Au quartier général du RN, la nuit des illusions perdues

À 20 heures sonnantes, quand les télés annoncent les résultats au pavillon Chesnaie du Roy, quartier général de la soirée électorale du Rassemblement national, le silence devient soudain assourdissant. Inaccoutumé, aussi. C’est la première fois qu’une telle réaction se produit : depuis vingt ans, à chaque élection, les militants avaient pris l’habitude d’exulter.

Certes, le RN ne s’est jamais hissé au gouvernement, mais les militants et les figures du parti voyaient jusque-là le verre à moitié plein. Après chaque scrutin, ils se concentraient sur l’avancée inarrêtable de Marine Le Pen plutôt que sur le fait que le président ou le Premier ministre n’était au final jamais issu de leurs rangs.

“Cette fois, c’est le début de la renaissance”

Pas ce soir. Ce soir, la déception est trop forte, presque cruelle. Au lieu d’être la première force du gouvernement, le RN est la troisième. D’opposition. “J’ai le cœur qui bat la chamade, les estimations en sortie des urnes disent tout et son contraire, pour tel institut on aurait la majorité absolue, et pour tel autre on arriverait troisièmes. C’est insupportable”, confiait vers 19 h 30 Jacques Malvaen, un jeune homme de 25 ans qui a passé ces deux derniers mois à coller des affiches et à distribuer des tracts, certain que, “cette fois, c’est le début de la renaissance pour la France”. Elle est là aussi, la cruauté : les sondages de sortie des urnes se sont contredits jusqu’à la dernière seconde et, pire, les sondages de la semaine se sont fourvoyés comme rarement : aucun n’avait en effet prévu la victoire du Nouveau Front populaire (NFP), donnant tous le RN en tête en nombre de sièges.

Mais à 20 heures, c’est le coup de massue : non seulement le RN n’a pas de majorité, mais il remporte bien moins de sièges que prévu, à tel point qu’il se voit doublé par le NFP et même par Ensemble, la coalition de Macron. Le parti de Marine Le Pen a beau gagner du terrain à la prochaine Assemblée, politiquement comme émotionnellement, le visage blême des militants et les nombreuses larmes qui coulent indiquent une défaite manifeste.

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