"Les attentats, une réponse à la violence": au procès du 13-Novembre, Abrini justifie les attaques

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Mohamed Amri, Mohamed Abrini et Salah Abdeslam dans le box des accusés de la cour d'assises spéciale de Paris le 14 septembre 2021. - Benoit Peyrucq
Mohamed Amri, Mohamed Abrini et Salah Abdeslam dans le box des accusés de la cour d'assises spéciale de Paris le 14 septembre 2021. - Benoit Peyrucq

Mohamed Abrini ne renie rien de son engagement auprès de l'Etat islamique. Interrogé longuement mardi par la cour d'assises spéciale sur sa radicalisation, l'homme accusé d'avoir aidé à préparer les attentats du 13-Novembre s'est défendu.

"L'islam normal"

"Pour vous c'est radical. Pour moi c'est l'islam normal", tranche-t-il. Une position acquise après un passage en prison en 2013 et la mort de son petit frère Soulaimane, parti rejoindre les rangs en Syrie.

"L'islam tel qu'il est enseigné par le prophète n'est pas compatible avec la démocratie. Pour vous, un homme qui a trois femmes c'est 'chelou', vous arrivez à faire des polémiques même pour le halal", lance-t-il plus tard au président de la cour d'assises.

Au fil de son interrogatoire, Mohamed Abrini a livré sa vision de l'Islam, telle une profession de foi calquée sur la propagande de Daesh. "La charia, c'est la loi divine et elle est au-dessus de la loi des hommes. Si j'étais un homme libre aujourd'hui j'irais vivre dans un pays où l'on applique la charia, poursuit-il. Certains ne prennent qu'une partie du Coran. Moi, le Coran je le prends en entier."

Une réponse "à la violence occidentale"

Celui qui a été surnommé "l'homme au chapeau" justifie alors le jihad armé, "un devoir pour tous les musulmans", mais aussi les attentats, une réponse "à la violence occidentale". Un discours similaire à celui tenu par son ami d'enfance Salah Abdeslam lors de sa première prise de parole au tout début du procès. "Les choses dégueulasses, ça ne vient pas que d'un seul camp", justifie-t-il.

Le président insiste, rappelle que les bombardements français en Syrie "n'ont commencé qu'en septembre 2015". Mohamed Abrini s'emporte. "On a l'impression d'entendre des enfants, 'c'est vous qui a commencé!'. Avant il y avait eu des frappes de drones qui ont tué des civils".

De quoi justifier les attentats à Paris et à Saint-Denis, et la mort de 130 personnes? "Moi ça, je suis pas capable de le faire, je l'ai toujours dit", balaie celui qui a renoncé à se faire exploser lors des attentats de Bruxelles et dont la véritable raison de la venue à Paris avec les commandos en novembre 2015 reste floue.

"Partir en Syrie pour voir des innocents se faire tuer, puis revenir pour tuer des innocents - parce que c'était des innocents... A un moment dans le cerveau, ça cale", explique l'accusé. 876450610001_6271400467001

"Je n'ai tué personne"

L'interrogatoire dure, Abrini justifie tous les actes de l'Etat islamique: les attentats en France, les viols en Syrie - "ça fait partie de toutes les conquêtes" - les décapitations d'otages.

"Vous aussi vous avez coupé la tête de votre roi", rétorque-t-il. "Moi j'accepte tout", conclut-il.

Viennent alors les questions des avocats des parties civiles, qui tournent au face à face. "Vous me dégoutez", rétorque l'une des avocates à qui Mohamed Abrini refuse de répondre. "Vous affirmez aux médias, ces hyènes, que nous sommes imperméables à la douleur des victimes. Je suis désolé moi ça me casse les couilles", s'emporte-t-il. "Je n'étais pas là le 13-Novembre, j'ai tué personne. J'ai entendu pendant deux mois des gens se plaindre à la barre".

"Se plaindre?", s'insurge-t-on sur les bancs.

Un autre avocat demande s'il a quelque chose à dire aux victimes. Long silence. "C'est une drôle de question, je ne sais pas quoi vous répondre". Un nouveau silence. "C'est vraiment triste ce qu'il leur est arrivé. Ils sont des doubles victimes, de la politique étrangère de la France et de celle de l'Etat islamique". L'avocat pousse encore, exaspérant l'accusé. "Vous allez bien dormir si je dis que je condamne? Si je pouvais j'aurais acheté la paix universelle. Mais j'ai pas les moyens".

Article original publié sur BFMTV.com

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