Attention à cette fausse une de Var-Matin, Breel Embolo n'a jamais déclaré avoir été rejeté de la sélection nationale du Cameroun

Une couverture du quotidien français Var-Matin est censée avoir été consacrée à Breel Embolo, le footballeur suisse d’origine camerounaise. Dans cette prétendue interview, le joueur qui a permis jeudi à la Suisse de remporter son premier match de la Coupe du Monde contre le Cameroun, dénonce la "corruption" et le "favoritisme" qui gangrènent son pays natal, et l'auraient empêché d'intégrer la sélection nationale camerounaise. Après vérification par l’AFP, il s’avère que cette page de couverture est un montage. Embolo n'a pas accordé d'interview à ce journal régional ni tenu de tels propos.

"J’ai demandé à jouer pour mon pays natal ils ont dit que mon père doit négocier avec le ministre": voici l’une des phrases attribuées au footballeur suisse d’origine camerounaise Breel Embolo. Le joueur se serait exprimé dans les colonnes de Var-Matin, un titre qui fait partie du Groupe Nice-Matin et basé à Toulon, dans le sud-est de la France. Selon cette une qui circule sur de nombreux comptes Facebook (1,2,3...) , Breel Embolo indique que son "pays ne soutient pas les talents". "Je n’ai aucun regret pour cette victoire, qu’ils continuent dans le favoritisme, la dictature et la corruption" aurait souligné le joueur.

Capture d'écran Facebook réalisée le 25 novembre 2022

Pour savoir si Breel Embolo a réellement fait ces déclarations à Var-Matin, nous avons dans un premier temps regardé attentivement la une relayée sur Facebook. Les mentions relatives à la date de parution sont illisibles. Cependant, la référence relative à "cette victoire" ne peut être que celle de la "Nati" sur son Cameroun natal le 24 novembre.

Les Lions indomptables du Cameroun débutaient ce jour-là leur Mondial-2022 au Qatar face à la Suisse. Les hommes du coach Rigobert Song ont été battus 1-0. L’unique but de la rencontre a été inscrit par Breel Embolo. L'avant-centre monégasque de 25 ans a parfaitement repris un centre en retrait létal de Xherdan Shaqiri pour tromper André Onana (48e).

Après son but, il a levé les bras au ciel sans marque d'émotion sur le visage, les paumes en avant comme pour demander pardon. "Si je marque, j'essaierai de ne pas célébrer" pour ne pas froisser les Camerounais, racontait le joueur à l'AFP peu avant le Mondial. Embolo avait anticipé l'émotion : "c'est un match très, très spécial pour moi et pour toute ma famille. Parce que c'est un peu un conflit! Il va y avoir beaucoup d'émotion lors de ce match".

A la fin du match, il a toutefois partagé sa fierté de marquer enfin en Coupe du monde, après quatre matches (dont une titularisation) en 2018. "C'est un rêve. Je suis extrêmement fier pour moi et ma famille" a-t-il brièvement commenté à l'AFP. "Nous sommes heureux de commencer ainsi le tournoi, félicitations à mon équipe. Et je souhaite le meilleur au Cameroun."

Depuis cette rencontre, Breel Embolo s’est-il confié à la rédaction de Var-Matin ? A-t-il effectivement fait la une du quotidien ? Contactée par l'AFP, Christelle Benjamin, du Service Iconographie et Archives de Var-Matin, renvoie à l’édition du 25 novembre 2022. Elle est totalement différente de celle qui circule sur Facebook : l’actualité de la coupe du monde n’y est même pas évoquée.

La véritable une du Var-Matin du 25 novembre 2022 (Cr Var-Matin)

La fausse une du Var-Matin partagée sur Facebook

 

 

Dans un mail adressé à l’AFP, Nadine Bassetti, assistante à l’administration des ventes de Var-Matin, souligne que "cette une de journal n'est pas du tout authentique : c’est un montage dont nous ne sommes pas responsables". Quant à la rédaction du journal, elle précise n’avoir fait aucune interview avec Breel Embolo après la victoire de la Suisse sur le Cameroun. Sur le site du quotidien, les deux seuls résultats relatifs au joueur nous renvoient à deux avant-papiers : l’un sur un match Monaco-Lyon et le deuxième sur un match France-Suisse.

Capture d'écran du site internet de Var-Matin effectuée le 25 novembre 2022

Né le 14 février 1997 à Yaoundé, au Cameroun, Breel-Donald Embolo est arrivé en Suisse à l'âge de 6 ans. Après des premiers pas au Nordstern BS, où il joue pendant deux ans, Embolo rejoint le plus huppé BSC Old Boys pour deux saisons avant d’intégrer le centre de formation du prestigieux FC Bâle. Il a ensuite évolué sous le maillot de différents clubs, dont Schalke 04 et Borussia Mönchengladbach.

Son choix d’évoluer sous les couleurs suisses n’a pas été dicté par un refus du Cameroun de le sélectionner en équipe nationale de football, comme le prétend la fausse une du journal varois.

Interrogé par le site Get French Football News sur sa décision de jouer pour la Suisse, le footballeur évoque un choix personnel respecté par sa famille. "J'avais 17 ans. C'était une période difficile. J'ai repoussé ma décision pendant quelques mois. Je me souviens que j'ai même eu la possibilité de rejoindre l'équipe du Cameroun. Ce n'était pas un choix facile, mais ma famille l'a respecté, et c'est le plus important" a-t-il déclaré.

"Lorsque j'ai choisi de jouer pour la Suisse, il y avait toujours une partie de moi qui voulait représenter mon pays de naissance. Je suis très heureux de mon choix, et je suis le plus grand fan du Cameroun. J'ai beaucoup d'amis dans l'équipe nationale" a précisé Embolo.

Dans l'interview accordée à l'AFP, le joueur suisse insiste sur cette période de sa vie où il aurait pu rejoindre l'équipe de football de son pays natal. A cette époque, il n'avais pas encore la nationalité suisse et les "Lions Indomptables" sont venus rôder autour du prodige, alors âgé de 17 ans. "J'ai eu la possibilité d'aller en Coupe du monde avec le Cameroun en 2014, avec le sélectionneur Volker Finke", se remémore Breel Embolo. "Dans la famille, il y avait des partisans des deux sélections. Mais tout le monde a respecté mon choix".

Le Cameroun coule toujours dans ses veines. "Toute ma famille habite là-bas. Pour garder ce lien, je rentre une fois ou deux par an", dit Embolo. "Je veux que mes enfants gardent aussi ces racines. Et je veux rendre aussi à travers certaines œuvres caritatives, notamment mon association."

Dans le sillage de cette victoire suisse face au Cameroun, de nombreuses rumeurs ont inondé la toile, certaines faisant même état de menaces proférées contre sa famille au Cameroun. Alors que certains internautes ont salué la performance du joueur, d’autres ont porté un regard plus dur, estimant qu’il avait humilié sa terre natale.