Au second tour, ces Français songent à l'abstention ou au vote blanc pour la première fois

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En cette présidentielle 2022, certains électeurs, dépités de se retrouver face au même duel qu'en 2017, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, pourraient ne pas voter ce dimanche 24 avril.

SECOND TOUR - Pas des “castors”. Face au second tour de l’élection présidentielle qui oppose une nouvelle fois Emmanuel Macron à Marine Le Pen, ces électeurs déçus ne feront cette fois pas “barrage” à l’extrême droite. Pour la première fois de leur vie, ils s’apprêtent à ne pas se rendre aux urnes.

Lors de notre appel à témoignages au lendemain du premier tour, de nombreux lecteurs nous ont écrit. Certains nous ont expliqué les raisons de ce choix.

“La culture inexistante dans les programmes”

Françoise a tout simplement déchiré sa carte d’électrice, ce qui lui a fait “un bien fou”. “Depuis mes 18 ans, je suis toujours allée voter, explique cette professeure de théâtre de 62 ans de l’Aude (Gard) au HuffPost. Depuis quelques années déjà, au second tour, je ne votais pas pour un candidat mais pour faire barrage et cette situation commençait à me peser.”

Elle ne s’est pas déplacée au premier tour de cette élection et n’ira pas au second. La crise du Covid n’y est pas pour rien. “Par mon métier, je me suis entendue dire que j’étais ‘non essentielle’ pendant la pandémie, argue-t-elle. La culture est inexistante dans les différents programmes des prétendants à la présidence. Alors pourquoi me déplacer?”

Si Marine Le Pen était élue au second tour, elle craint “une sortie de l’Europe, peut-être”. ”À voir dans le temps si son discours est moins extrême droite que son père”, conclut-elle.

“Voter utile? À chaque fois, je l’ai regretté”

À 47 ans, Bertrand, ingénieur dans le Vaucluse (Provence-Alpes-Côte d’Azur) a lui aussi déjà “voté utile”. ”À chaque fois, je l’ai regretté, souligne-t-il. Il y a longtemps que je ne compte plus sur les politiques pour résoudre les problèmes et que j’agis à mon niveau.” Mais face à l’urgence climatique, il se sent “impuissant” tant “les enjeux sont collectifs”.

Pour lui, ni Emmanuel Macron ni Marine Le Pen ne prennent cette question au sérieux. “Ils ont même complètement ignoré le sujet”, souligne-t-il. “Désemparé”, il n’ira pas voter au second, ce qui ne lui est jamais arrivé, en espérant tout de même que Macron soit réélu, “avec le minimum de suffrages possible.”

La probabilité que la candidate du RN passe au second tour lui semble “infime”. Il se sentirait “mal” si cela arrivait, mais il a choisi de “prendre le risque”.

“C’est une position difficile à assumer auprès de ma famille ou de mes amis, admet-il. Mais je suis conforté dans ce choix par le fait que Macron n’a jusqu’ici fait aucune proposition concrète et crédible pour donner des gages aux électeurs comme moi.”

“Le 24 avril, j’irai au cinéma”

Au lendemain du premier tour, Sylvain, 47 ans, se sentait “isolé” et “incompris”. “Je porte des valeurs de gauche, d’une gauche humaniste en opposition totale avec le néolibéralisme”, nous écrit depuis Toulouse ce père de deux adolescents qui s’apprête, lui aussi, à ne pas voter, “une première”.

“J’en ai marre qu’on rejette la faute de ces résultats sur les petits candidats (les “nains”, quel mépris!) ou sur les électeurs”, s’agace-t-il. C’est la politique menée par Emmanuel Macron durant les cinq années qui est pour lui responsable de ce duel. “Macron et ses amis ont provoqué cette situation, ils espéraient ‘stratégiquement’ ce second tour face à Mme Le Pen. Ils l’ont, qu’ils se débrouillent”, écrit-il.

Parmi les raisons invoquées pour ne pas voter Macron, il cite entre autres le “mensonge” de la Convention Citoyenne pour le climat, le “fiasco” de Parcoursup, la “destruction” des services publics, le “scandale” des cabinets d’étude, le soutien au lobby de la chasse, la “reculade” sur le glyphosate... Dimanche 24 avril, il affirme qu’il ira “au cinéma”.

“Si Mme Le Pen est élue, nous aurons tous notre part de responsabilité, fait-il remarquer. Avant moi, la chaîne de responsabilité est énorme.” Recontacté une semaine plus tard par le HuffPost, Sylvain a finalement décidé d’aller voter, “blanc ou Macron”.

