Au moins 212 défenseurs de l'environnement ont été assassinés en 2019, selon Global Witness

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Avec au moins 212 défenseurs de l'environnement assassinés en 2019, le nouveau bilan annuel dressé par l'ONG britannique Global Witness fait état d'un triste record, et ce, alors que le changement climatique est désormais la principale menace à laquelle fait face l'humanité.

Ils sont 212 à avoir été assassinés pour avoir protégé la nature et le climat, et ce, s'indigne le rapport de Global Witness, alors que la crise climatique est la plus grande menace existentielle à laquelle l'humanité fait face aujourd'hui, puisqu'elle ne fait qu'exacerber les autres grands problèmes du monde actuel, de l'inégalité sociale jusqu'aux zoonoses.

La Colombie est le pays le plus dangereux pour les défenseurs de l'environnement qui sont 64 à y avoir été tués. Trente-trois personnes ont été assassinées en Amazonie, dont presque 90% au Brésil. Vient ensuite l'Asie. Le pire pays pour les militants sont les Philippines qui compte 43 assassinats. Souvent, les leaders indigènes sont tués parce qu'ils défendent leurs terres ancestrales : 40% des morts sont des représentants de ces peuples autochtones.

Des militants qui luttent contre des mines ou contre l'agrobusiness

50 personnes ont été assassinées en 2019 parce qu'elles se sont érigées contre l'exploitation minière. Aux Philippines, Datu Kaylo Bontolan, leader du peuple Manobo, a été tué lors d'un bombardement aérien en avril 2019 alors qu'il luttait avec sa communauté contre un tel projet.

L'agro-industrie est ausi un secteur meurtrier : 34 militants ont été assassinés par ce qu'ils se sont opposés à des projets d'exploitations d'huile de palme, de sucre ou de fruits tropicaux. Le combat contre l'exploitation forestière a fait 24 victimes, une augmentation de 85% par rapport à 2018, alors que les forêts sont primordiales dans la lutte contre le réchauffement climatique. La majorité de ces meurtres ont été perpétrés dans la forêt amazonienne.

Mais défendre la forêt peut aussi coûter la vie en Europe, le continent pourtant le moins touché par les meurtres de défenseurs de l'environnement. Ainsi en Roumanie, où l'une des plus importantes forêts primaires d'Europe est victime d'exploitation sauvage, le garde forestier Liviu Pop a été abattu en octobre après avoir surpris des bûcherons illégaux. Un mois plus tôt un autre garde forestier avait été tué d'un coup de hache à la tête.

Paramilitaires, bandes locales et forces de sécurité

Il est difficile d’identifier les assassins, tant l'impunité et la corruption sont généralisées. Le rapport de Global Witness pointe tout de même du doigt des bandes locales, des organisations paramilitaires et même des forces de sécurité officielles auxquelles 37 des assassinats sont attribués.

Rachel Cox de Global Witness dénonce ainsi « la corruption du système politique et économique mondial ». La protection des militants environnementaux est « vitale », souligne-t-elle. Or, souvent ils ne sont pas protégé, au contraire.

L'économie avant l'écologie

« Si nous voulons vraiment une relance verte qui place au centre la sécurité, la santé et le bien-être de la population », dit Rachel Fox. « Nous devons suivre l'exemple de ces militants pour freiner la crise climatique ! » Or, dans beaucoup de pays, dont les États-Unis, le Brésil, la Colombie ou encore aux Philippines, les gouvernements ont utilisé la crise pour renforcer leur contrôle sur les citoyens et pour revenir sur des règles environnementales qui étaient pourtant durement acquises.

L'ONG Global Witness dénonce aussi l'utilisation « de tactiques, comme les campagnes de calomnies, ou les poursuites fallacieuses qui ont pour but de réduire au silence ceux qui se battent pour le climat ». Ils sont accusés parfois d'être des « criminels » ou des « terroristes ». Dans de nombreux cas, ils sont menacés. Et les femmes subissent parfois des violences sexuelles.

Quelques bonnes nouvelles...

Global Witness se réjouit toutefois de quelques victoires remportées par ces militants « courageux ». Celle des Indiens waorani en Amazonie équatorienne, par exemple : la justice a suspendu l'entrée de l'industrie pétrolière sur leurs terres ancestrales. Mais le gouvernement équatorien a fait appel, et cette lutte n'est donc pas terminée, elle non plus. Ainsi, l'ONG Global Witness lance un appel au soutien de ces militants écologistes, et à l'indignation face à ces menaces, à ces assassinats.