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Au procès du "violeur de Tinder", le "déni de culpabilité"

Face aux récits de plaignantes qui s'additionnent à la barre, Salim Berrada, le "violeur de Tinder", reste emmuré dans son "absurde" défense (LOIC VENANCE)
Face aux récits de plaignantes qui s'additionnent à la barre, Salim Berrada, le "violeur de Tinder", reste emmuré dans son "absurde" défense (LOIC VENANCE)

Il est le "violeur de Tinder", le "monstre", résigné d'être de toutes façons "déjà condamné". "Seul contre tous" face aux récits de plaignantes qui s'additionnent à la barre, Salim Berrada tient pourtant son cap et reste emmuré dans son "absurde" défense.

Au total, elles sont 17 à l'accuser de viol ou d'agression sexuelle entre 2014 et 2016. Tour à tour devant la cour criminelle de Paris, elles décrivent les approches du photographe d'aujourd'hui 38 ans sur les réseaux sociaux - "tu es unique", "tu m'inspires" - les verres d'alcool offerts au studio photo, la certitude souvent d'avoir été droguée, et le viol d'un homme qui leur "saute dessus".

Puis le président, Thierry Fusina, fait se lever l'accusé dans le box et lui demande sa version à lui.

Salim Berrada secoue la tête, semblant à chaque fois presque désolé: "ça ne s'est pas passé comme ça", "on a passé une super soirée avec Madame".

"Personne n'a jamais pleuré pendant un rapport sexuel", "personne n'a jamais été drogué", "personne n'a jamais rampé" en agrippant ses vêtements "pour sortir de chez moi"... "jamais"... "je ne suis pas un violeur", répète-t-il, suppliant avec les mains qu'on le croit.

Il est interrogé après chaque témoignage, amplifiant cette impression de "tourner en rond" comme dit l'avocat général, Philippe Courroye.

Celui qui a "cheminé", admet aujourd'hui un rapport problématique aux femmes. "Oui j'ai été insistant, oui j'ai pu traiter les femmes comme des objets, oui ça a créé de la douleur", reconnaît l'accusé, longiligne, lunettes rectangulaires sur un visage fin entouré d'une épaisse couronne de cheveux frisés.

Mais c'est tout. Les soupirs rageurs ou incrédules qui résonnent sur les bancs de la petite salle d'audience, où se serrent des plaignantes qui ne se connaissaient pas avant, n'y changeront rien.

- Histoire "réécrite" -

"Seul contre tous", comme lui dit l'avocate de parties civiles Me Fanny Vial, Salim Berrada tient bon. "La psy m'a dit que je n'étais pas dans le déni", assure-t-il.

Sa théorie, lui permettant de ne plus être aujourd'hui dans la "colère et l'indignation" face aux accusations qui lui font encourir 20 ans de réclusion criminelle, c'est que la plupart de ces femmes ont "réécrit" l'histoire après avoir découvert sur les réseaux sociaux qu'il était "le violeur de Tinder", comme l'a surnommé la presse.

Ne pouvant supporter d'avoir "couché avec un monstre", elles se seraient "persuadées" du viol.

Le président ironise sur ce fameux "cheminement" qui aurait plus permis à Salim Berrada "de comprendre les victimes" que lui même.

"Mesdames, vous avez une expertise psychiatrique gratuite", grince aussi l'avocat général, remercié par des "super" fusant des bancs de la salle.

Le "décalage" entre les récits et sa "défense absurde", comme lui dit une avocate de partie civile, le laisse indifférent. Salim Berrada démontre, débat, récite des définitions toutes faites du viol ou du consentement, relit sa liasse de notes écrites serrées, complète parfois, stylo à la main.

Vendredi matin, il est suspendu aux lèvres d'un expert informatique, comme persuadé que l'horodatage de certaines des photos de shooting va convaincre la cour que telle ou telle plaignante ment.

Mais la cour a écouté d'une oreille distraite et Salim Berrada commente, un peu amer : "je savais que ma parole ne serait pas entendue".

"Je vous confirme qu'il y a une bonne partie de la salle qui n'est pas acquise à votre cause", lui répond le président.

"Est-ce que vous n'avez pas l'impression qu'on essaie de vous faire avouer ?", s'exaspère une avocate de Salim Berrada, Me Irina Kratz. "Qu'on refuse tellement d'admettre la sincérité de vos dénégations que le seul diagnostic qu'on vous propose, c'est le déni de culpabilité ?".

"Ca aurait été plus simple de dire que oui, je l'ai fait", acquiesce l'accusé.

Fin de cet interrogatoire, le président appelle la plaignante suivante à la barre.

Debout devant la cour, elle tremble si fort en déclinant son identité que depuis le public on voit son dos tressauter. Derrière elle, sur les joues d'autres plaignantes, des larmes se mettent à couler.

mdh/mat/dlm