Au procès du 13-Novembre, les auditions de spécialistes de l'islamisme agacent la défense

Après une semaine de pause, le procès des attentats du 13-Novembre a repris ce lundi 2 mai devant la cour d’assises spéciale de Paris. La cour a effectué un surprenant retour en arrière avec les auditions d’un sociologue et d’un journaliste spécialistes de l’islamisme dont les généralités ont beaucoup impatienté les bancs de la défense.

De notre envoyé spécial au palais de justice de Paris,

Les auditions du sociologue Bernard Rougier et du journaliste franco-algérien Mohamed Sifaoui ont duré si longtemps que celle de l’ex-juge antiterroriste Marc Trévidic a dû être reportée à mardi. Pendant près de 7 heures, les deux hommes entendus à la demande de certaines parties civiles ont donné ce qui ressemblait parfois à une longue conférence sur le jihadisme.

Problème, ces questions avaient déjà été longuement évoquées il y a déjà plusieurs mois et les généralités assénées avec force ont parfois semblé en décalage avec le dossier et les accusés. Lorsqu’une magistrate demande à Bernard Rougier s’il est possible d’être complice d’un acte terroriste sans adhérer à la cause, il répond : « Je ne connais pas le dossier, mais ça me semble difficilement croyable. Au mieux, il y a conscience que quelque chose d’important se trame. Si quelqu’un prévoit des planques, c’est qu’un assassinat se prépare. »

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« Votre expérience en matière de jihadistes de l’EI, elle est néante »

L’affirmation fait bondir les bancs de la défense. Me Martin Méchin lui demande de répéter. Cette fois, le sociologue est beaucoup plus nuancé : « Quand il y a des assassinats à préparer, il faut forcément des planques. » Ce qui n’est pas du tout la même chose.

La défense s’agace aussi des certitudes assénées par l’universitaire sur la base de recherches déjà anciennes portant sur des groupes jihadistes au Liban. « Combien de jihadistes de l’État islamique avez-vous rencontrés ? », lui demande Me Martin Vettes, avocat de Salah Abdeslam. « L’idéologie existe avant l’organisation », louvoie l’universitaire. « Mais avez-vous eu un contact direct avec un membre de l’EI ? », insiste l’avocat. « Probablement oui, mais je ne le savais pas… » « Votre expérience en matière de jihadistes de l’EI, elle est néante », tranche Me Vettes.

« Je ne suis pas là pour répondre à vos insultes », s’indigne le sociologue pour qui « la moralité individuelle est difficile à dégager de la moralité collective ». « On juge des individus et non pas des causes », s’étrangle Me Méchin qui finit par lâcher avant de se rasseoir : « Vous ne comprenez rien au système judiciaire français, c’est pathétique. »

« L’homme intelligent est celui qui connaît les limites de son propre savoir »

L’atmosphère ne s’est pas franchement détendue avec l’audition de Mohamed Sifaoui dont les certitudes sont tout aussi dommageables à la défense : « Tous ceux qui sont impliqués dans une affaire de terrorisme font dans la dissimulation. Quand ils demandent pardon ou se mettent à pleurer, c’est par stratégie de défense », assène-t-il, faisant référence sans le nommer à Salah Abdeslam.

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Ou encore : « Il est impossible de voir un réseau jihadiste faire appel à quelqu’un qui ne fait pas partie de l’alliance. » Mais lui aussi est obligé, face aux questions de la défense, de fortement nuancer son propos : « Ce n’est pas parce qu’un salafiste achète une kalachnikov chez un trafiquant d’armes que celui-ci est forcément un salafiste », finit-il par reconnaître.

« On vient de passer sept mois à analyser le moindre coup de téléphone parfois à la seconde près pour essayer de déterminer des intentions et on vous voit arriver et faire des généralités, il y a de tels enjeux qui se jouent dans cette salle d’audience, c’est un peu agaçant », soupire Me Negar Haeri. « L’homme intelligent est celui qui connaît les limites de son propre savoir », lui lance Me Ilyacine Maalaoui, autre avocat de la défense.

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