“Si c’est Macron, c’est vasectomie”

“Fils d’un immigré ouvrier slovaque et d’une mère italo-autrichienne”, Jean-Paul est à la retraite depuis 18 mois. Les deux candidats qui s’affrontent ne lui permettent pas “d’appréhender le futur de façon sereine.” “L’ascenseur social semble fonctionner depuis quelques années en sens inverse, la classe moyenne est de plus en plus dévalorisée”, note-t-il.

“Pendant plusieurs mandats, mon vote a été ‘confisqué’ dans le cadre du front républicain et cette fois ce ne sera pas le cas”, explique l’ancien fonctionnaire de 62 ans qui vit à Chaumont (Haute-Marne). En “regrettant très fortement que le vote blanc ne soit pas reconnu en France”, il s’abstiendra de voter le 24 avril.

Quentin lui n’hésite pas à parler de “deuil politique”. “Je ne me reconnais dans aucun des deux projets, les deux sont détestables, écrit cet étudiant de 30 ans à Nantes (Loire-Atlantique). Seul l’un est explicitement raciste et probablement anticonstitutionnel.”

“J’avais une blague avec certains de mes camarades étudiants ces derniers temps: ‘si c’est Macron, c’est vasectomie’, raconte-t-il. Comment vivre normalement, alors qu’est annoncée la fin du système climatique qui a permis l’épanouissement de la race humaine?”

“Je m’en tire par une pirouette”

Constatant que “les baby-boomers ont voté majoritairement pour Macron”, Jérôme, bientôt 60 ans, a pris l’engagement avec ses enfants qu’il ne voterait plus après son 70ème anniversaire. Le 24 avril, ce sera “la première fois depuis 40 ans” qu’il n’ira pas voter.

“Je n’irai pas voter car je ne sais pas si je ne serai pas tenté au dernier moment de faire une grosse connerie, nous écrit-il. Autant ne pas prendre le risque. Quel que soit le résultat le 24 au soir, les cinq prochaines années vont être terribles.”

Et d’ajouter: “Et comme il paraît que l’abstention profite au sortant, je m’en tire par une pirouette.” Il ne croit pas à une élection de Marine Le Pen. Et si c’était le cas? “Je risquerais fort de faire ce que j’ai également prévu de faire suite à la réélection de Macron: reprendre le militantisme”, écrit-il. “Déterminé”, il ne se sentirait “en aucun cas coupable de quoi que ce soit”.

“Je passe la main à ma fille”

Cécile, 50 ans, a trouvé l’alternative “la moins insatisfaisante” pour son avenir d’électrice. “Je n’irai plus jamais voter, écrit cette avocate à Clermont-Ferrand (Auvergne-Rhône-Alpes). Je donnerai procuration à ma fille pour toutes les élections qui se dérouleront de mon vivant et elle fera ce qu’elle voudra de cette voix.”

Sa fille de 23 ans aura donc droit à deux bulletins de vote. “Je suis usée par ce que m’ont imposé et m’imposent les politiques qui se sont succédé ces vingt dernières années, explique Cécile au HuffPost. Je ne vivrai jamais dans la peur de l’autre. Ma génération a failli, c’est aux suivantes de prendre le relais, et elles le feront avec beaucoup moins de complaisance.”

Une alternative existe: s’inscrire sur Alter-votants, une plateforme qui met en relation personnes qui ont le droit de vote avec étrangers résidant en France. “C’est un acte symbolique bien sûr, mais il est légal et je crois que c’est le seul qui me permet de faire de mon vote quelque chose d’utile”, écrit une internaute sur Twitter.

“L’impression de ravaler mon vomi”

Certains électeurs se laissaient l’entre-deux tours pour décider. Comme Jean-Louis, employé de librairie à la retraite à Nîmes (Gard). ”À cette heure, mon choix entre le bulletin blanc et un bulletin pour le président sortant est en suspens, écrit-il. L’écart que les sondages pourraient suggérer entre Le Pen et Macron aidera à me déterminer.”

Il ne “croit pas” à l’accession de Marine Le Pen au pouvoir. “Si cela devait arriver, si la démocratie française est respectée, les élections législatives seraient un moyen de corriger le résultat”, estime-t-il. Son état d’esprit serait néanmoins “indescriptible” et il ressentirait “une profonde tristesse pour l’avenir de ce pays et sa place dans l’Europe.”

L’hésitation est de mise aussi pour Jennifer, 39 ans, qui travaille dans un service client dans l’Essonne (Île-de-France). “Pour l’instant mon choix n’est pas fait car la déception est trop grande, exprime-t-elle. Trop de candidats, trop d’égos qui n’ont pas voulu lâcher prise au lieu de s’unir...”

Il y a cinq ans, elle avait voté pour Emmanuel Macron au second tour “pour ne pas laisser passer Marine Le Pen”, mais aujourd’hui elle va probablement voter blanc. “J’aurais l’impression de ravaler mon vomi”, conclut-elle.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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