Attention aux interprétations trompeuses d'un discours du directeur général de l'OMS sur la vaccination des enfants

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  • Tedros Adhanom Ghebreyesus
    Homme politique éthiopien

L'extrait d'un discours donné le 20 décembre par le directeur général de l'OMS est interprété sur les réseaux sociaux comme "un aveu" que les vaccins anti-Covid "tueraient des enfants". Mais l'OMS a expliqué à l'AFP que Tedros Adhanom Ghebreyesus a buté sur la première syllabe du mot "children" donnant l'impression de dire "kill children", expression qui n'apparaît pas dans la transcription officielle du discours. L'agence onusienne n'a pas lancé un appel à éviter la vaccination des enfants, mais a au contraire estimé, au vu des taux d'incidence élevés chez les enfants, que la vaccination des jeunes scolarisés doit être "envisagée" en fonction des situations sanitaires nationales.

"Incroyable aveu de Tedros Adhanom Ghebreyesus en conférence de presse", affirme sur Twitter le compte "Stratégie du Choc" dans une publication partagée plus de 2.900 fois depuis le 22 décembre.

Son message s'accompagne d'un court extrait vidéo dans lequel s'exprime le directeur général de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Capture d'écran prise le 24/12/2021 sur Twitter

"Nous ferions mieux de nous concentrer sur les 60/65 ans qui ont plus de risques de développer une forme grave et de mourir plutôt que d’utiliser des doses de rappel pour TUER des enfants comme dans certains pays", est-il écrit en légende.

Ce tweet a été repris le même jour par le présentateur de Sud Radio André Bercoff, qui s'est indigné :"Le patron de l'OMS : 'on tue des enfants' grosse claque dans la gueule des décideurs irresponsables".

Virale, la vidéo a circulé avec des affirmations similaires dans de nombreuses autres langues, comme en finnois ou en croate.

D'où vient cette vidéo?

L'extrait vidéo est tiré d'une conférence de presse, tenue le 20 décembre 2021 par l'OMS, à Genève, siège de l'organisation. Dans la vidéo, le directeur de l'organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus s'adressait à la presse, promettant que l'OMS s'engagerait à "faire tout ce qui est en son pouvoir pour mettre fin à la pandémie" en 2022.

Dans l'extrait relayé sur Twitter, les sous-titres de la prise de parole du patron de l'OMS retranscrivent : "certains pays utilisent la dose "booster" (troisième dose, ndlr) pour tuer des enfants".

Si la manière dont le directeur général de l'organisation prononce cette phrase peut le laisser croire, l'organisation onusienne a pourtant assuré à l'AFP que ce n'est pas ce qu'il a voulu dire, ce que corrobore la transcription du discours, publiée par l'OMS, et qui ne mentionne pas cette expression.

Capture d'écran de la retranscription du discours prise le 24 décembre sur le site de l'OMS

Le patron de l'OMS a buté sur la première syllabe en anglais du mot "children" (enfant), a expliqué l'OMS à l'AFP le 23 décembre, alors qu'il voulait dire:

"So, if it (the booster) is going to be used, it’s better to focus on those groups who have the risk of severe disease and death, rather than, as we see, some countries are using to give boosters to children, which is not right"

à savoir en français :

"donc, s'il (le booster) doit être utilisé, c'est mieux de se concentrer sur les groupes à risque de faire des formes graves de la maladie et de mourir, plutôt que, comme on peut le voir, certains pays donnent des boosters à des enfants, ce qui n'est pas correct".

"Ce qui s'est passé lundi lors de la conférence de presse de l'OMS, c'est que lorsqu'il a dit le mot "children", il a buté sur la première syllabe "chil" et que ça a finalement donné la prononciation "cil/kil"", poursuit l'OMS.

"Il a ensuite, immédiatement après, correctement répété la même syllabe, ce qui a donné l'impression de dire "cil-children. Toute autre interprétation est 100% incorrecte", a ajouté l'organisation.

Un manque d'équité dans la distribution des vaccins

L'OMS a expliqué à l'AFP qu'elle promeut l'utilisation des vaccins anti-Covid pour protéger de la maladie. Dans son discours complet, le patron de l'organisation regrettait en réalité un manque d'équité dans la distribution des vaccins entre les pays riches et pauvres :

"Plutôt que de donner un booster pour un enfant d'un pays à revenu élevé, c'est mieux de vacciner les personnes âgées dans les pays où celles-ci n'ont pas été vaccinées, pas même avec une première dose", affirmait-il. Dans ce contexte, il assurait que ce n'était "pas correct" d'administrer des doses de rappel aux enfants.

Deux jours plus tard, le 22 décembre, le patron de l'OMS a d'ailleurs mis en garde contre l'illusion selon laquelle il suffirait d'administrer des doses de rappel pour se sortir de la pandémie de Covid-19.

"Aucun pays ne pourra se sortir de la pandémie à coups de doses de rappel et les rappels ne sont pas un feu vert pour célébrer comme on l'avait prévu", a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus au cours d'un nouveau point presse à Genève. "Des programmes de rappel sans discernement ont toutes les chances de prolonger la pandémie, plutôt que d'y mettre fin, en détournant les doses disponibles vers les pays qui ont déjà des taux de vaccination élevés, offrant ainsi au virus plus de possibilités de se répandre et de muter", a souligné le Dr Tedros.

