Au Liban, un marché des changes parallèle et virtuel a vu le jour

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Depuis octobre 2019, le Liban est plongé dans la pire crise économique et financière de son histoire. Une crise qui a provoqué, entre autres, la dépréciation de la livre libanaise, qui a perdu plus de 80% de sa valeur face au dollar, et le blocage par les banques des épargnes des clients. Autre manifestation de cette crise, la pénurie de devises fortes dans une économie fortement dollarisée. Les banques ne fournissent plus de devises à leurs clients même lorsque leurs comptes sont en dollars ou en euros.

De notre correspondant à Beyrouth,

Le taux officiel du dollar est maintenu à 1 500 livres, mais la valeur réelle du billet vert est fixée par le marché noir. La semaine dernière il a frôlé les 9 000 livres. Pour se procurer des devises fortes et éviter d’être à la merci de changeurs parfois sans scrupules, les Libanais ont créé un marché des changes sur les réseaux sociaux. Des comptes créés surtout sur l’application de messagerie Telegram, considérée plus sûre et qui dispose de nombreuses fonctionnalités, se proposent de mettre en contact des acheteurs et des vendeurs.

Les Libanais s'adaptent et fuient les banques

Le mode d’emploi est simple : les abonnés fixent le montant qu’ils souhaitent vendre ou acheter, la devise de leur choix, le taux qu’ils pratiquent et la région où ils se trouvent. Les détails de la transaction, c’est-à-dire le jour, l’heure et l’endroit du rendez-vous sont décidés lors d’une conversation privée sur les comptes respectifs des intéressés. Lorsque l’affaire est conclue, le vendeur doit le signaler sur la compte.

Ce marché des changes numérique est-il marginal est devenu un véritable phénomène qui s’est amplifié ces dernières semaines. Pour donner un exemple sur son étendue, quatre pages sur Telegram comptent près de 20 000 abonnés. Des centaines de transactions sont conclues tous les jours. On peut échanger des devises, des livres libanaises mais aussi des chèques, qui sont vendus ou achetés au tiers de leur valeur, en moyenne. Certains comptes proposent aussi des analyses ou des news financières.

Des pratiques réglementées

Mais ce marché parallèle ne contribue-t-il pas à alimenter le marché noir qui est finalement en grande partie responsable de l’effondrement de la livre libanaise face au dollar ? Les administrateurs de ces comptes assurent qu’ils n’ont aucun objectif commercial et que leur principal souci est de mettre leurs abonnés en contacts pour leur permettre de conclure le meilleur deal. Afin d’éviter les fraudes, les arnaques et la spéculation, ils ont établi ce qu’ils appellent des « règles d’or » : par exemple, tout abonné qui effectue plus d’une transaction en 7 jours est banni par les gestionnaires de la page. La personne qui ne respecte pas un engagement pris lors d’une transaction conclue, comme ne pas se rendre au rendez-vous, subit le même sort.

Les administrateurs sont particulièrement stricts et vigilants. La meilleure preuve que ce marché de change virtuel apporte une réponse à certains besoins financiers des Libanais : le nombre d’abonnés à ces comptes sur Telegram grandit à vue d’œil.