Au Liban, une mauvaise blague hérisse le Hezbollah

PHOTO ALI DIA/AFP

Tous les mercredis, la chaîne libanaise de télévision Al-Jadeed diffuse Fachet Khele, “défoulement” en arabe, une émission de satire politique. Parmi ses personnages récurrents, on retrouve Batoul, une femme voilée appartenant à la communauté chiite, jouée par la comédienne Joanna Karaki. Qualifié de “grossier, misogyne et même vulgaire” par le site libanais Daraj, un de ses sketchs diffusé le 21 décembre dernier a particulièrement fait débat.

“Trois quarts des enfants du Liban-Sud ont les yeux verts ou bleus et les cheveux blonds. Les Italiens nous sont rentrés dedans, les Anglais nous sont rentrés dedans… ”, ironise le personnage de Batoul. Une façon de sous-entendre que de nombreuses habitantes du Liban-Sud ont fraternisé avec les plus de 10 000 soldats étrangers qui composent la Force intérimaire des Nations unies (Finul), qui fait tampon entre le Hezbollah et Israël.

[La séquence de 10 secondes commence à 2:29]

Cet extrait de l’émission et la polémique qui s’est ensuivie arrivent quelques jours après la mort, le 14 décembre, d’un soldat irlandais de la Finul après l’attaque d’un véhicule de la force onusienne. Pointé du doigt, le Hezbollah remettait quelques jours plus tard aux autorités un suspect.

“Campagne féroce”

Ce sketch, raconte Daraj, a lancé une “campagne féroce” des partisans du puissant parti armé proiranien contre Al-Jadeed. Contre cette chaîne qui lui est particulièrement hostile, le Hezbollah a déclenché des représailles sur les réseaux sociaux, mais aussi sur le terrain.

Dans les jours ayant suivi la diffusion de l’émission, le siège de la chaîne de télé, situé non loin de la banlieue sud de Beyrouth, l’un des principaux bastions du Hezbollah avec le Liban-Sud et la Békaa (ouest), a été ciblé par des tirs et des cocktails Molotov, qui n’ont fait aucune victime.

“Le Hezbollah a décidé de confisquer le débat autour de la liberté d’expression et d’en faire une guerre de vengeance et de menaces.”

Des positions clivantes

Comme le regrette la journaliste Miriam Soueidane, le sketch aurait dû porter sur les contours de la liberté d’expression et “des stéréotypes sur les femmes”. Mais au lieu de cela, il a été l’occasion d’une nouvelle polémique politique entre partisans et opposants du Hezbollah.

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