Publicité

Attention, cette photo ne montre pas la maison du préfet de Ziguinchor au Sénégal

La maison du préfet de Ziguinchor, ville du sud du Sénégal et fief de l'opposant incarcéré Ousmane Sonko, a-t-elle été incendiée ? Plusieurs publications l’affirment photo à l'appui sur les réseaux sociaux, après l’annonce du report de l’élection présidentielle par le chef de l’Etat, Macky Sall, le 3 février. Cette décision a déclenché de vives scènes de protestations à travers le pays. Mais la photo associée à cette publication est ancienne et ne montre pas la maison du préfet en flammes, qui, contacté par l'AFP, dément tout incendie à son domicile.

<span>Capture d'écran prise sur Facebook le 08 février 2024</span>
Capture d'écran prise sur Facebook le 08 février 2024

"Ziguinchor :  la maison du préfet en feu hier soir", affirme un internaute dans une publication du 5 février sur X (ex-Twitter). Ce message est associé à l’image d’un bâtiment dévoré par les flammes alors  sous le regard d'une poignée de personnes dont on peut seulement distinguer la silhouete dans la nuit.

"Alhamdoulillah", commente un internaute satisfait, sous un post similaire publié sur Facebook.

Cette allégation survient dans un contexte hostile à l’administration au pouvoir et envenimé par la décision du président Macky Sall de reporter l’élection présidentielle prévue le 25 février 2024, au 15 décembre. Un  renvoi entériné par le vote du parlement  dans la nuit du 5 février (dépêche AFP archivée ici).

D’autre part, la ville de Ziguinchor (sud) est réputée comme acquise à la cause de l’opposant sénégalais Ousmane Sonko, par ailleurs maire de la localité, incarcéré depuis juillet 2023. Elle est aussi très souvent le théâtre de manifestations contre le régime au pouvoir.

Toutefois, le message qui circule au sujet de la maison du préfet est faux.

"C’est absolument faux. Mon domicile n’a pas été brûlé", affirme à l’AFP le préfet Hamet Tidiane Thiaw, contacté le 7 février par téléphone. Il confie qu’il dispose également d'un appartement à l’étage de la préfecture, qui est aussi bien intact. Il souligne que son domicile privé n’a subi aucun dommage.

M. Tidiane Thiaw dit déceler dans cette fausse rumeur, "une volonté subliminale d’inciter des manifestants à incendier les édifices publics, notamment la préfecture de Ziguinchor."

Le correspondant de l’AFP à Ziguinchor atteste que le bâtiment de la préfecture n’a subi aucun dommage.

Une image de 2017

En outre, la photo utilisée pour le message trompeur apparaît sur la toile depuis 2017.

Pour le savoir, nous avons effectué une recherche d’image inversée de ce cliché avec l’outil Google Lens et l’avons retrouvé dans un article du média sénégalais "Dakaractu", publié le 13 juin 2017 (archivé ici).

<span>Capture d'écran des résultats d'une recherche effectuée sur Google Lens, réalisée le 8 février 2024</span>
Capture d'écran des résultats d'une recherche effectuée sur Google Lens, réalisée le 8 février 2024

Cette publication rapporte un "grave incendie" survenu ce jour-là au quartier Ouest-Foire, à Dakar. L’article est titré :"Ouest-foire : grave incendie ce matin". Nous avons ensuite introduit ce titre dans la barre de recherche de Google et avons trouvé la même scène dans une vidéo diffusée le 13 juin 2017 sur la chaîne YouTube  du média privé sénégalais TFM, qui compte près de 2,5 millions d’abonnés (lien archivé ici).

On voit notamment les mêmes indices visuels sur le bâtiment en feu (les flèches jaunes).

<span>Comparaison de l'image du bâtiment en feu sur les captures d'écran de l'article de Dakaractu, la publication sur la chaîne YouTube de TFM (à gauche) et une publication sur Facebook (à droite).</span>
Comparaison de l'image du bâtiment en feu sur les captures d'écran de l'article de Dakaractu, la publication sur la chaîne YouTube de TFM (à gauche) et une publication sur Facebook (à droite).

En légende, la chaîne indique aussi un grave incendie qui s’est déclenché dans un immeuble dans le quartier de Ouest-Foire.

Le cliché qui circule n’a donc aucun lien avec les récentes violences au Sénégal.

En revanche, le pays traverse un autre épisode de la crise politique provoquée depuis 2021 et les émeutes meurtrières qui avaient secoué le pays ouest-africain, à la suite d'une première arrestation de l’opposant Ousmane Sonko  (dépêche vidéo AFP archivée ici).

Son parti, le Pastef, a été dissous par les autorités en juillet 2023.

Des dizaines d’arrestations

L’élection présidentielle prévue le 25 février et repoussée au 15 décembre a relancé les hostilités entre les forces de l’ordre et de nombreux manifestants.

Quelques rassemblements ont été réprimés par les forces de sécurité en début de semaine. L'opposition et la presse ont fait état de dizaines d'arrestations (dépêche AFP archivée ici).

<span>Des gendarmes sénégalais patrouillent sur une route lors de manifestations convoquées par les partis d'opposition à Dakar le 4 février 2024 pour protester contre le report de l'élection présidentielle. </span><div><span>JOHN WESSELS</span><span>AFP</span></div>
Des gendarmes sénégalais patrouillent sur une route lors de manifestations convoquées par les partis d'opposition à Dakar le 4 février 2024 pour protester contre le report de l'élection présidentielle.
JOHN WESSELSAFP

Le vote de l'Assemblée dans une atmosphère électrique a parachevé pour le moment l'une des plus graves crises institutionnelles du Sénégal depuis son indépendance en 1960. Le pays est vanté pour sa stabilité et sa pratique démocratique dans une région troublée.

M. Sall fait face au même moment aux pressions internationales. La Cedeao, la communauté économique ouest africaine, a demandé au Sénégal de rétablir "de toute urgence" le calendrier de la présidentielle, initialement prévue le 25 février et repoussée à la dernière minute malgré la bronca de l'opposition et d'une grande partie de l'opinion.

L'Union européenne, s'alignant sur la Cedeao, a à son tour appelé à revenir au 25 février. Un autre allié, les Etats-Unis, a jugé illégitime le vote ajournant l'élection.

Les autorités ont suspendu lundi et mardi l'internet des données mobiles pour stopper la diffusion sur les réseaux sociaux de "messages haineux et subversifs (...) dans un contexte de menace de trouble à l'ordre public". Il a été rétabli, au moins dans la capitale, où l'activité revenait quasiment à la normale après avoir sérieusement ralenti pendant deux jours.