"Aujourd'hui ton violeur, demain ton docteur": des collages féministes secouent la fac de médecine de Tours

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Les collages féministes affichés sur les murs de la faculté de médecine de Tours à la mi-avril. - Twitter
Les collages féministes affichés sur les murs de la faculté de médecine de Tours à la mi-avril. - Twitter

"Ici sont formés et protégés des violeurs". Vendredi 15 avril au matin, les étudiants et les professeurs de la faculté de médecine de Tours ont découvert sur les murs de leur établissement plusieurs collages dénonçant les violences sexistes et sexuelles qui auraient lieu au sein même de la fac. Les affiches accusaient aussi l'établissement d'avoir protégé les agresseurs. "Aujourd'hui ton violeur, demain ton docteur", disait l'un des collages, tandis que sur un autre était écrit: "Étudiant.e, pas morceau de viande".

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A post shared by Viktorija Burakauskas (@toribur) on Jan 21, 2020 at 8:43am PST

La campagne d'affichage, qui a eu lieu dans la nuit de jeudi à vendredi, a été revendiquée par un collectif féministe de Tours. Selon nos informations, ces affiches faisaient référence à des plaintes déposées pour des faits d'agressions sexuelles qui auraient eu lieu entre 2013 et 2020, pour lesquelles une enquête judiciaire est en cours.

Un étudiant de 24 ans mis en examen

Un ancien élève, externe en médecine, a été mis en examen en 2020 pour viol et agressions sexuelles après le dépôt de plaintes de cinq jeunes femmes, elles aussi pour la plupart étudiantes. Ces dernières l'accusent de violences sexuelles commises lors de soirées privées entre étudiants hors les murs de la faculté. Toutefois, les victimes assurent qu'elles ne sont en aucun cas liées au collage des affiches sur les murs de l'établissement.

Le jeune homme, aujourd'hui âgé de 24 ans, a été incarcéré deux mois entre septembre et novembre 2020. Son avocat, contacté par BFMTV.com, n'a pas souhaité s'exprimer sur cette affaire. L'étudiant a, selon nos informations, reconnu une partie des faits dont il est accusé mais il a pu continuer son cursus universitaire en médecine dans un autre établissement, sous couvert de la présomption d'innocence.

L'université de Tours, elle, rejette les accusations selon lesquelles l'étudiant aurait été "protégé" par l'établissement et le doyen de la fac, Patrice Diot. L'université, elle, compte porter plainte pour "intrusion et dégradation des locaux", et Patrice Diot pour "diffamation". Dans un mail envoyé aux étudiants et professeurs, le doyen de la faculté de médecine a dénoncé des accusations "inacceptables", selon la Nouvelle République.

Le doyen de la fac de médecine porte plainte

"J'avais immédiatement et définitivement suspendu la présence de l'étudiant mis en cause à la faculté et sur les lieux de stage et proposé aux étudiantes le soutien de la faculté", se défend Patrice Diot, qui juge la campagne d'affichage "excessivement violente".

Dans un communiqué ce jeudi, l'établissement apporte son soutien aux victimes et affirme avoir été informé en septembre 2020 que des plaintes allaient être déposées par les étudiantes elles-mêmes, mais se défend fermement d'avoir protégé le jeune homme mis en cause.

"Pour répondre à leur détresse, le doyen a aussitôt proposé l’aide de l’université aux étudiantes qui avaient été reçues au préalable par la commission d’écoute", écrit l'université, qui assure avoir "exigé de l’étudiant qu’il ne se représente plus dans les locaux de l’établissement et a mis fin à la poursuite de ses stages".

L'établissement universitaire de Tours précise encore que l'étudiant a été interdit de séjour en Indre-et-Loire dans le cadre de la procédure judiciaire. "Dans ce contexte, il a recherché une autre faculté acceptant son transfert, en connaissance de son dossier, et en considérant la présomption d’innocence. En aucun cas l’action du doyen n’a eu pour but de protéger l’accusé ou de dissimuler les faits. L’ensemble de la procédure a été menée avant tout dans l’intérêt des plaignantes, dans le respect du droit et du code de procédure pénale", poursuit l'université.

Un stage en gynécologie réalisé à Limoges

Me Morin, l'avocat de quatre victimes, affirme à BFMTV.com qu'"elles ne sont pas du tout dans une démarche de médiatisation. Elles ont cependant été stupéfaites d'apprendre que leur agresseur avait pu faire un stage dans un service d'hospitalisation en gynécologie" à l'université de Limoges.

"J'estime qu'une ligne blanche a été franchie", déplore à notre micro l'avocat des quatre plaignantes. "Ces collages ont suscité un certain émoi, à mon sens justifié, au sein de la communauté universitaire. Cela révèle à l'évidence un certain nombre de dysfonctionnements, alors que le jeune homme était censé être placé sous contrôle judiciaire".

À BFMTV.com, la présidente de l'université de Limoges Isabelle Klock Fontanille explique que l'étudiant s'est rapproché de la faculté de médecine de son établissement après avoir essuyé un certain nombre de refus d'autres universités de l'intégrer. Si Isabelle Klock Fontanille reconnaît que le doyen de la faculté de médecine de Tours a bien appelé son homologue à Limoges, elle dit ne pas avoir connaissance d'une quelconque lettre de recommandation de doyen à doyen.

En mai 2021, le doyen de la fac de médecine reçoit donc le jeune homme avec son équipe, d’abord seul puis avec les parents, précise la présidente d'établissement, qui précise que le doyen a alors prêté une oreille bienveillante" à son cas. "À ce niveau de l’information judiciaire et au nom de la présomption d’innocence, le doyen de la faculté de médecine de Limoges ne s’est pas estimé en capacité de devoir rejeter cette demande et l’étudiant a ainsi pu s’inscrire", affirme-t-elle.

Un transfert d'établissement réalisé "de manière officielle"

Toutefois, la présidente de l'université assure que le jeune homme a pu bénéficier d'un transfert d'établissement "de manière officielle et en accord avec les préconisations du juge d’instruction en charge de l’affaire". En effet, elle rappelle qu'aucune "suspension ou interdiction" de son cursus n'avait été imposée dans le cadre de la procèdure judiciaire, et qu'"aucune sanction disciplinaire n'avait par ailleurs été prise à son encontre dans son précédent établissement".

Des mesures de surveillance ont été mises en place dès 2021 au sein de l'université de Limoges. "Un certain nombre de membres du personnel encadrant sont au courant de l'affaire, et l'étudiant ne peut par exemple pas rester seul dans une même pièce avec d'autres étudiantes", précise la présidente d'université. Quant au stage en gynécologie, elle confirme que celui-ci a bien eu lieu entre octobre et novembre 2021. Cependant, elle assure qu'il faisait parti du parcours obligatoire et n'a pas été choisi de façon délibérée par l'étudiant mis en cause.

L'association des étudiants en médecine (ANEMF), elle, réclame des investigations. Dans un communiqué mercredi, elle s'interroge sur les raisons pour lesquelles le mis en cause a pu poursuivre son cursus universitaire. "Un an après la publication de l’enquête sur les violences sexistes et sexuelles de l’ANEMF, et l’indignation de l’ensemble de la communauté médicale et universitaire face à l’omerta (...) les étudiants victimes ne peuvent toujours pas compter sur la protection des institutions", déplore l'association, qui juge que "si les faits sont avérés, les sanctions adéquates devront être prises envers les responsables".

Article original publié sur BFMTV.com

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