Comment les autorités françaises ont retrouvé la trace puis interpellé 3 trafiquants de drogue en 2 jours

Justine Chevalier
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Une saisie de drogue - (photo d'illustration) - ORLANDO SIERRA/AFP
Une saisie de drogue - (photo d'illustration) - ORLANDO SIERRA/AFP

Trois trafiquants de drogue en cavale depuis plusieurs années interpellés en deux jours en France et en Espagne. Le résultat d'un travail coordonné entre la brigade nationale de recherche des fugitifs et l'Office anti-stupéfiants lancé officiellement en 2020, le tout dans le cadre du plan anti-drogue lancé par le gouvernement en 2019. "La France ne sera pas le terrain de jeu" des trafiquants, avait promis le ministre de l'Intérieur de l'époque, Christophe Castaner.

Les autorités visent les trafiquants en liberté mais aussi ceux en cavale. Car même en fuite, la plupart d'entre eux continuent leur business. C'est le cas de ce fugitif de 29 ans, originaire de la Seine-Saint-Denis. En avril 2017, cet homme, qui tenait plusieurs points de deal à Pantin, a été impliqué dans une fusillade au cours de laquelle un homme de 25 ans a été blessé aux jambes. La victime s'en est sortie et l'auteur des coups de feu a été interpellé en juillet de la même année par la police judiciaire de Seine-Saint-Denis.

En cavale depuis 4 ou 5 ans

D'abord placé en détention provisoire après sa mise en examen, le trafiquant a été remis en liberté, sous contrôle judiciaire, à la fin de l'année 2017. Une liberté retrouvée au cours de laquelle il s'est fait la malle. En février 2020, il ne se présente pas à son procès, où il est condamné à 9 ans de prison, notamment pour tentative d'homicide. L'homme a toutefois continuer à exercer, sans quitter la région parisienne. Villemomble, Saint-Denis, le 17e arrondissement ou encore Courbevoie, il multiplie les points de chute.

C'est dans cette dernière commune des Hauts-de-Seine que les policiers ont retrouvé sa trace ces derniers jours. Le trafiquant est pourtant habile pour déjouer la surveillance de la brigade de recherche des fugitifs. L'homme se gare à l'extérieur, entre à pied dans l'immeuble pour ressortir par une autre issue. Ce qui convainc les policiers d'aller directement le "cueillir" mercredi... à la sortie de l'ascenseur. Il est depuis écroué à la prison de Nanterre.

Un trafiquant de 41 ans dort lui depuis jeudi soir au centre pénitentiaire de Beauvais, dans l'Oise. Lui aussi a tenté de déjouer la surveillance des policiers, alors qu'il est en fuite depuis 2017. Ce poids-lourd du trafic est à l'origine de l'importation de centaines de kilos de résine de cannabis depuis le Maroc en utilisant des go-fast. L'un d'entre eux avait d'ailleurs été intercepté en 2011 dans les Pyrénées. Le trafiquant n'était pas dans le véhicule mais a été identifié comme un donneur d'ordre.

Des enquêtes sur l'environnement du fugitif

En 2017, il est jugé et condamné, en son absence, à six ans de prison. L'homme s'est déjà envolé pour le Maroc mais les policiers ont la certitude qu'il est revenu clandestinement en France, et plus précisément à Villers-Saint-Paul, près de Creil, dans l'Oise, d'où il est originaire. C'est là qu'il a été interpellé jeudi par la brigade des fugitifs avec le soutien de la BRI, la brigade de recherche et d'intervention de Creil.

Lui avait visé plus loin pour échapper à la police puisque ce troisième trafiquant, dans le collimateur de la brigade de recherche des fugitifs, a été retrouvé de l'autre côté de la frontière, en Espagne. C'est de là que cet homme de 30 ans, de nationalité marocaine mais implanté à Gennevilliers, importait du cannabis. La cocaïne qu'il revendait provenait elle des Antilles. Mais en 2016, il prend la fuite avant d'être condamné à deux reprises à quatre ans de prison pour ces deux activités.

Pour retrouver sa trace, la brigade de recherche des fugitifs a, comme pour chaque enquête, misé sur son environnement. D'abord le cercle familial, puis celui des amis et enfin le cercle professionnel. "Au bout de quelques années de fuite, l'attention n'est plus la même, décrypte une source policière. Et même si le fugitif prend ses précautions, il arrive que l'entourage soit moins précautionneux."

Déstabiliser les réseaux

Le trafiquant de 30 ans avait plusieurs identités, reliées chacune d'entre elles à une voiture, un logement ou encore une ligne téléphonique. S'il revenait de façon ponctuelle en France, c'est sur la Costa del Sol, au sud de l'Espagne, qu'il s'était réfugié. Ces dernières semaines, une série de perquisitions a été menée avant qu'il ne soit interpellé jeudi par des policiers locaux sur la voie publique. Il doit être présenté à un juge en vue d'une remise aux autorités françaises.

Ces trafiquants figuraient sur la liste de "gros poissons", les trafiquants les plus nuisibles ou les plus implantés, dressée par la brigade de recherche des fugitifs et par l'office anti-stup. Ce travail d'ampleur pour rechercher les trafiquants en cavale a une visée plus globale. "L'idée, c'est de les 'neutraliser juridiquement', ce qui fait bouger les lignes, ça déstabilise les réseaux", note une source proche de cette enquête.

Article original publié sur BFMTV.com