Au procès du 13-Novembre, des psychologues en appui

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Le procès des attentats du 13-Novembre se poursuit à Paris, avec son lot de récits susceptibles de réveiller les traumatismes des rescapés et des proches endeuillés. L'association Paris aide aux victimes 75 (PAV75) a déployé sur place une cellule d’accueil et de soutien psychologique.

Ils ne sont que quinze et donnent pourtant l’impression d’être partout, à la fois discrets et aisément repérables grâce à leurs chasubles bleu marine floquées de lettres blanches. Dès l’entrée du palais de justice et jusqu’à l’intérieur de l’immense salle du procès du 13-Novembre, les douze psychologues et trois accueillants de l’association Paris aide aux victimes 75 sont là chaque jour pour guider, renseigner et venir en aide à ceux que l’émotion submerge. « On dit aux victimes de faire des pauses si elles se sentent débordées. Un procès, c'est très addictif », prévient sa directrice Carole Damiani, elle-même psychologue.

Voilà bientôt un mois qu’enquêteurs et parties civiles se succèdent à la barre pour retracer cette soirée du 13 novembre 2015. Après les récits cliniques des premières constatations sur les lieux des attentats, c’est au tour des rescapés et des proches endeuillés de venir témoigner. Depuis une semaine, ils racontent ce premier rencard, ce verre entre potes ou cette soirée d’anniversaire fracassés par les balles, la mort d’un fils, d’une amie, et leurs vies « bousillées ».

De nombreux signaux d’alerte

Ces témoignages, indispensables pour comprendre ce qui s’est passé ce soir-là, sont aussi susceptibles de réveiller des traumatismes des victimes. « Ce qu’elles ont vécu et qui s’était un peu apaisé peut être réactivé. Elles peuvent alors de nouveau entendre les bruits, les cris, être sujettes à une profonde angoisse », indique Carole Damiani. Prostration, pleurs, agitation, sidération… Les signaux d’alerte sont multiples.

Il est alors parfois nécessaire de les extraire de la salle d’audience pour les conduire dans l’un des espaces de repos situés à quelques mètres de là. Dans ces « sas de décompression », elles peuvent ainsi souffler, bouquiner ou discuter si elles le souhaitent avec un psychologue. « Elles échangent sur ce qu’elles ont vécu, ce qu’elles ressentent, leurs craintes, leurs angoisses, explique encore la directrice de PAV75. Le psychologue est là pour les aider à comprendre ce qu’il se passe en elles et à en parler. » Certaines vont rester ici seulement quelques minutes avant de retourner à l’audience, d'autres plusieurs heures.

Les rares parties civiles qui acceptent de parler aux médias saluent unanimement la présence de cette cellule de soutien. « De repérer leurs visages et de savoir qu’ils sont là, il y a un côté rassurant, quelque chose d’enrobant, sans être envahissant », sourit Édith Seurat, rescapée du Bataclan. « Ils sont très attentifs lorsque les moments sont un peu difficiles », observe également Dominique Kielemoës, vice-présidente de l’association 13onze15 et mère de Victor Muñoz, tué à La Belle Équipe. À deux reprises, il lui est arrivé de flancher. « Tout de suite quelqu’un est venu me voir. »

Une démarche proactive

Paris aide aux victimes peut s’appuyer sur sa longue expérience. Le premier procès d’ampleur auquel elle a participé remonte à 2002, avec celui des attentats de la gare Saint-Michel. Elle est depuis régulièrement saisie par le ministère public, en vertu de l’article 41 du code de procédure pénale qui permet au procureur de la République de solliciter une association pour venir en aide aux victimes. « À l’époque, on ne comprenait pas bien ce que les psychologues faisaient là. Il y avait beaucoup de réticences », se souvient Carole Damiani. Vingt ans plus tard, leur présence est devenue habituelle et même réclamée. « Le travail du psychologue est facilité parce que lui aussi a évolué, poursuit la directrice de PAV75. Avant, il était dans une position de réserve. Aujourd’hui, la démarche est proactive. Le psychologue n’attend pas que les parties civiles viennent vers lui ; il propose. »

L’association était ainsi présente ces derniers mois au procès du Mediator et à celui des attentats de janvier 2015. Celui du 13-Novembre, cela fait deux ans qu’elle le prépare. Elle a d’abord envoyé un questionnaire aux victimes pour connaître leurs besoins, puis organisé trois réunions lors desquelles leur a été présenté le dispositif. Avec quelques inquiétudes cependant, notamment concernant la webradio dédiée aux parties civiles qui ne peuvent pas assister à l’audience. Comment en effet venir en aide aux victimes quand il est impossible de guetter leurs réactions ? Une ligne d’assistance psychologique a donc été ouverte, dont le numéro est régulièrement rappelé pendant le procès. « On observe finalement qu’elles nous appellent de façon assez spontanée ou encouragée par leurs proches », rapporte Carole Damiani.

Autre nouveauté, un dispositif de soutien psychologique est également proposé aux autres participants de ce procès – avocats, journalistes ou greffiers. Un enseignement tiré du procès des attentats de janvier 2015 qui a montré que ces professionnels, même aguerris, pouvaient, eux aussi, être déstabilisés par ce qu’il s’y racontait.

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