Au Soudan, le CICR tente de remettre en contact les familles éthiopiennes séparées

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Le conflit en cours dans la région du Tigré présage d’une grave crise humanitaire, selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés. Depuis le 10 novembre, le conflit au Tigré a entrainé l’exode de près de 35 000 personnes vers le Soudan. Fuyant à la hâte des combats ou des massacres, de nombreuses familles ont été séparées.

Avec notre envoyé spécial à la frontière éthiopienne, Eliott Brachet

« Allô?… Ca va ?… On a fui Mai-Kadra et on est passé au Soudan. Tu m’entends ? On a réussi à s’échapper au Soudan. » En raccrochant avec sa sœur qui habite à Addis Abeba, le jeune homme a le sourire aux lèvres, ses proches vont bien.

Samhara n’a pas cette chance. « Papa et maman sont toujours là-bas. Je ne sais pas s’ils sont en sécurité. Je n’ai pas de nouvelle. »

Muni d'une feuille de papier remplie de numéros de téléphone, Abdelfaraj Mohammed travaille pour la Croix-Rouge. « Ce programme est prévu pour les personnes qui ont perdu leurs familles à cause de la guerre. On leur prête des téléphones gratuitement pour que les familles puissent se réunir. »

Bertiney en profite. « Allô ! C’est Bertiney. Dites bonjour à toute ma famille. Je suis au Soudan à cause de la guerre, dites bonjour à tout le monde. La ligne n’est pas bonne, je vous rappelle plus tard. »

Cette initiative de la Croix-Rouge vient d’être déployée dans le camp de Hashaba et déjà la liste des inscrits est interminable.

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Le désespoir d'un laborantin deux fois réfugié

Dans le même camp, l'aide humanitaire s'organise autant que faire se peut. Comme tous les jours, il y a foule devant ce dispensaire de fortune. Semere Hagos, 25 ans, attrape les ordonnances par la fenêtre, détaille les prescriptions et distribue quelques cachets d’antibiotique.

« On reçoit beaucoup de gens atteint de dysenterie, malaria ou typhoïde. Nous leur donnons les quelques médicaments qu’on a. »

Avec une équipe de trois médecins, des infirmières, des sages-femmes, ce laborantin a fui à bord d’une ambulance alors que l’hôpital de Humera était cerné par les bombardements. « À cause de la guerre entre l’Éthiopie et l’Érythrée, je m’étais réfugié au Tigré. Mais la même chose s’est reproduite, un conflit a éclaté et j’ai été obligé de fuir au Soudan. C’est la deuxième fois que je franchi une frontière à cause de la guerre. »

Toute cette équipe de bénévoles éthiopiens est à pied d’œuvre pour rendre la vie dans le camp un peu plus supportable. Mais pour Semere, il est difficile de garder espoir.

« Le vrai problème, c’est que ce ne sont pas les gens qui se battent, ce sont des partis qui instrumentalisent les gens. Il n’y avait pas de problème entre nous auparavant. Je n’ai aucun futur ici. Je voulais étudier, je voulais travailler, mener une belle vie, mais ici c’est impossible. »

Pour le moment, il a pour seul horizon ces rangées de baraquements en béton, à perte de vue.

En deux semaines seulement, l’ONU estime que plus de 75 millions de dollars sont nécessaires pour répondre à l’urgence en Éthiopie.

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