Au Royaume-Uni, les fétichistes du pied ont été entendus

Dessin de Gary Waters, Royaume-Uni/Ikon Images.

De l’avis de l’historien britannique Eric Hobsbawm, “l’héritage le plus durable et le plus universel de la Révolution française, c’est le système métrique”. Londres semble pourtant décidé à revenir sur ce grand tournant métrologique. Alors que le reste du monde a adopté le système métrique comme langage universel du commerce et de la connaissance, ici, le gouvernement du “Royaume-Uni mondial” [“Global Britain”, slogan post-Brexit de Boris Johnson] envisage de revenir à un dialecte local en restaurant le système de mesure impérial. Une aberration.

À première vue, ce combat contre le système métrique à des airs de joute contre un moulin à vent. Après tout, qui se préoccupe de savoir si vous achetez vos pommes et vos carottes en livres ou en kilos, du moment que le prix est juste ? Pourtant, depuis des millénaires, la prédominance d’un système de mesure est extraordinairement importante pour les pays – et cette concurrence entre systèmes métrique et impérial demeure encore aujourd’hui. On retrouve des décrets veillant à l’emploi d’unités de mesure fixes pour garantir l’honnêteté des échanges commerciaux jusque dans les textes juridiques les plus anciens, du Code d’Hammurabi de l’ancienne Babylone à la Magna Carta. Consciemment ou non, Boris Johnson ravive ces préoccupations historiques.

Un fruit d’esprits révolutionnaires

L’hostilité envers le système décimal ne date pas d’hier, elle est d’ailleurs peut-être antérieure au système métrique lui-même. Avant même sa finalisation par l’élite intellectuelle française dans les années 1790, scientifiques et politiques d’outre-Manche craignaient que ces nouvelles dénominations ne perturbent les gens et jugeaient que la définition du mètre – calculé depuis le méridien de Paris et équivalent à un dix-millionième de la distance entre le pôle Nord et l’Équateur – était trop centrée sur la France pour permettre l’adoption de cette mesure par d’autres nations. C’est d’ailleurs pour cette même raison que Thomas Jefferson a jugé ce système “impraticable” par les États-Unis, estimant que la définition du mètre empêchait “de fait l’adoption d’une mesure commune par toutes les nations de la Terre”.

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