"Elles avaient le souffle coupé": la colère monte en Iran où des lycéennes ont été empoisonnées au gaz

Une jeune femme prise en charge dans un hôpital après une intoxication au gaz dans son école en Iran - BFMTV

Plus de 1000 élèves, issus d'au moins 58 écoles différentes, ont été victimes d'empoisonnement au gaz dans leur établissement scolaire. Des opposants accusent le régime de vouloir étouffer les mouvements de contestation menés par des jeunes filles.

L'inquiétude et la colère grandissent en Iran. De nouveaux cas d'intoxication d'écolières iraniennes ont été répertoriés ce samedi dans au moins cinq provinces par les médias, après que des cas similaires sont survenus à plusieurs reprises depuis novembre. L'Iran connaît un large mouvement de contestation, auquel participent de nombreuses jeunes femmes, contre le régime depuis plusieurs mois.

Les élèves de sept écoles de filles ont été indisposées par des émanations de gaz et 108 personnes ont été transportées à l'hôpital. Près de 800 élèves ont été affectées depuis les premiers cas d'empoisonnement par voies respiratoires fin novembre dans la ville sainte de Qom et 400 autres à Boroujerd, selon la porte-parole de la commission parlementaire de la santé. 100 cas graves ont été pour le moment recensés.

"Une douleur intense dans tout le corps"

Sur place, difficile d'échanger avec des victimes de ces empoisonnements. Beaucoup ont peur d'avoir été placées sur écoute et n'osent pas s'exprimer. Une femme, proche de l'une d'elles, a cependant accepté de parler à BFMTV et témoigne des premiers signes d'empoisonnement auxquels elle a assisté.

"Au début, les filles sentaient une odeur abominable dans leur salle de classe. Quelques instants plus tard, elles avaient toutes le souffle coupé avant de ressentir une douleur intense dans tout le corps", raconte la jeune Iranienne.

"Le plus étrange, c'est que certaines ne sentaient plus rien. Elles avaient perdu le sens du toucher", confie-t-elle.

La police "a mis deux heures à venir"

Une fois les premiers symptômes apparus, la jeune femme assure que les familles des lycéennes touchées ont rapidement contacté les forces de l'ordre.

"La police a dit qu'ils étaient arrivés sur les lieux en seulement six minutes. Sauf qu'en fait, c'est faux, ils ont mis deux heures à venir", dénonce-t-elle.

Pourquoi une telle lenteur et de telles déclarations de la part des policiers iraniens ? Jusqu'à présent, on ignore encore qui est derrière ces attaques. Plusieurs témoignages indiquent cependant que les forces de l'ordre n'ont rien fait pour arrêter les auteurs de ces empoisonnements.

Pour certains, des groupuscules extrémistes chiites sont derrière ces intoxications, aidés par la République islamique iranienne. Car la méthodologie employée semble indiquer qu'il s'agit d'une opération professionnelle.

À chaque empoisonnement, le même gaz est employé et dosé de façon à provoquer des insuffisances respiratoires. 58 écoles ont été touchées jusqu'à présent, tout le nord du pays est concerné.

Les établissements contestataires visés ?

Pour plusieurs des établissements touchés, il s'agissait de lycées à la pointe de la contestation contre le régime iranien. L'école d'Esmat, touchée mercredi à Téhéran, a par exemple vu plusieurs de ses élèves crier "Mort au dictateur" en octobre dernier.

Depuis plusieurs semaines, des étudiants franco-iraniens recensent les cas d'intoxications survenus dans les établissements du pays. Pour Sahar Aghakhani, fondatrice du mouvement "We are Iranian students", il n'y a aucun doute que les lycéennes rebelles sont visées.

"Je pense qu'il s'agit d'une vengeance de la part de la République islamique qui essaye de punir ces jeunes écoliers et écolières qui ont été aux avants-postes de la révolution", estime-t-elle.

"C'est une nouvelle forme de répression par le régime, c'est même du bio-terrorisme", avance-t-elle.

Les familles inquiètes

Plusieurs vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux montrant l'inquiétude et la colère des familles des victimes. Sur certaines, elles disent ne plus vouloir remettre leur fille à l'école, sur une autre, on voit une femme crier de rage devant l'établissement de sa fille. Des policiers en civil interviennent rapidement pour l'empêcher de crier et lui tirent les cheveux.

Selon des opposants iraniens, l'homme est un officier des gardiens de la révolution islamique, une organisation directement liée à l'ayatollah Ali Khamenei.

Le gazage d'écolières a déjà été utilisé par les talibans en Afghanistan en 2010 ou par le groupe Boko Haram au Nigéria.

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - En Iran, la colère monte après l'empoisonnement de jeunes filles dans les écoles