Audace

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La gauche aime l’Europe… à condition qu’elle soit autre. Allergique au nationalisme, elle mesure le danger que représenterait la victoire des adversaires de l’Union pour la paix et la prospérité du continent. Rétive au libéralisme, elle rêve d’une Union sociale, régulée et protectrice pour les peuples. Dans le théâtre classique, on dirait que la gauche française suit Corneille, qui voit l’homme tel qu’il devrait être, et non Racine, qui le voit tel qu’il est.

A-t-elle tort ? Les réalistes moquent sa manie des plans de réforme, toujours agités et jamais mis en œuvre. Ils tiennent pour une chimère tout ce qui sort du cadre étroit des compromis actuels, tout ce qui dessine une Europe selon le vœu des progressistes, plus sociale et plus fédérale. Mais les soi-disant réalistes ont conduit l’Union au bord de l’explosion. En resserrant le carcan des politiques économiques, en restreignant la souplesse monétaire et budgétaire, ils ont conduit les nations à une concurrence par l’austérité et le dumping social. Faute de pouvoir ajuster les variables financières, chaque pays a comprimé ses coûts. Mais comme les coûts sont aussi les revenus, qui déterminent la demande, l’activité a été bridée et l’Europe est devenue une zone de stagnation. Seules les industries fortes, à l’instar de l’Allemagne, ont tiré leur épingle du jeu, creusant l’écart entre le Nord et le Sud. Dès lors, le vrai réalisme consiste à cultiver une forme d’idéalisme, à prêcher l’audace contre la prudence délétère qui nous mène au désastre. Soixante ans après la signature du traité de Rome, il faut retrouver l’alacrité des fondateurs, qui n’ont pas hésité à bousculer le réel. C’est le sens des projets décrits dans notre journal par Thomas Picketty et Jacques Généreux, têtes pensantes de Hamon et de Mélenchon. On peut les juger utopiques ou trop agressifs. Certes. Mais l’autre solution, c’est la triste impuissance des résignés.



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