Au procès du 13-Novembre, 150 avocats s'apprêtent à plaider pour les victimes

Des policiers patrouillent le 8 septembre 2021 à Paris devant la salle d'audience spéciale mise en place pour le procès des attentats du 13-Novembre - Alain JOCARD © 2019 AFP
Des policiers patrouillent le 8 septembre 2021 à Paris devant la salle d'audience spéciale mise en place pour le procès des attentats du 13-Novembre - Alain JOCARD © 2019 AFP

Ils devaient prendre la parole le 13 mai dernier. Un autre vendredi 13, tout un symbole dans ce procès des attentats de Paris et de Saint-Denis. Mais en raison d'un cas de Covid parmi les accusés, les plaidoiries des avocats des parties civiles ont dû être repoussées d'une semaine. Puis de deux jours, afin de laisser plus de temps aux rescapés et proches de victimes pour "leur permettre de témoigner dans de meilleures conditions" la semaine dernière.

"Ce que disent les parties civiles, elles le disent très bien, avec leurs mots, avec leur coeur, avec leur sang, avec leur sueur, avec leur peur", rappelle Me Catherine Szwarc, avocate de parties civiles. "Tout ça est dit."

A partir de ce lundi, les avocats des victimes et des familles de victimes des attentats du 13-Novembre vont plaider. Deux écueils se sont présentés à leurs représentants: comment plaider après près de neuf mois de débats, comment porter la voix de plus de 1800 rescapés ou proches de rescapés et aussi comment plaider quand on est près de 330 avocats représentés et désignés dans ce procès?

Pour la première fois, une plaidoirie collective

Pour cette dernière question, les 327 avocats des parties civiles ont, pour la plupart, travaillé de concert. Tous ne plaideront pas, une moitié d'entre eux prendront la parole. "Il y a eu beaucoup de questions posées, beaucoup de choix à faire et beaucoup de renoncements à effectuer", explique Me Gérard Chemla, qui représente une quarantaine de parties civiles. "Et le premier renoncement a été de ne pas plaider de manière individuelle pour chaque victime. Nous aurions alors eu une minute par victime."

"Nous aurions tous aimé plaider trois heures, mais est-ce que ça aurait apporté quelque chose d'intéressant?", abonde Me Helena Christidis, qui représente 26 parties civiles.

Depuis plusieurs mois, les avocats discutent, travaillent ensemble via des réunions organisées le matin, tandis que les audiences se tiennent l'après-midi, ou par le biais de rendez-vous sur Teams. Pas moins de 25 groupes Whats'App ont également été créés selon les sous-thèmes qui ressortent du procès. "Il y a eu une recherche permanente du consensus avec surtout la volonté de ne pas opposer le point de vue des victimes", explique Me Chemla. A l'image des parties civiles soudés sur les bancs de la salle de la cour d'assises ou sur les réseaux sociaux, c'est le collectif qui est le mot d'ordre.

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"Une plaidoirie mémorielle"

Ce lundi, et jusqu'au mardi 31 mai, les débats s'ouvriront avec les plaidoiries pour les 130 victimes mortes lors des attentats de Paris et de Saint-Denis. Tour à tour, les avocats qui ont participé à ces groupes de travail collectif, prendront la parole sur des grands thèmes définis tout au long du procès. Pour plus d'efficacité et d'impact, les conseils se sont répartis ainsi ces thèmes transversaux, ces grandes causes qu'ils souhaitent mettre en avant.

Ils parleront bien de "la violence des faits", des "atteintes subies par les victimes", mais aussi de "la liberté de haïr ou de ne pas haïr", du "détournement de la religion" ou encore de "la vaine attente de l'humanité" des accusés. Pour Me Christidis, ce sera l'impact du terrorisme sur les enfants, sur ceux qui ont perdu un parent ou ceux qui vivent avec un traumatisme. "Nous nous appuierons sur certains cas individuels pour illustrer notre propos", détaille l'avocate qui rappelle que la plaidoirie des parties civiles a pour objectif, en outre de soutenir l'action publique, mais aussi de rappeler le traumatisme des victimes et leur vécu.

"Il est question d'une plaidoirie mémorielle", estime Me Gérard Chemla. Pas question pour les avocats de demander des dommages et intérêts ou de démontrer la culpabilité des accusés, leur rôle va être de "dire que le terrorisme touche les individus mais aussi les grandes valeurs et les libertés", développe Me Christidis.

"Etre à la hauteur des victimes"

Un autre élément va rendre ces plaidoiries inédites alors que les avocats vont prendre la parole après neuf mois de débats. "Il ne s'agit pas de refaire le procès, prévient Me Catherine Szwarc. Cette plaidoirie, elle doit permettre de s’élever un peu de donner aux magistrats, qui vont se retirer pour juger, un goût, une idée, une sensation, un vécu, une émotion mais aussi les éléments juridiques qu’on a pu puiser au fil de l’audience qui est orale." L'avocate montpelliéraine plaidera avec des notes mais n'écrira pas son texte à l'avance.

Apporter "quelque chose de plus", "quelque chose de plus global" par cette plaidoirie qui restera dans l'Histoire et dans les archives.

"Je ne suis pas là pour faire le show, balaie Me Catherine Szwarc. J’ai des clients que je défends, qui ont souffert, je suis dans un procès devant une cour d’assises spécialement composée et je vais faire mon métier aussi bien que possible." Les victimes comme leitmotiv de ces prises de parole.

"Etre dans une salle spécialement construite pour le procès, qui est filmé, évidemment qu'il y a une petite pression supplémentaire, reconnaît Me Helena Christidis. Cette pression, c'est celle d'être à la hauteur des victimes."

Article original publié sur BFMTV.com

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