Les avocats du "Jubillar de l'Yonne", incarcéré depuis 3 mois, dénoncent une justice "scandaleuse"

C'est à Joigny (Yonne) que Chantal Mellet a disparu, le 2 juillet 2020. - Capture Google Street View
C'est à Joigny (Yonne) que Chantal Mellet a disparu, le 2 juillet 2020. - Capture Google Street View

C'est un dossier en cours qui continue d'en rappeler un autre. D'un côté, il y a Cédric Jubillar, de l'autre, Frédéric Mellet, surnommé le "Jubillar de l'Yonne". Une épouse disparue en 2020, un couple qui bat de l'aile, un mari mis en examen bien que toujours présumé innocent et qui continue de nier le meurtre... les deux affaires ont de nombreuses ressemblances.

Les avocats de Frédéric Mellet vont déposer une nouvelle demande de remise en liberté, apprend-t-on ce dimanche dans Le Parisien, alors qu'une première a été rejetée le 28 juillet dernier. Ils se sont pourvus en cassation et dénoncent une attitude de la justice "scandaleuse" et une enquête "bâclée".

"On l’incrimine dans la disparition de son épouse, alors qu’il ne cesse de clamer son innocence et qu’il a, dès le début, collaboré avec la justice et continuera de le faire pour obtenir la vérité. C’est en procédant de cette manière que la justice commet ses plus grandes erreurs", déplorent Me Yasmina Belmokhtar et Frank Berton.

Une relation extraconjugale

Chantal Mellet, éleveuse de chèvres de 53 ans, a disparu de son domicile de Joigny (Yonne) le 2 juillet 2020. Ce matin-là, Frédéric Mellet se lève "entre 5 heures et 6 heures" et part traîre ses chèvres. Selon son récit, il apporte plusieurs fois du lait à son épouse. Puis, il lui donne rendez-vous sur les coups de 9 heures pour parler d'un "sujet personnel".

Le "sujet" en question, c'est l'envie que l'exploitante agricole de 55 ans avait formulée, quelques jours plus tôt: tout quitter pour partir vivre avec son amant. Le soir, c'est d'ailleurs cet homme qui signale la disparition de Chantal Mellet, rapporte Le Parisien.

Mais à l'heure du rendez-vous, sa femme ne se trouve plus au domicile, raconte Frédéric Mellet. Deux heures plus tard, à 11h10, il effectue un achat dans un magasin de bricolage. Ce sont ces deux heures que les enquêteurs tentent à tout prix de reconstituer.

Téléphone "plus localisable"

Frédéric Mellet nie en bloc avoir tué son épouse, malgré un profil et de premiers éléments de l'enquête qui feraient de lui le coupable idéal.

En effet, la veille de la disparition, il a annulé un rendez-vous. De plus, les expertises menées sur le téléphone de Frédéric Mellet "révèlent que son téléphone n’est plus localisable de 6h28 à 10h20". Il aurait donc été mis en mode avion ou éteint. Un élément "inhabituel d’après l’examen de sa téléphonie", précise un arrêt de la chambre de l’instruction.

Autre élément qui intrigue les gendarmes: le récit de la fille cadette du couple, âgée de 21 ans, qui a évolué et changé durant ces deux dernières années, notamment concernant sa date de réveil le matin de la disparition.

Pas d'aveux

Frédéric Mellet a longuement été interrogé par les gendarmes. Des réponses qui n'ont pas été jugées convaincantes puisqu'il a été mis en examen pour meurtre sur conjoint le 20 mai dernier et incarcéré depuis.

Toutefois, ses avocats dénoncent des éléments trop légers pour mettre un homme derrière les barreaux. De son côté, Frédéric Mellet maintient son discours. "Je n’ai pas fait de mal à mon épouse. On se bouffait la gueule, mais on avait des limites", explique-t-il aux enquêteurs.

Article original publié sur BFMTV.com