Attention à ces nouvelles vidéos prétendant montrer des autotests Covid "positifs à l'eau du robinet"

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De nouvelles vidéos prétendant montrer des autotests de détection du Covid positifs à "l'eau du robinet" ont été vues des centaines de milliers de fois en ce début janvier. Leur fabricant dénonce "une mauvaise utilisation délibérée" de ces autotests, qui est "trompeuse, irresponsable et dangereuse pour la santé publique". La Haute autorité de santé (HAS) et le ministère de la Santé avaient déjà mis en garde contre la possibilité d'"erreurs de prélèvement" lorsque les tests ne sont pas réalisés correctement ou par des professionnels de santé, et précisé que ces autotests antigéniques sont, de façon générale, moins fiables que les tests PCR.

"Autotest avec de l'eau du robinet, pour être sur on l'a fait 2 fois", prétend une publication vue plusieurs milliers de fois depuis le 8 janvier, qui montre, plusieurs photos et vidéos à l'appui, des autotests de détection du Covid-19 devenir "positifs avec de l'eau". L'écouvillon et le réactif, pourtant indispensables, ne sont pas utilisés.

"Si après avoir regardé cette vidéo certains n'ont toujours pas compris qu'on nous prend pour des cons j'abandonne", ajoute une autre publication, partagée plus de 5.700 fois et vue à 150.000 reprises depuis le 9 janvier. Des affirmations similaires ont été relayées sur Twitter.

Capture d'écran Facebook, prise le 13/01/2022

Capture d'écran Facebook, prise le 14/01/2022

En août 2021 déjà, des internautes avaient prétendu obtenir des tests Covid "positifs" avec de "l'eau du robinet", comme relaté dans cet article.

"Une mauvaise utilisation délibérée"

Les tests utilisés dans ces vidéos, reconnaissables à leur emballage et au nom sur la caissette, sont des "tests antigéniques Panbio Covid-19", de la marque Abbott. Ce modèle d'autotest fait partie de ceux estimés conformes par la Haute Autorité de Santé (HAS), selon une liste disponible sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé.

Ce test "est destiné à être utilisé avec des échantillons prélevés avec un écouvillon nasal. Panbio ne doit pas être utilisé avec de l'eau ou tout autre aliment ou liquide", précise cependant une porte-parole d'Abbott auprès de l'AFP le 13 janvier 2022.

L'entreprise regrette ainsi "la diffusion de fausses informations avec une mauvaise utilisation délibérée" de ses autotests dans la vidéo, ajoutant que celle-ci est "trompeuse, irresponsable et dangereuse pour la santé publique".

La Direction Générale de la Santé (DGS) avait en effet déjà détaillé auprès de l'AFP en août 2021 que "l'eau ou tout autre liquide non destiné à l'usage du dispositif dénature la bandelette de réaction et rend le résultat ininterprétable".

En effet, comme indiqué sur la notice des autotests, après prélèvement, l'écouvillon utilisé doit être plongé dans une solution composée d'un réactif. C'est cette solution qui doit ensuite être versée sur la cassette permettant la lecture du résultat.

Un kit d'autotest Covid-19, le 13 janvier 2022 à Madrid. ( AFP / GABRIEL BOUYS)

"D'autres liquides ont des propriétés chimiques qui peuvent provoquer une réaction chimique sur la bandelette réactive, entraînant des résultats trompeurs ou inexacts. Le non-respect des instructions relatives à la procédure de test et à son interprétation peut impacter négativement les performances du test et produire des résultats trompeurs ou invalides", détaille encore une porte-parole d'Abbott auprès de l'AFP.

Akli Bouaziz, directeur scientifique de l'entreprise AAZ, dont les autotests sont également utilisés en France, précisait déjà en août auprès de l'AFP que "le principe de l'autotest est une réaction immunologique qui doit se dérouler dans des conditions très précises, notamment de pH, qui sont obtenues en suivant les indications de la notice d’utilisation fournie dans le coffret. L'autotest doit être impérativement utilisé avec le réactif d'extraction fourni dans le coffret. Ce réactif est indispensable, il a un rôle crucial car il permet d'équilibrer le pH de la réaction et donc de garantir les performances de l'autotest".

Dans une FAQ sur son site, mise à jour le 11 janvier 2022, le ministère des Solidarités et de la Santé détaille également la méthode d'utilisation des autotests dans une vidéo.

Les tests antigéniques, moins sensibles que les PCR

Les autotests comme celui de la vidéo sont des tests antigéniques. Comme précisé dans cet article, ils cherchent donc, via prélèvement nasal, des protéines virales. Leur résultat permet de détecter une infection en quelques minutes, mais ils sont moins sensibles, et donc habituellement considérés comme moins fiables que les tests PCR, comme indiqué dans cette synthèse de la HAS.

