Auschwitz, QAnon et tatouages vikings : la panoplie extrémiste des pro-Trump au Capitole

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Alors que les sénateurs s’apprêtaient à officialiser la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle américaine, des militants pro-Trump ont envahi le siège du Congrès à Washington le 6 janvier. La majorité d’entre eux arboraient les traditionnels slogans "Trump 2020", mais certains ont ouvertement affiché des symboles nazis et suprémacistes blancs, repérés dans les images amateur qu’ils ont eux-mêmes diffusées.

Des centaines de militants pro-Trump, convaincus que l’élection présidentielle a été le théâtre de fraudes massives et que la victoire revient au président sortant, ont tenté de stopper le processus d’officialisation du vote des grands électeurs, prévu mercredi 6 janvier au Capitole, dans la capitale fédérale américaine.

Ils sont entrés par effraction en début d’après-midi dans le cadre d’une manifestation organisée devant le monument et ont vandalisé plusieurs bureaux d'élus. Selon un bilan des autorités publié le 7 janvier, au moins une personne est morte lors de cette intrusion - trois autre personnes sont décédées en marge de la manifestation - et 52 manifestants auraient été arrêtés.

Dans plusieurs vidéos diffusées en direct par ces manifestants, on entend des individus crier qu’ils se battent "pour" Donald Trump ou en son nom. Presque tous portent des bonnets, t-shirts et écharpes de la campagne du président sortant, "Trump 2020". Mais certains individus ont arboré des symboles bien plus controversés.

Références à Auschwitz et suprémacisme blanc

Deux individus présents ont été photographiés et filmés arborant des symboles particulièrement radicaux.

Un homme portait ainsi un sweatshirt sur lequel on pouvait voir une tête de mort et l’inscription suivante : "Camp d’Auschwitz, le travail rend libre" en anglais. Cette référence explicite au camp d’extermination nazi, reprenant la phrase inscrite en allemand à l'entrée du camp, a choqué de nombreux internautes.

Un autre homme s’est particulièrement fait remarquer du fait de son accoutrement loufoque. Identifié comme un militant pro-Trump affilié au mouvement QAnon, Jake Angeli était torse nu et portait une fourrure avec des cornes sur la tête.

Sur son torse, plusieurs tatouages n’ont pourtant rien de léger. Sur ses bras on distingue les briques d’un mur, identifié, par plusieurs médias, comme celui entre les États-Unis et le Mexique cher au président sortant Donald Trump .

Sur le haut de son torse on distingue également le symbole triangulaire viking du valknut, aujourd’hui affilié au racisme et au suprémacisme blanc et plus spécifiquement au wotanisme, un mouvement identitaire néopaganiste lié au néonazisme.

En dessous on retrouve deux autres symboles issus de la culture viking : l’arbre monde et le marteau de Thor. Ces deux symboles, comme la mythologie viking de façon générale, sont largement repris par les groupes suprémacistes qui croient voir dans cette ancienne civilisation un exemple de "pureté raciale".

Jake Angeli, par ailleurs, a été photographié et filmé à de nombreuses reprises ces derniers mois avec une pancarte indiquant "Q m’a envoyé", une référence au mouvement conspirationniste QAnon. Ce dernier est par ailleurs surnommé le "chamane de Q" dans les milieux pro-Trump.

De multiples références au mouvement QAnon

Des nombreux manifestants ayant participé à l’assaut portaient des vêtements ou des pancartes faisant allusion à cette théorie conspirationniste qui prétend que le président Donald Trump travaille en secret à déjouer un vaste complot pédocriminel. Elle a commencé à être diffusée en 2017, par un certain "Q", anonyme, sur internet.

Ce manifestant porte ainsi un t-shirt sur lequel on peut lire "Trust the plan" ("Faites confiance au plan"), l’un des principaux crédos du mouvement. Celui-ci promet, depuis trois ans, l’arrestation simultanée de centaines de membres de l’élite pour pédophilie, satanisme ou haute trahison. Le "plan" en question est un événement censé permettre à Donald Trump de se maintenir au pouvoir afin d'aboutir à cette arrestation.

Sur cette capture d’écran, une femme tient une pancarte sur laquelle on devine une allusion à la pédocriminalité, thématique centrale de la théorie QAnon : "Les enfants ont grand besoin de…", lit on partiellement en anglais.

Dans les vidéos enregistrées en direct par les manifestants, les références à Q et au "plan" sont nombreuses. On aperçoit également une pancarte en forme de Q dans les couloirs du Capitole.

Le drapeau du Kekistan, pays imaginaire de "l’alt right" bercée sur 4chan

La théorie conspirationniste QAnon est née en 2017 sur le forum américain 4chan. Un autre symbole issu de ce forum était présent dans le Capitole, le drapeau du Kekistan, reconnaissable à sa couleur verte et aux nombreuses lettres K qui le composent.

Le Kekistan est une nation imaginaire dont l’emblème est Pepe the frog, une grenouille mascotte de la nouvelle droite américaine qui se retrouve autour du président Trump, de mèmes et de discours violents sur ce type de forum.

Les vieux symboles de l’extrême droite américaine

D’autres symboles violents et associés à l’extrême droite ont été fièrement brandis, comme le drapeau confédéré.

Ce dernier représente à l’origine les États du Sud, esclavagistes, qui se sont battus contre ceux du Nord pendant la guerre de Sécession. Aujourd’hui, le drapeau est largement perçu comme un symbole raciste aux relents ségrégationnistes.

Les manifestants ont également érigé des nœuds coulants devant le Capitole en utilisant des câbles de caméras volées à des journalistes. Ces installations violentes sont non sans rappeler les lynchages et les pendaisons qu’ont subis les esclaves noirs dans les États du Sud tout au long du XXe siècle.

Deux drapeaux régulièrement associés à l’extrême droite américaine ont aussi été brandis dans le Capitole, le drapeau Gadsden créé au XVIIIe siècle, à l'origine symbole de résistance contre les Anglais et le drapeau dit "Join or Die" ("Rejoins ou Pars"). Ce dernier représente une caricature créée par Benjamin Franklin pour illustrer et dénoncer l’état de désunion des colonies qui deviendront plus tard les États-Unis.

Ce symbole de l’indépendance américaine vis-à-vis des colons a peu à peu été récupéré par l’extrême droite. Il est aujourd’hui associé au suprémacisme blanc et notamment à la milice "3er". Cette milice paramilitaire qualifiée d’"anti-gouvernement" par le Southern Poverty Law Center défend en premier le droit du port d’arme.

La guerre d’indépendance est d’ailleurs régulièrement invoquée par les manifestants qui crient à plusieurs reprises dans le Capitole "1776", revendiquant l’héritage de la proclamation d’indépendance des États-Unis, signée à cette date.