Au procès du 13-Novembre, les psychiatres dissèquent le double visage de Salah Abdeslam

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La cour d'assises spéciale de Paris entendait ce jeudi 21 avril les deux psychiatres qui ont expertisé Salah Abdeslam. Ils ont ainsi pu donner une explication psychiatrique au double visage présenté depuis le début du procès par le seul membre encore en vie des commandos terroristes.

De notre envoyé spécial au palais de justice de Paris,

D'emblée, le docteur Daniel Zagury convoque Hannah Arendt. « Nous sommes confrontés à la banalité du mal, à l’écart immense entre les crimes commis et la banalité de la personnalité de monsieur Abdeslam. Participer à des crimes de masses ne requiert ni d’être un grand malade, ni d’être un grand pervers, ni d’être un psychopathe. C’est une violence renouvelée que d’en faire à chaque fois le constat. »

Expertiser Salah Abdeslam n'aura pas été facile. À quatre reprises, entre 2016 et 2021, les deux psychiatres lui ont rendu visite, et à quatre reprises Salah Abdeslam a refusé de sortir de sa cellule. Ce n'est qu'en novembre dernier, alors que le procès avait commencé depuis près de trois mois, qu'il a finalement accepté de leur parler. « D'emblée, il a posé ses limites », explique le docteur Bernard Ballivet : le seul membre encore en vie des commandos qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis le soir du 13 novembre 2015 ne parlerait ni des faits qui lui sont reprochés, ni de ses motivations.

Les victimes « n’étaient que la représentation chosifiée d’un pays à combattre »

Salah Abdeslam se montre néanmoins courtois, posé, et ces trois heures d'entretien permettront d'écarter toute pathologie psychiatrique. Il est donc apte à être jugé. Mais pour Salah Abdeslam, l'enjeu est tout autre. « Il attendait de notre rapport qu'il présente de lui un visage plus humain, loin de l’image véhiculée par les médias, et la crainte que ce soit le contraire », explique le docteur Zagury. Qui tranche rapidement : « Évidemment qu’il est humain, mais il a fait le choix de la déshumanisation de par son engagement sans faille dans un système totalitaire au projet mortifère ».

L'expert dresse le portrait d'un Salah Abdeslam comme « enfermé dans une armure idéologique », répétant « comme un perroquet » le bréviaire jihadiste justifiant les attentats. Dans cette configuration, les victimes, celles « qui buvaient à la terrasse des cafés ou celles qui participaient à un concert, n’étaient que la représentation chosifiée d’un pays à combattre ».

« Et pourtant, lorsque nous l'avons rencontré, cette forteresse semblait déjà vaciller », « il nous est apparu comme un perroquet intelligent », « sa personnalité antérieure ne semblait pas totalement enfouie ». Car au moment où les experts le rencontrent, Salah Abdeslam a assisté aux très nombreux témoignages des parties civiles, au récit des victimes dont certaines l'ont touché.

Il refuse à l'époque d'aller plus loin. « Il nous a dit très clairement qu’il ne pouvait pas prendre le risque du doute », rapporte le docteur Zagury. « Que si la carapace qui le protégeait venait à se fissurer, il risquait un effondrement dépressif. Mais le simple fait qu’il puisse le mentionnait révélait l’existence d’un débat interne. » Les deux experts avaient d'ailleurs noté dans leur rapport que Salah Abdeslam oscillerait au cours du procès entre deux positions, sans chercher à prédire de quel côté pencherait la balance.

« Il est devant un choix douloureux, mais c’est le sien »

La cour a pu constater qu'ils avaient vu juste. Salah Abdeslam n'a eu de cesse d'osciller – parfois au cours d’une même audience – entre la posture provocatrice du combattant de l'organisation État Islamique et celui d'un accusé coopératif réclamant la clémence de la cour. Jusqu'à demander vendredi dernier pardon aux victimes, les larmes aux yeux.

« Ce procès a ceci particulier qu’il est très long et il a pu permettre ce cheminement. Mais ce débat, c’est le sien, pas le nôtre », résume le psychiatre qui adresse presque directement un message au principal accusé : « La question de votre humanité, c’est à vous d’en décider si vous faites le choix de vous dégager de ce carcan totalitaire dans lequel vous vous êtes dissous. » « Est-ce qu’il va redevenir ce petit gars de Molenbeek, ni pire ni meilleur qu’un autre, ou rester un soldat de Dieu ? Il est devant un choix douloureux, mais c’est le sien ».

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