"Au cœur d'un été tout en or" : la traversée du miroir d'Anne Serre

"Chacun de nous est plusieurs à soi tout seul." Et ces 33 nouvelles sont autant de déclinaisons de cette citation de Pessoa qui ouvre le recueil et s'incarne en chacun de ses personnages et du je narratif, le plus souvent celui d'une femme que l'on devine écrivaine. Autour d'elle gravitent le père ou plutôt son fantôme qui, revenu de l'au-delà, affirme une longue cigarette entre les doigts que "ce n'est pas aussi extraordinaire qu'on le dit" ; la mère dont l'humeur soudain primesautière incline sa fille à penser qu'elle a rencontré quelqu'un, l'amant surpris un matin jouant avec un revolver ; l'amant numéro deux bien décidé à présenter sa maîtresse à son épouse pour lui demander la permission de l'aimer ; et les amis, ceux qui vous traitent de "parasite" au détour d'un dîner, ceux que l'on retrouve après trente ans d'absence pour finalement rompre avec eux.

"Les choses de la vie sont toujours beaucoup plus complexes et subtiles qu'on ne le décrit", les situations cocasses ici présentées, aux frontières parfois du surnaturel, entraînant le lecteur dans une traversée du miroir suggérée dès le titre du recueil, emprunté à Lewis Carroll et à sa plus célèbre héroïne : "Au cœur d'un été tout en or, lentement nous glissons sur l'onde."

Un recueil qui nous laisse entrevoir l'invisible

Sous la plume d'Anne Serre, le réel et l'imaginaire se confondent dans un entre-deux-mondes dont la langue ne permet pas forcément de rendre la complexité. Ainsi, l'écrivaine tente d'imaginer, dans Irè...


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