Graphique expliquant le fonctionnement du test antigénique rapide par prélèvement nasal permettant de détecter une infection au Covid-19 ( AFP / John SAEKI)

Le ministère des solidarités et de la santé indique en outre dans sa FAQ que "le prélèvement des autotests n'étant pas réalisé par un professionnel de santé, mais par l'usager lui-même, la possibilité d'obtenir un 'faux négatif' causé par une erreur de prélèvement est bien réelle".

"Faire un test antigénique ou RT-PCR de confirmation après un autotest positif est un geste nécessaire pour soi et pour ses proches", ajoute cette même FAQ.

Capture d'écran de la FAQ du ministère, prise le 14/01/2022

Capture d'écran de la FAQ du ministère, prise le 14/01/2022

Au sujet d'un "faux positif" comme celui présenté dans la vidéo, la HAS confirmait déjà en août 2021 auprès de l'AFP "qu'avec un autotest mal utilisé, on peut avoir n'importe quel résultat : si le réactif est mal, ou pas utilisé, on peut avoir des faux positifs". D'où la nécessité de "bien suivre la notice lorsque l'on fait un autotest".

"Le résultat n'est interprétable que lorsque la procédure d'utilisation a été correctement réalisée. De plus, l'intérêt des autotests réalisés sous la supervision d'un professionnel de santé ou d’une personne sous la responsabilité d’un professionnel de santé est d'assurer la bonne réalisation du test pour authentifier le résultat", confirmait la DGS.

Des évaluations avant la mise sur le marché

Avant d'autoriser la commercialisation des tests antigéniques, ceux-ci sont évalués, et leur spécificité (efficacité à détecter des cas négatifs) ainsi que leur sensibilité (capacité à identifier des cas positifs) sont testées, selon la HAS.

La sensibilité minimale des tests doit ainsi être supérieure à 80% et la spécificité minimale supérieure à 99%, afin qu'ils puissent être autorisés, comme le précisent ce communiqué et cet avis de la HAS. A l'issue de ces évaluations, la HAS émet des recommandations.

"L'ensemble des autotests disponibles sur le marché français ont été préalablement validés par l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) et le ministère de la Santé selon un cahier des charges strict, basé sur les recommandations de performance de la HAS", selon la DGS.

In this photo illustration Covid-19 rapid antigen self-test kits from Abbot company is displayed at a pharmacy in New Delhi on January 11, 2022. ( AFP / SAJJAD HUSSAIN)

Depuis janvier, des autotests vendus en grandes surfaces

En plus des pharmacies, les grandes surfaces peuvent commercialiser des autotests détectant le Covid-19 depuis fin décembre. Un arrêté publié le 28 décembre au Journal officiel autorise en effet la vente de ces autotests hors des pharmacies "à titre exceptionnel et jusqu'au 31 janvier 2022".

Le gouvernement avait alors considéré que face à une demande de tests "sans précédent depuis le début de la crise sanitaire, il y a lieu de diversifier les circuits d'approvisionnements et de ventes des autotests", indique l'arrêté.

Début janvier, les règles d'isolement des personnes testées positives au Covid-19 et des cas contacts ont été allégées, mais sous conditions de réaliser des tests.

Infographie sur les règles d'isolement des personnes testées positives au Covid-19 en France et des personnes cas contact en France, à partir du 3 janvier ( AFP / Cléa PÉCULIER, Jean-Michel CORNU)

Le 10 janvier, le premier ministre Jean Castex, a aussi annoncé un assouplissement du protocole sanitaire en milieu scolaire. Auparavant, chaque élève identifié comme cas contact devait se soumettre immédiatement à un test PCR ou antigénique. Avec le nouveau protocole, un autotest, qui doit être renouvelé deux puis quatre jours plus tard, est suffisant.

Au total, l'année "2021 aura été marquée par un nombre extrêmement élevé de tests, avec près de 170 millions" de tests remboursés par l'Assurance maladie, a indiqué son directeur Thomas Fatôme lors d'un point de presse le 13 janvier 2022, ajoutant que ce dernier chiffre était "encore provisoire".

Ce n'est pas la première fois que des vidéos trompeuses montrant des autotests faussement positifs circulent sur les réseaux sociaux. En août 2021, c'étaient des autotests de la marque AAZ qui avaient été présentés dans des vidéos trompeuses similaires. L'entreprise avait aussi dénoncé "un mésusage flagrant de l'autotest car le réactif d'extraction n'[était] pas utilisé". Fin 2020, d'autres vidéos dans lesquelles des internautes prétendaient obtenir des tests positifs avec du Coca et de la compote de pomme avaient aussi fait l'objet d'un article de vérification par l'AFP. Des experts avaient alors expliqué que ces expériences n'étaient pas concluantes et ne remettaient pas en question l'efficacité de ces tests.

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