrice doit retrouver le chemin d’une «vie normale» puisque l’avortement a eu lieu, on entend : «J’ai su que j’avais perdu dans la nuit le corps que j’avais depuis l’adolescence, avec son sexe vivant et secret, qui avait absorbé celui de l’homme sans en être changé. […] J’avais un sexe exhibé, écartelé, un ventre raclé, ouvert à l’extérieur.» Crudité des mots qui font (...)

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