Au Royaume-Uni, le variant indien pourrait perturber le déconfinement

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Des Britanniques sur la plage de Margate, au sud-est de Londres, le 31 mai 2021. - Ben STANSALL / AFP
Des Britanniques sur la plage de Margate, au sud-est de Londres, le 31 mai 2021. - Ben STANSALL / AFP

Les Britanniques, qui ont pu retrouver les terrasses il y a un mois et demi mais aussi les salles de restaurants depuis une quinzaine de jour, ou encore les tribunes des stades, ont les yeux rivés sur le 21 juin. En effet, le gouvernement, établissant très en amont son calendrier du déconfinement, y avait fixé la date de la levée des dernières restrictions, engageant par exemple la réouverture des boîtes de nuit.

Mais cet horizon paraît de plus en plus incertain et devrait même se boucher selon certains scientifiques. Le variant indien pousse à la hausse le nombre des contaminations et des hospitalisations au point de faire craindre une nouvelle vague du Covid-19 dans un Royaume-Uni qui se croyait tiré d'affaire.

Les premiers signes d'une nouvelle vague

Selon les données officielles disponibles, on comptait lundi 3383 nouveaux cas au cours des dernières 24 heures (soit une augmentation moyenne de 944 si l'on compare avec la semaine précédente). Le Huffington Post remarque quant à lui qu'au cours de la semaine écoulée, le nombre des hospitalisations et des cas positifs a bondi de 20%, tout en restant très bas, le taux d'incidence du virus restant souvent sous les 30 cas pour 100.000 habitants. En France, par exemple, cet indicateur, qui a également beaucoup baissé, vient à peine de passer sous les 100 au plan national.

Soucieux de bien mettre ces chiffres en perspective, l'infectiologue Ravi Gupta, membre du Sage (pour "Scientific Advisory Group for Emergencies", institution liée au gouvernement britannique et qui équivaut à notre Conseil scientifique) a déclaré lundi à la BBC: "Bien sûr que les chiffres sont encore bas. (...) Ce à quoi nous assistons ce sont les premiers signes d'une vague qui commence à frémir".

"Il faudra sans doute plus de temps à cette vague qu'aux précédentes pour émerger en raison de nos taux de vaccination désormais assez élevés dans la population, donc il pourrait y avoir un faux sentiment de sécurité pendant un certain temps, c'est ce qui nous préoccupe", a-t-il ajouté.

Martin McKee, professeur en santé publique à l'Ecole de médecine hygiénique et tropicale de Londres, a abondé dans la presse, comme ici auprès de l'Indian Express: "Cela ressemble beaucoup à une troisième vague".

"Croissance exponentielle"

Et la tendance est continue depuis bientôt un mois. C'est le variant indien, qui a supplanté par sa contagiosité la déclinaison locale, le variant anglais, lui-même déjà plus contagieux que la souche originelle, qui porte ce que Ravi Gupta a appelé une "croissance exponentielle" des contaminations, représentant les trois quarts des nouveaux cas selon le même spécialiste à la BBC.

Voyant le phénomène venir de loin, des scientifiques avaient écrit dans une note achevée le 11 mai et intitulée Sur la transmission communautaire potentielle du B.1.617.2 (qui désigne le variant indien, NDLR): "Devant les éléments d'incertitude, le risque d'une surréaction semble minime comparé au bénéfice potentiel de retarder une troisième vague jusqu'à ce que davantage de personnes soient vaccinées".

Le vaccin oui, mais deux doses

Lundi soir, selon les données compilées par data.gov.uk, on recensait 59% de Britanniques ayant reçu au moins leur première dose et 38,2% pleinement vaccinés. Car c'est bien là la bonne nouvelle: le vaccin semble efficace contre ce variant, comme il l'a été face aux autres... à condition qu'il soit achevé car une seule piqûre paraît insuffisante.

Le travail - publié sur Twitter - de John Burn-Murdoch, journaliste au Financial Times, montre en effet que le variant indien produit ses plus grands dommages dans le nord-ouest du pays (notamment à Blackburn, Bolton, Rossendale, Bedford) et dans les segments de la population les moins vaccinés.

"Par exemple, nous constatons que l'explosion des cas à Bolton est initialement partie des quartiers où le taux de vaccination était relativement faible. (...) La seconde chose à noter et le premier signe que le vaccin va changer fondamentalement la donne de cette vague: les taux de contamination restent bas dans les classes d'âge supérieur, le plus souvent complètement vaccinées", note-t-il.

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Vers un report de la dernière étape du déconfinement?

Officiellement, on s'accroche au cap d'une levée des derniers freins à la vie sociale le 21 juin. Mais l'idée d'un report de la dernière phase du déconfinement commence à infuser. Dimanche, le ministre Nadhim Zahawi, ministre de la Vaccination, a ainsi refusé de s'avancer sur la question d'un abandon du télétravail ou du port obligatoire du masque à cette échéance. Le gouvernement britannique a cependant toujours souligné que l'agenda du déconfinement serait susceptible d'évoluer selon les courbes de la maladie.

George Eustice, secrétaire d'Etat à l'Environnement, a rappelé la ligne, dans une déclaration relayée par le Guardian: "La chose à faire dans quelques semaines c'est d'étudier les données avant de nous décider". En l'occurrence, la décision tombera le 14 juin prochain, une semaine seulement avant la date projetée, note ailleurs le quotidien britannique.

Ni le délai, ni l'idée d'un changement de plan ne siéent aux acteurs les plus concernés. L'Association britannique des pubs et brasseurs a ainsi réclamé que les commerces soient prévenus à l'avance au cas où le 21 juin ne serait pas le sésame ouvrant plus grand leurs portes et bénéficient alors de compensations financières.

L'association milite surtout pour le maintien des ambitions initiales du 21 juin, comme Emma McClarkin, qui la dirige, l'a glissé au Guardian: "Le 21 juin est une date absolument cruciale pour le rétablissement du secteur. Le rétablissement ne commencera qu'avec la levée des restrictions".

Article original publié sur BFMTV.com

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