Attentat de Kaboul: l’EI-K, ennemi juré des talibans qui pourraient avoir besoin des Occidentaux

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L'attentat a fait au moins 85 morts et plus de 160 blessés, selon les derniers bilans. Les victimes sont en majorité afghanes mais avec 13 soldats américains tués, il s'agit de l'attaque la plus meurtrière contre l'armée américaine en Afghanistan depuis 2011. L'attentat a été revendiqué par le groupe État islamique au Khorasan, la branche locale du groupe jihadiste État islamique, un adversaire que les talibans pourraient ne pas parvenir à vaincre seuls.

Le groupe État islamique a émergé en Syrie et en Irak où il a établi son califat autoproclamé en 2014, une conquête spectaculaire qui a eu un écho planétaire et qui a entraîné l'apparition de branches locales. En 2015, des talibans pakistanais annoncent leur allégeance au groupe État islamique ; ils sont bientôt rejoints par des Afghans qui font défection des rangs des talibans.

Le nom État islamique au Khorasan fait référence à une province qui s'étend sur plusieurs pays de la région. Comme souvent le groupe jihadiste défie les frontières des États actuels.

Cette branche de l'EI s'est illustrée par des attentats sanglants en Afghanistan, visant particulièrement la minorité hazara, qui pratique un islam chiite considéré comme hérétique par les mouvements jihadistes sunnites radicaux. Plus de 90 morts dans un attentat visant un mariage en 2019, attentat revendiqué par l'EI-K qui est aussi soupçonné de l'attaque d'une maternité qui a fait 25 morts dont des nouveau-nés et leurs mères en 2020, à chaque fois la minorité hazara était la cible.

Ces dernières années, le groupe État islamique au Khorasan a été combattu par les forces américaines et l'armée afghane, mais aussi par les talibans qui n'avaient pas l'intention de laisser de place à cette concurrence jihadiste. Désormais, les talibans sont maîtres du pays, et ils héritent de cette menace. Or, on a vu à quel point le groupe État islamique pouvait croître dans des situations d'instabilité.

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Vers une collaboration de l’Occident avec les talibans ?

Suite à l'attentat de Kaboul, le général Franck MacKenzie en charge du commandement central américain, a évoqué une « possible collaboration » entre les forces américaines et les talibans pour maintenir la sécurité autour de l'aéroport.

Pour Adam Baczko, chercheur au CNRS et au Centre de recherches internationales (CERI) de Science Po, il faudra sans doute en effet chercher à collaborer avec les talibans face à l’EI. Parce qu’il y a un intérêt commun des talibans et des Occidentaux à lutter contre l’État islamique. « On a vu parfois d’étranges coopérations de fait entre d’un côté les forces armées du régime, les combattants talibans, et les forces américaines qui bombardaient l’État islamique (…) Les Occidentaux ont des besoins, ils ont aussi certaines armes pour faire pression sur les talibans, qui ont besoin d’assistance internationale, qui sont en grande demande de reconnaissance. A l’inverse, les talibans ont des capacités sur le terrain, mais ils sont aussi dans une position de faiblesse beaucoup plus grande que celle qu’on imagine maintenant qu’ils ont le pouvoir. En ayant pris l’État, ils ont toutes les responsabilités, les attentes de la population, les besoins, et ils sont donc paradoxalement dans une position de faiblesse qui pourrait être utilisée. »

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Les financements étrangers indispensables

« Le pays est généralement dans une situation de très grande précarité. On a eu plusieurs années consécutives de sécheresse, il y a une pénurie alimentaire en train de se préparer en Afghanistan, analyse le chercheur. Et surtout, les fonds afghans ont été gelés, la plupart des fonds ont été vidés par les élites du régime précédent. L’Afghanistan est exsangue, la Banque centrale est dans une situation catastrophique.

Les talibans sont donc dans une grande dépendance d’une aide qui pourrait venir de plein d’endroits, de financements dont ils ont absolument besoin s’ils veulent pouvoir remettre en place une administration. Dans ce contexte-là, ils vont peut-être pouvoir se tourner vers les Chinois, les Russes ou les Iraniens.

Mais s’ils veulent pouvoir se tourner vers les organisations internationales comme le FMI et la Banque mondiale, et s’ils veulent pouvoir avoir une aide d’un niveau suffisant, ils auront vraiment besoin des Occidentaux. Dans ce contexte-là, les Occidentaux peuvent de nouveau négocier des choses.

On est dans un contexte très différent de celui des dernières années. Ils pourraient poser des lignes rouges, exiger des choses. En échange de la coopération de l’OMS, il faudrait que les talibans assurent que les femmes soient bien considérées dans l’accès aux soins. »

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