Au Kirghizistan, le nouveau président est-il le jouet de la Chine ?

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Ce jeudi 28 janvier, Sadyr Japarov a été investi président du Kirghizistan, ex-république soviétique de 6,3 millions d’habitants, voisine de la Chine. Il est devenu chef de l’État après le renversement en octobre de Sooronbay Jeenbekov. Certains ont pointé les liens entre le nouveau président kirghize et Pékin.

De notre envoyé spécial à Bichkek,

Difficile de mesurer la réelle emprise de Pékin sur Sadyr Japarov. Certains ont en effet pointé qu’une partie de sa campagne électorale avait été financée par des hommes d’affaires chinois. D’autres, rappelant au passage que ses parents sont des Kirghizes nés en Chine, ont dénoncé l’alliance que Sadyr Japarov semble avoir passé avec Raimbek Matraimov, un ancien numéro 2 des douanes kirghizes dont la presse vient de révéler l’immense système de corruption qu’il a mis en place. Système par lequel il a aidé la famille Abdoukadyr, originaire de la région chinoise turcophone et musulmane du Xinjiang, qui jouxte le Kirghizistan, à dédouaner frauduleusement les produits chinois entrant dans l’ex-république soviétique.

Même si les preuves de tels liens sont peu convaincantes, beaucoup tendent à y croire du fait des forts sentiments antichinois qui règne en Asie centrale et, il faut bien le dire, de la tendance de Pékin à corrompre les élites de la région.

Corruption des élites centrasiatiques par la Chine

En décembre, le Financial Times a publié une enquête sur la façon dont Timour Koulibaïev, le gendre de l’ancien président du Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev, a touché des dizaines de millions de dollars sur la construction du gazoduc Asie centrale-Chine, construit par la compagnie pétrolière chinoise CNPC et avec des prêts de Pékin.

Autre exemple au Tadjikistan, où le gendre du président Rahmon a aidé une société chinoise à obtenir une licence d'exploitation d’une mine d’or. 80 % de l’or extrait dans le pays l’est par des entreprises à capitaux chinois.

Manifestations antichinoises

Ces affaires de corruption et de collusion des élites d’Asie centrale avec la Chine ne font qu’exacerber les sentiments antichinois. Il y a eu depuis deux ans plus de 40 manifestations antichinoises dans la région, contre l’expansion chinoise, contre la vente ou la location de terres aux Chinois ou contre la dette que les États d’Asie centrale ont envers Pékin.

Ces sentiments antichinois sont d’autant plus exacerbés que la Chine représenterait une source majeure de l’enrichissement illicite des politiciens et fonctionnaires de région.

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