"Nous avons besoin de chars occidentaux", disent les tankistes ukrainiens

Perché à l'avant d'un antique tank de conception soviétique près du front dans la région de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, un soldat ukrainien serre dans ses mains une boîte de nourriture pour chats reconvertie en bougie à la paraffine.

Les militaires de la brigade du commandant Maxime s'appuient sur ce genre de bricolages innovants - quoique précaires - pour rester au chaud dans les entrailles de leurs tanks, tels ce T-64, un des vieux modèles de chars composant l'arsenal ukrainien.

Les conducteurs de ces engins espèrent bien obtenir un jour un réel chauffage embarqué - si le lobbying de Kiev pour obtenir des tanks plus récents et plus modernes réussit auprès de ses alliés occidentaux.

Mais le commandant Maxime l'admet: "Le froid est le dernier de nos soucis".

"La situation est très difficile, les équipements cassent" et les munitions manquent, énumère-t-il à l'AFP sous la neige qui tombe.

Près de lui, un jeune mécanicien travaille sous un blindé dans la boue glacée, creusée de profondes crevasses laissées par les chenilles des engins se dirigeant vers le front.

"Nous n'avons pas de pièces de rechange pour entretenir les chars et les chenilles cassent, alors si notre brigade d'entretien voit des chars qui ont été touchés, elle prend ce dont elle a besoin", explique le commandant.

- "Assis sur les munitions" -

La brigade a ainsi montré à l'AFP une série de chars près de Lyman, une ville ravagée par la guerre, reprise aux forces russes en octobre mais toujours proche du front.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kouleba a à nouveau mis la pression cette semaine sur les Occidentaux, qui fournissent au pays une aide militaire, dont des munitions, de l'artillerie, des systèmes antiaériens et des blindés d'infanterie.

L'intérêt s'est notamment porté sur le char de combat allemand Leopard 2, que la Pologne, qui en possède, s'est dite prête à fournir à Kiev, sous réserve du feu vert de Berlin.

Ces tanks plus modernes surclassent leurs homologues soviétiques en de nombreux points, explique le capitaine Volodymyr Tchaïkovsky, 54 ans, mais le plus important est l'endroit où les munitions sont stockées.

"Dans un char soviétique, l'équipage est assis sur les munitions, donc si le char est touché, cela signifie presque certainement que 100% de l'équipage est mort", indique le capitaine, alors que dans le Leopard, les obus sont stockés derrière un panneau blindé au lieu du compartiment d'équipage.

"Ce qui nous importe avant tout est la sécurité de nos équipages et leurs vies sont notre priorité. L'équipement peut être remplacé, pas le personnel", selon M. Tchaïkovsky. "C'est la raison principale pour laquelle nous avons besoin de chars occidentaux. Tout le reste - GPS, vision nocturne, vision thermique... - vient après".

- Pas un "remède miracle" -

Mark Cancian, analyste du groupe de réflexion américain CSIS (Center for Strategic and International Studies), souligne lui aussi l'importance de ce point.

Même si pour certains il s'agit d'un "défaut de conception" du Leopard - stocker les munitions à l'arrière agrandit le char et en fait une plus grosse cible -, l'expert parle plutôt d'un "compromis". Que les Ukrainiens semblent largement prêts à faire.

Selon M. Cancian, les tanks plus récents ont également de meilleurs systèmes d'acquisition de cibles et peuvent frapper à plus grande distance que les blindés utilisés par la Russie et l'Ukraine.

Ces systèmes peuvent notamment être installés dans le T-72, également de conception soviétique, qui constitue l'essentiel de la flotte de quelque 700 chars que possédait l'Ukraine lorsque la Russie a lancé son invasion le 24 février 2022, assure M. Cancian.

Et la mise à jour de ces T-72 pourrait être une meilleure option pour l'Ukraine, estime-t-il, plutôt que d'espérer l'arrivée des Leopard qui, vu les nombres annoncés, "ne seront pas un remède miracle". Car même si des dizaines d'engins sont envoyés en Ukraine, "on est plus dans le symbole que dans un réel potentiel militaire", pour M. Cancian.

Mais pour le capitaine Tchaïkovsky, dont le fils de 25 ans est lieutenant dans son bataillon, l'aide occidentale est essentielle: "Si nous n'avons pas de soutien de l'étranger, le conflit va s'éterniser et il y aura plus de pertes".

sw/bur/mba/lpt