Avis à Emmanuel Macron : vous n'allez pas seulement trouver une grève, mais un mythe, par Jacques Julliard

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Les Français doivent le savoir : la règle, ou plutôt la coutume, qui préside à la vie sociale dans notre pays, n'a rien à voir avec celle qui prévaut dans la plupart des autres grands pays industriels. Soit R la revendication, N la négociation et G la grève, un peu partout dans le monde, l'ordre des facteurs est le suivant : R → N → G. Autrement dit, la revendication ouvrière donne lieu à une négociation avec la partie adverse, le patronat, parfois l’État. A l'issue de cette négociation, soit les parties se mettent d'accord sur un compromis, soit les salariés se mettent en grève ; et c'est alors l'issue du conflit qui désigne le vainqueur. Tout cela paraît relever de la pure logique à l'intérieur d'un système de relations sociales organisées.

En France, il en va tout autrement. En raison du long refus, multiséculaire, d'un patronat de droit divin de négocier avec les salariés, le but de la grève n'y est pas en général de trancher le conflit, mais de forcer le patronat à la négociation, selon un schéma R → G → N. La négociation n'est donc pas en France un moyen d'éviter la grève, mais au contraire d'y mettre fin. Ce système est tellement ancré dans l'esprit des parties que nul ne songe à s'en étonner. Il arrive même souvent, en raison de la faiblesse des organisations syndicales, que la grève jaillisse directement du mécontentement social et devienne le préalable à la formulation de la revendication par les travailleurs et les syndicats, selon ce schéma, en vérité surréaliste, mais communément admis : G → R → N.


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