"Il est important de se souvenir que la très grande majorité des hospitalisations et des décès concernent des personnes qui ne sont pas vaccinées, et non des personnes qui n'ont pas eu de dose de rappel", a-t-il insisté, ajoutant : "Et il nous faut être très clair" sur le fait que "les vaccins restent efficaces contre les variants Delta comme Omicron".

Selon le comité des experts de l'OMS en matière de politique vaccinale (SAGE), au moins 126 pays ont déjà donné des instructions en vue de l'injection d'une dose de rappel ou d'une vaccination supplémentaire (des enfants par exemple) et 120 d'entre eux ont déjà entamé les campagnes en ce sens. Ce sont en grande majorité des pays riches ou à revenu moyen, alors qu'"aucun pays pauvre n'a encore introduit de programme de rappel", souligne le comité dans un communiqué diffusé le 22 décembre.

Capture d'écran prise le 24/12/2021 sur le site de l'OMS

Dans une déclaration du 24 novembre 2021, l'OMS affirmait que "bien que les évaluations bénéfices-risques soulignent clairement le bénéfice de la vaccination pour tous les groupes d'âge, y compris les enfants et les adolescents, le bénéfice direct de la vaccination des enfants et des adolescents dans le cadre de la crise sanitaire est plus faible que celui de la vaccination des adultes plus âgés, en raison de l'incidence plus faible des formes sévères du Covid-19 et de décès chez les plus jeunes".

Dans une conférence de presse donnée, le 7 décembre 2021, le directeur général de l'OMS en Europe, Hans Kluge, notait qu'"il n'est pas rare aujourd'hui de voir des incidences deux à trois fois plus élevées chez les jeunes enfants que dans la population totale". Dans ce contexte et pour éviter de nouvelles fermetures de classe et le retour de l'enseignement à distance, la branche européenne de l'organisation a conseillé de renforcer les tests dans les écoles et d'envisager la vaccination des enfants scolarisés.

"La vaccination des enfants devrait être discutée et envisagée au niveau national, dans le cadre des mesures de protection des écoles. La vaccination des jeunes enfants réduit non seulement leur rôle dans la transmission du Covid-19, mais les protège également des formes pédiatriques graves de la maladie, qu'elle soit associée au Covid long ou à des syndromes inflammatoires multisystémiques (PIMS)", expliquait Hans Kluge.

Contactée par l'AFP le 9 décembre au sujet d'une rumeur très similaire, affirmant que l'OMS aurait appelé à "éviter la vaccination des enfants", l'OMS avait déjà confirmé sa ligne : "les pays devraient envisager la vaccination des enfants contre le Covid-19 (avec un vaccin homologué pour ce groupe d'âge) dans leur contexte épidémiologique et social spécifique", indiquait alors la branche Europe.

Tout en rappelant qu'elle n'a pas "encore accordé d'autorisation d'utilisation d'urgence de vaccins Covid-19 pour les enfants de moins de 12 ans", l'agence onusienne évoque la nouvelle formule du vaccin Pfizer-BioNTech qui "a démontré une efficacité élevée contre le COVID-19 chez les enfants dans un essai clinique" et qui "a été autorisée par des autorités réglementaires strictes (par exemple, la FDA et l'EMA) pour une utilisation chez les enfants à partir de 5 ans."

Lire aussi : Non, l'OMS n'a pas appelé à "éviter" la vaccination des enfants contre le Covid-19

Vaccination ouverte aux 5-11 ans en France

En France, la vaccination a été élargie dans un premier temps, le 15 décembre, sur la base du volontariat, aux 5-11 ans à risques et ayant des proches vulnérables.

La vaccination des tous les enfants de 5 à 11 ans a, elle, été ouverte le 22 décembre, comme l'indiquait à cette date le ministre de la Santé Olivier Véran, précisant en revanche que la dose de rappel n'est pas proposée aux adolescents "pour l'instant".

Le ministre a officialisé cette mesure après avoir "eu les avis favorables des autorités sanitaires et scientifiques". La Haute autorité de santé (HAS) avait donné son feu vert le 20 décembre à la vaccination des enfants de 5 ans à 11 ans - sur la base du volontariat -, après le Comité d'éthique (CCNE) le 17 décembre. Un ultime avis avait été publié le 22 décembre au matin par le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale.

"Il faut vraiment engager cette vaccination des enfants", soulignait alors Olivier Véran, rappelant qu'"il suffit de l'accord de l'un des deux parents" mais qu'il faut "qu'un parent soit présent physiquement". Environ 350 centres assureront avec "un circuit particulier" la vaccination des enfants.

De nombreux autre pays ont déjà ouvert la vaccination aux enfants de moins de 12 ans comme les Etats-Unis, Israël, le Canada, ou en Europe : l'Autriche, la Grèce, la Hongrie, le Danemark, le Portugal ou encore l'Espagne.

La vaccination des enfants contre le Covid-19 en Europe

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