Au premier tour des législatives, des résultats en trompe-l'œil

Panneau électoral photographié au mois de juin (illustration). (Photo: via Associated Press)
Panneau électoral photographié au mois de juin (illustration). (Photo: via Associated Press)

Panneau électoral photographié au mois de juin (illustration).  (Photo: via Associated Press)

POLITIQUE - Difficile de trouver des partis réellement satisfaits ce dimanche 12 juin, après les résultats du premier tour des élections législatives. Si Jean-Luc Mélenchon et la NUPES peuvent se targuer de tenir la dragée haute à la majorité, Emmanuel Macron et Ensemble! sont, à ce stade, assurés d’être les mieux représentés à l’Assemblée nationale selon les projections.

De quoi sabrer le champagne? Pas tout à fait. Parce le mouvement présidentiel n’a pas la certitude d’avoir la majorité absolue, ce qui l’obligerait à composer avec d’autres formations politiques, toujours selon ces mêmes projections à prendre avec les précautions d’usage. Même impression contrastée du côté de Rassemblement national.

Théoriquement, le parti de Marine Le Pen pourrait se satisfaire de ces 19%, un score en nette progression en comparaison de 2017. Or, avec ses 19%, la formation d’extrême droite n’est pas (du tout) assurée d’être représentée en nombre à l’Assemblée nationale. Le RN peut espérer une trentaine de sièges, ce qui est peu, au regard du nombre de circonscriptions dans lesquelles le parti d’extrême droite est au second tour: plus de 200. C’est surtout moins que le nombre de députés que LR pourraient envoyer, malgré les 11,4% du parti de Christian Jacob au premier tour. Selon ces mêmes projections, Les Républicains pourraient en rafler une cinquantaine.

Des décalages qui expliquent pourquoi aucun responsable politique ne criait réellement victoire ce dimanche. Il faut dire qu’il y a chez certains plusieurs motifs de préoccupations qui incitent à la retenue.

La Macronie sanctionnée

Les marcheurs ont beau dire que Jean-Luc Mélenchon n’a pas réussi son tour force, et qu’il n’est pas réellement en position d’imposer une cohabitation à Emmanuel Macron, la réalité est un peu plus terne pour la Macronie, qui accumule plusieurs signaux négatifs. Le premier: un recul par rapport au premier tour de l’élection présidentielle. Pour rappel, Emmanuel Macron a obtenu 27,84% des voix le 10 avril. Un mois plus tard, la force politique censée accompagner son action en recueille moins de 26%. Un petite baisse, certes, mais qui montre que les électeurs ne sont pas satisfaits du principal message martelé par la majorité durant cette campagne compliquée, consistant à dire que le chef de l’État avait besoin d’une majorité et non d’un homme accusé (à tort) de vouloir interdire de couper du bois dans son jardin.

Élimination au premier tour de Manuel Valls, imposé par LREM dans la 5e circonscription des Français de l’étranger, déroute de Jean-Michel Blanquer, l’un des poids lourds du quinquennat précédent parachuté dans le Loiret... Être une figure médiatique estampillée Macronie ne suffit pas pour l’emporter même si les 15 ministres candidats (dont Elisabeth Borne) sont qualifiés. En ballottage défavorable, les ministres de la Transition écologiques (Amélie de Montchalin) et des Affaires européennes (Clément Beaune) peuvent en témoigner. “Le message a été entendu”, a assuré le ministre en charge des Relations avec le Parlement Olivier Véran, lui-même candidat dans l’Isère, quand son collègue Gérald Darmanin a appelé à ”être à l’écoute en humilité et en proximité”.

“Humilité”. Le terme a aussi été employé par Emmanuel Macron à destination de ses troupes qui, en réalité, ont été les premières à pâtir du retard à l’allumage de la campagne des élections législatives. En effet, le chef de l’État (qui a finalement décidé d’accélérer dans les derniers jours) a tardé à nommer sa Première ministre et à former un gouvernement, laissant ainsi les candidats de la majorité dans un flou artistique qui a permis à Jean-Luc Mélenchon de saturer l’espace politico-médiatique. Un contexte qui plus est empoisonné par les polémiques liées au fiasco du Stade de France ou à l’embrassant dossier Damien Abad, qui ont contribué à fragiliser l’avance dont disposait la majorité présidentielle dans les sondages. Jusqu’à se faire doubler ce dimanche.

