Autour de Kharkiv, la chasse aux collaborateurs

Photo Staryi Saltiv / B. Gerdžiūnas/LRT

Nous sommes arrêtés sur le bas-côté à un barrage de police. “Vous aurez à passer par la filtration à votre retour”, dit un officier. C’est la première fois que nous entendons parler de ce processus de filtration. Et ce ne sera pas la dernière.

Quand les Ukrainiens ont repoussé les troupes russes, ils ont pénétré dans des villes et des villages qui s’étaient retrouvés auparavant sous occupation. Nombre d’entre eux ont été dirigés par des collaborateurs importés ou choisis parmi les habitants locaux.

Le modèle de gouvernement décentralisé de l’Ukraine a été à la fois une bénédiction et une plaie. Dans des endroits comme Mykolaïv ou Jytomir, les maires se sont mis immédiatement sur le pied de guerre, en préparant leurs villes pour le siège, ralliant les forces, les volontaires, les médecins ; tout en fournissant de l’aide humanitaire et secourant les réfugiés.

Ailleurs, ceux qui ont rallié le côté russe ont permis au nouveau régime de déraciner le noyau local pro-ukrainien en aidant à détenir, torturer et tuer des gens. Ce dernier cas s’est avéré être celui de Koupiansk, un centre de district dans la région de Kharkiv.

Collaborer pour profiter

L’ancienne épouse d’un vétéran du Donbass ukrainien qui demande à être appelée Tetiana témoigne :

“J’étais mariée à un soldat du (bataillon) Aïdar. Ils m’ont arrêté la première, ensuite ils l’ont pris. Il n’est jamais revenu. Mon voisin a disparu, son frère et sa femme, ils ont été tout simplement enlevés.”

Elle s’est retrouvée dans un sous-sol où les hommes étaient frappés et torturés.

De tels témoignages sont apparus il y a plusieurs mois quand l’armée russe a été repoussée de Kiev, de Tchernihiv et d’ailleurs. “Nous ne savons toujours pas ce qui leur est arrivé. C’était un miracle de quitter ce sous-sol en vie”, raconte-t-elle. Même après avoir été remise en liberté, elle a été menacée pour la contraindre à rester dans Koupiansk occupé. “Ils m’ont dit que si je fuyais, ils tueraient ma mère.”

“Au début, les premiers officiers russes qui sont venus étaient corrects”, explique-t-elle, ajoutant que les gens se sont même empressés de venir les saluer. “Je ne parle pas des gens comme moi, nous étions des banderovtsy [de Stepan Bandera, dirigeant du mouvement nationaliste insurrectionnel ukrainien qui s’est battu contre les Allemands et contre les Soviétiques, accusé par ces derniers d’avoir été un collaborateur des nazis] pour eux, ces prétendus fascistes ukrainiens qui se battent dans le Donbass, dit-elle. Mais plus tard, des gens de Louhansk sont arrivés et alors tout a commencé.”

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