Au Panama, pas d'école depuis plus d'un an à cause du Covid-19

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En Amérique latine et dans les Caraïbes, 114 millions d’élèves de 12 pays sont toujours exclus de leurs établissements scolaires après un an de pandémie. En tête au nombre de jours de classe perdus : le Panama. Les cas de dépression, de violences ou d’abus sexuels y ont augmenté.

Avec notre correspondant au Panama,

« L’éducation est un droit, nos enfants sont pris en otage ! », c’est le message que faisaient passer fin mars quelques centaines de parents et de professionnels concernés par la fermeture des écoles depuis plus d’un an.

« Beaucoup d’élèves n’ont pas eu l’opportunité d’apprendre quoi que ce soit. C’était impossible sans accès à internet, sans appareils électroniques, nous explique Laura Boyd de l’association MAPEP. Et pour ceux qui pouvaient avoir classe via WhatsApp, franchement, cela ne leur a pas apporté grand-chose… Dans chaque famille, la situation est différente, mais les élèves doivent avant tout retourner à l’école. L’éducation doit redevenir une priorité pour l’État. »

900 000 élèves privés d'école

Les mesures drastiques que le pays avait pris pour lutter contre le Covid-19 ont presque toutes été levées. Mais les 900 000 élèves panaméens sont, eux, toujours privés de classes en présentiel.

Sur la petite île de Cañas, entre la lagune et le Pacifique, on porte consciencieusement le masque. Seules deux familles ont été touchés directement, sans complication, par le Covid-19, mais plus d’une centaine d’enfants sont toujours cantonnés chez eux.

Ils peuvent suivre des cours diffusés par la télévision et échangent avec leur enseignant via WhatsApp.

Marco, agriculteur, pêcheur et père de trois enfants, espère donc que l’école va rouvrir au plus vite : « Certains enfants sont un peu déprimés, parce qu’ils sont habitués à bénéficier d'une certaine liberté. Avant ils jouaient là, tout autour, mais quand a démarré le Covid-19, on leur a interdit de sortir, ils ne pouvaient plus aller à la plage, nulle part. Il y en a pour qui ça a été dur, et ça fait de la peine… Les enfants ne sont pas faits pour être enfermés. »

Des parents peu confiants sur un retour à l'école

Chaque famille fait de son mieux, avec les moyens du bord. « Si l’élève est intéressé, pas de problème. Mais sinon il apprend très peu... », raconte Jajaina. Elle accompagne au quotidien ses deux filles, et n’est pas inquiète pour leur scolarité. « Moi, je ne souhaite pas qu’elles retournent si vite en classe, ajoute-t-elle. Il n’y a pas encore assez de sécurité, le risque demeure important. »

Un sentiment souvent partagé au Panama, aussi bien en ville que dans les zones rurales. Ainsi, le retour en classe ne sera pas forcément naturel.

« Ce processus doit être graduel, volontaire et flexible, selon Ginna Rodriguez, psychologue au sein de la fondation Valorate. La réadaptation pourrait être un peu difficile pour certains enfants. Beaucoup pourraient être submergés par l’émotion de se trouver à nouveau avec d’autres enfants, de pouvoir courir, jouer, mais avec le contexte de pandémie : mesures sanitaires, gel, masques et distanciation sociale. Et puis les plus petits ne pourront pas embrasser leur maîtresse… Tout ça peut vraiment être un choc pour eux. Cela fait plus d’un an qu’ils subissent la situation, ils ne vont pas l’oublier si facilement… »

Des dégâts psychologiques sur les enfants

Pour cette spécialiste, la réouverture des écoles n’est pas seulement une question d’éducation scolaire. Vivre reclus aussi longtemps augmente les risques de violences et d’abus au sein des familles ou menace tout simplement l’équilibre psychologique des enfants.

« Ils ressentent les impacts du stress, de l’anxiété, de la dépression chez les adultes. Ceux-ci peuvent être déprimés, submergés par la situation, et cela a des conséquences sur la relation familiale, précise Ginna Rodriguez. Il y a aussi beaucoup de parents qui doivent aller travailler et les élèves se retrouvent littéralement seuls à la maison, en face d’un écran, qui n’est pas toujours le meilleur appui qui soit. Cela ne les fait pas progresser, cela génère même des pensées négatives sur eux-mêmes, ils se demandent si tout cela aura une fin, si on va revenir à la normalité, ce qui provoque une forte anxiété. D’une façon ou d’une autre, cela peut aboutir à la dépression. Et si elle n’est pas prise en charge convenablement, la dépression peut même provoquer des pensées suicidaires. »

Les conséquences de cette année particulière seront à mesurer à long terme. En attendant, quelques écoles devraient finalement rouvrir, la semaine prochaine.

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