Une NUPES moins gagnante qu’il n’y paraît

Du côté de la gauche justement, la fête aurait pu être plus belle. Certes, Jean-Luc Mélenchon et les responsables de la gauche ont réussi l’exploit de s’unir sous une bannière commune permettant de s’afficher comme l’une des premières forces politiques ce dimanche, le décor est moins beau qu’il n’y paraît. Mirage numéro 1: il ne s’agit pas d’un parti politique mais d’une alliance électorale, impliquant que chaque parti aura son propre groupe à l’Assemblée nationale. Mirage numéro 2: la gauche ne progresse pas vraiment dans l’exercice. Si on cumule les scores réalisés par EELV, le PS, LFI et le PCF en 2017, on arrive à 25%. Soit peu ou prou ce qui est observé ce dimanche.

Seule différence, la bannière unique, ce qui renforce les chances de victoires, raison pour laquelle la gauche dans son ensemble pourrait passer de 58 députés à plus de 180 élus au Palais Bourbon. Une victoire pour Jean-Luc Mélenchon? Pas si l’on se remémore l’objectif qu’il s’était fixé: obtenir la majorité absolue afin d’imposer à Emmanuel Macron une cohabitation dont il serait le Premier ministre. Or, il lui faudra 100 députés de plus que la meilleure des projections disponibles pour y parvenir, ce qui ressemble fort à une mission impossible pour la NUPES. De quoi comprendre la mine grave affichée par Jean-Luc Mélenchon ce dimanche, qui n’avait pas le sourire des victoires.

Un RN en quasi surplace 

Si les sourires étaient de sortie chez Marine Le Pen, c’était surtout pour masquer la cruelle réalité qui semble s’imposer (encore) au Rassemblement national. Malgré ses 19%, le parti d’extrême droite semble effacé des débats. Et pour cause, la formation lepéniste peut compter -au mieux- sur une trentaine de sièges (son record, en 1986, était à 35). Un nette progression par rapport à 2017, ainsi que l’espoir crédible d’avoir un groupe au Palais Bourbon. Du positif en numérique mais du négatif en symbolique.

Car le parti de Marine Le Pen va se retrouver “probablement au 4e rang en terme d’opposition à Emmanuel Macron”, a expliqué à l’AFP Brice Teinturier, directeur général délégué de l’institut de sondage Ipsos, soulignant qu’il y avait de fortes chances que la formation lepéniste soit distancée par LR dimanche prochain, car souffrant le plus de l’abstention, que l’on attend encore très haute au deuxième tour.

Au-delà d’une progression (certes contenue), Marine Le Pen peut en revanche se satisfaire de la quasi disparition de la carte électorale de son rival d’extrême droite Éric Zemmour. Défait dans le Var, l’ancien journaliste semble être à la tête d’une coquille vide, puisqu’aucun de ses principaux lieutenants n’a passé le premier tour et que son parti Reconquête affiche moins de 4% à l’échelle nationale.

LR qui limite la casse au prix de lourdes pertes

Du côté des Républicains, ce n’est pas la catastrophe, malgré le score catastrophique réalisé par Valérie Pécresse à l’élection présidentielle. Avec 11% des voix au national, le parti de Christian Jacob espère obtenir une cinquantaine de députés. Ce qui ferait du parti de droite, paradoxalement, la 2e force d’opposition à Emmanuel Macron à l’Assemblée nationale. Voir plus en cas de victoire n’assurant pas la majorité absolue à LREM au Palais Bourbon.

“On est en mesure de jouer un rôle déterminant dans cette législature entre les extrêmes et la voie de l’immobilisme d’Emmanuel Macron”, a estimé Christian Jacob sur France 2. Une position théoriquement stratégique qui ne masquera pas le cinglant recul accusé par la droite, qui devrait diviser son nombre de sièges par deux entre 2017 et 2022. D’autant que plusieurs figures du parti ont été balayées dès le premier tour, comme le député du Vaucluse Julien Aubert, qui lorgnait sur la présidence des Républicains. Même sort pour Guillaume Larrivé ou Sébastien Huygue.

Des résultats en demi-teinte qui montrent que le parti de Christian Jacob n’en a pas fini avec les difficultés, et qui semblent illustrer la teneur d’une soirée où personne ne semble vraiment sortir tout à fait gagnant. Ni tout à fait perdant. À la seule exception notable d’Éric Zemmour.

À voir également sur Le HuffPost: Marine Le Pen appelle les électeurs RN à se mobiliser contre “les destructeurs d’en haut et d’en bas”

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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