Au Tchad, refuser une demande en mariage peut coûter cher, surtout pour une femme

PHOTO LUDOVIC MARIN / AFP

Désormais, dans le centre du Tchad, les femmes et les hommes qui refusent les demandes en mariage sont passibles d’une amende. Cette décision, portée par une instance religieuse, est motivée par le désir d’“encourager les jeunes à se marier”.

Sous l’égide du conseil supérieur des affaires islamiques de la ville de Mangalmé, les chefs coutumiers et religieux de la région du Guéra, dans le centre du pays, ont instauré une pratique baptisée “Amchilini” (“choisis-moi” en français) : tout homme ou femme demandé en mariage sera soumis à une amende en cas de refus. Les religieux, dotés d’un réel pouvoir d’influence dans le pays, souhaitent ainsi “encourager les jeunes à se marier”, mais surtout lutter contre la “débauche”, rapporte le site de la BBC.

Si elle rejette une demande en mariage, une femme devra payer une amende dont le montant varie entre 15 000 et 25 000 francs CFA (entre 23 et 38 euros). Une somme considérable, compte tenu de la situation économique du pays.

En revanche, si un homme refuse la demande en mariage faite par une femme, il devra s’acquitter d’une amende de 10 000 francs CFA (15 euros) seulement. Cet écart a été critiqué pour son caractère discriminatoire et pénalisant.

De plus, ceux et celles qui ne paient pas l’amende risquent l’arrestation.

#StopAmchilini

Cette nouvelle règle a été fortement contestée par les acteurs de la société civile. Ainsi, la Ligue tchadienne des droits des femmes a dénoncé l’illégalité de cette pratique, incompatible avec la “loi nationale garantissant la liberté de consentement au mariage”, continue la BBC.

La Ligue tchadienne des droits des femmes, qui considère que cette règle déroge à l’égalité et traduit une soumission de la femme encore trop répandue dans le pays au sein de certains milieux, dénonce une forme de “mariage forcé”. Ce dernier est pourtant interdit par “les textes ratifiés par le pays contre le mariage forcé et les textes internationaux qui garantissent” les droits des femmes, souligne une tribune publiée sur le site d’information tchadien Le Sahel.

Dans ce pays à majorité musulmane, le rôle des chefs coutumiers et religieux est également mis en question. Ils sont d’ailleurs appelés à “ne pas abuser de leur autorité”, rapporte le média Tchad Infos.

Un hashtag, #StopAmchilini, a par ailleurs été partagé sur les réseaux sociaux. Outre la dénonciation de la décision religieuse, ce mot-dièse dénonce également une mentalité patriarcale dominante dans la région, “où les femmes sont considérées comme inférieures aux hommes”.

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