Au Bénin, la fiscalité est aussi une arme massive de dissuasion politique

Pour pouvoir se présenter aux élections législatives du 8 janvier 2023 au Bénin, les différents candidats doivent se munir d’un précieux sésame : le quitus fiscal. À savoir, un certificat fourni par l’administration comme quoi le candidat s’est bien acquitté de ses impôts.

Or certains candidats de l’opposition ont bien du mal à obtenir ce fameux quitus : “une vraie bête noire pour les candidats”, s’exclame La Nouvelle Tribune à Cotonou.

“Demandé, il se fait toujours désirer. Et même lorsque le candidat n’a aucune ardoise fiscale, il semble être difficile à obtenir.” Cette pièce est délivrée par le directeur général des impôts lui-même, précise le quotidien béninois, et son obtention n’est pas décentralisée. “Ce qui fait que souvent, même lorsque le demandeur a répondu à toutes les exigences de la Direction des impôts, la fameuse pièce se fait attendre.”

Les Démocrates hors jeu ?

Conséquence, souligne La Nouvelle Tribune, “certains partis politiques risquent de se voir écarter de la course aux législatives de janvier prochain. Il s’agit notamment de la formation politique Les Démocrates”.

Et si ce parti d’opposition “ne parvenait pas à valider les dossiers de ses candidats, cela pourrait faire encore couler beaucoup d’encre et de salive au pays du président Patrice Talon”, estime le journal.

Pour sa part, le gouvernement béninois se défend, relève encore le journal : “Aucune manœuvre n’empêchera qui que ce soit de participer aux élections”, a récemment assuré le ministre des Affaires étrangères, Aurélien Agbénonci, lors d’une mise au point devant les ambassadeurs, inquiets de cette situation.

Diaboliquement génial

Reste que ce système de quitus fiscal pose vraiment problème, affirme Wakat Séra au Burkina Faso : il s’agit en effet, écrit le journal, d’une “pièce éliminatoire individuelle mais aussi collective, car une seule personne non à jour de ses obligations fiscales sera systématiquement celle par qui arrivera le retoquage de l’entièreté de la liste”.

“À première vue, aucun signe de prédation de la démocratie, mais plutôt objet à se réjouir pour la bonne gouvernance. Sauf que le côté diaboliquement génial de la chose, observe Wakat Séra, est que ceux qui contrôlent la régularité des documents requis sont proches du pouvoir.”

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