Au royaume d'Eswatini, les folles rumeurs autour de Mswati III, dernier monarque absolu d’Afrique

·6 min de lecture

Le royaume d'Eswatini, anciennement appelé Swaziland, est secoué depuis quelques semaines par des manifestations prodémocratie de la jeunesse. Selon certains, le roi de la dernière monarchie absolue d'Afrique, Mswati III, serait même en fuite.

Mais où se trouve le roi d’Eswatini ? Depuis plusieurs jours, les rumeurs vont bon train. Alors que son pays est secoué par de violentes manifestations, le roi Mswati III aurait fui, d’après plusieurs médias rapportant des informations du Parti communiste local. 

Selon la BBC, son avion privé aurait quitté le royaume lundi soir et pourrait se trouver en Afrique du Sud. Un départ nié par le gouvernement, qui a affirmé dans un communiqué que le souverain se trouve "dans le pays et continue à gouverner".  

Anciennement connu sous le nom de Swaziland, le royaume d’Eswatini est en proie à des protestations sans précédents. Des vidéos non vérifiées ont circulé sur les réseaux sociaux, montrant la police disperser violemment les manifestants. Selon des militants de la société civile, huit personnes ont été tuées et des dizaines d'autres blessées lors d'affrontements avec la police. Les autorités n’ont pas voulu commenter ces chiffres, refusant de répondre aux médias.  

Depuis mardi 29 juin, l'accès à Internet est par ailleurs réduit dans ce petit pays pauvre et enclavé d'Afrique australe, les militants dénonçant une tentative du gouvernement de réduire la révolte au silence. Les autorités ont également instauré un couvre-feu nocturne, mardi, officiellement pour lutter contre le Covid-19. La semaine dernière, il avait déjà interdit les manifestations, attisant la colère. La police a prévenu qu'elle appliquerait une "tolérance zéro" à l'égard des contrevenants. 

La mort suspecte d’un étudiant

La jeunesse de ce pays d'1,3 million d'habitants réclame une démocratie multipartite et un Premier ministre élu. Comme l’explique l’ONG Human Rights Watch, tout a commencé en mai lorsque "des élèves et des professeurs ont commencé à protester contre l’assassinat attribué à des policiers de Thabani Nkokomonye, un étudiant en droit". Les autorités ont lancé une enquête, mais les manifestations ont pris un nouveau tournant fin juin lorsque 500 jeunes sont descendus dans la rue, dans le district de Manzini, à 30 kilomètres de la capitale, Mbabane, pour demander des réformes démocratiques.

Les manifestations sont rares en Eswatini, où le roi nomme les ministres et contrôle le Parlement, et où les partis politiques sont interdits officiellement depuis 1973. "Le système judiciaire est corrompu et des lois répressives ont été utilisées pour viser les organisations indépendantes et harceler les militants de la société civile", résume Human Rights Watch. "Au fil des années, il n’y a eu aucun progrès démocratique ni réforme des droits humains", poursuit l’ONG .  

Interrogé par le site Voice of Africa, le secrétaire général de l’Association nationale des enseignants du pays, Sikelela Dlamini, a ainsi résumé l’exaspération de la population : "C’est tout à fait légal pour les citoyens d’exiger la fin des brutalités policières ainsi que de meilleures conditions de vie de la part du gouvernement."

Un roi connu pour ses frasques

Couronné en 1986 à l'âge de 18 ans, Mswati III est décrié pour sa poigne de fer, ses frasques et son train de vie fastueux. Comme l’avait décrit France 24 dans un reportage diffusé en 2010, le monarque est surtout connu à l’international pour une cérémonie traditionnelle, l’Umhlanga, la danse des roseaux. Tous les ans, le chef de l’État fait venir toutes les vierges de son royaume. Lors d’une fête haute en couleur, le souverain, qui aurait une quinzaine de femmes et une trentaine d'enfants, se réserve le droit de choisir parmi elles une nouvelle épouse.  

Mais derrière cette carte postale qui séduit quelques touristes attirés par ce folklore local, la situation est des plus catastrophiques dans cette ancienne colonie britannique qui a obtenu son indépendance en 1968. L'Eswatini a, en effet, une des espérances de vie les plus faibles de la planète (51,6 ans, selon une estimation de 2016), principalement parce que c'est le pays du monde où le taux de prévalence chez les adultes du VIH est le plus élevé, avec 25,9 %. 

Deux tiers de la population vit également sous le seuil de pauvreté. En 2019, une série de grèves des fonctionnaires, qui accusaient Mswati III de vider les caisses du pays au détriment de ses sujets, avait déjà secoué le royaume. "Les richesses du pays (coton, tabac, riz, fer, bois…) sont systématiquement confisquées par le roi et ses proches : toute société étrangère, comme la filiale de Coca-Cola, doit céder 51 % de ses parts à un fonds souverain détenu par le monarque et donc accepter un membre de la famille royale à son conseil d’administration", a ainsi décrit au magazine Geo Lucky Lukhelé, le porte-parole du Swaziland Solidarity Network, un mouvement prodémocratie.

Alors que la misère règne, le roi ne cache pas à l’inverse sa passion pour les montres et les voitures de luxe. En 2019, l’opposition en exil avait fait état d’un cadeau collectif délirant pour lui ses proches : l'achat de 19 Rolls-Royce et 120 BMW pour un total de 15 millions d’euros. Mswati III a aussi fait construire, en 2014, un aéroport international pour 140 millions d’euros, alors que les liaisons aériennes sont peu nombreuses et que les infrastructures routières manquent cruellement dans le pays. 

Personnage excentrique, le roi a aussi déclaré en février dernier avoir guéri du Covid-19 grâce à un médicament antiviral envoyé par Taïwan, avec lequel le petit royaume africain est le dernier pays du continent à entretenir des relations diplomatiques. Ce médicament, administré par perfusion et dont il n'a pas donné le nom, lui a permis d'être guéri avant même d'avoir le temps d'annoncer son hospitalisation, a-t-il assuré, parlant de "succès remarquable". Le précédent Premier ministre du royaume, Ambrose Dlamini, est en revanche décédé en décembre, après avoir été soigné durant quatre mois contre le Covid-19 en Afrique du Sud. 

Des appels au calme

C’est d’ailleurs de ce pays voisin que l'Eswatini dépend pour l'approvisionnement d'une grande partie des marchandises destinées au royaume. Inquiète face à la montée de violence de l’autre côté de la frontière, l’Afrique du Sud, puissance régionale, a exhorté jeudi les forces de sécurité du petit royaume à faire preuve d'une "retenue totale" et à préserver les vies humaines. "Nous sommes particulièrement préoccupés par les informations faisant état de pertes de vies humaines et de destruction de biens", a déclaré dans un communiqué le porte-parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères, Clayson Monyela.

Washington a également demandé au gouvernement d’autoriser les manifestations pacifiques. "Les États-Unis exhortent toutes les parties prenantes dans cette situation a non seulement rester calmes mais aussi à rester pacifiques", a déclaré à la presse Jalina Porter, porte-parole du département d'État. "Il va sans dire que les États-Unis soutiennent fermement la liberté d'expression ainsi que la liberté de réunion pacifique, et que nous savons qu'un dialogue inclusif et pacifique est essentiel pour aller de l'avant", a-t-elle ajouté.  

Les États-Unis entretiennent des relations cordiales avec le royaume, dont la forte prévalence du VIH en a fait un des pays prioritaires dans l'initiative américaine de plusieurs milliards de dollars pour combattre le sida.

Ce contenu pourrait également vous intéresser :

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles