Attentat du Drugstore: le faisceau de charges qui désigne Carlos

Pierre ROCHICCIOLI
Croquis d'audience représentant Ilich Ramirez Sanchez, alias Carlos, lors de son procès, le 13 mars 2017 à Paris

Paris (AFP) - Témoignages de comparses, interview où il revendique les faits, cheminement de la grenade utilisée: la cour d'assises s'est penchée mardi sur les charges retenues contre Carlos, jugé pour l'attentat du Drugstore Publicis en 1974 à Paris.

Le 15 septembre 1974, deux personnes avaient été tuées et 34 blessées par l'explosion d'une grenade lancée dans l'enceinte de la galerie marchande à l'angle du boulevard Saint-Germain et de la rue de Rennes.

Appelé à la barre, un commandant de police à la Direction générale de la sécurité intérieure (ex-DST et DCRI) détaille les éléments de l'enquête retenus contre Ilich Ramirez Sanchez, justifiant son renvoi devant une cour d'assises.

Pour le policier, tout commence par l'arrestation le 26 juillet 1974 à l'aéroport d'Orly d'un Japonais, Yoshiaki Yamada, membre de l'Armée rouge japonaise (ARJ), une organisation proche du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), auquel appartenait également Carlos. L'homme convoyait des documents sur des projets d'enlèvements, avec demande de rançon, de directeurs de filiales d'entreprises japonaises établies en Europe, destinés à financer l'ARJ.

"Cette arrestation a entraîné une prise d'otages à l'ambassade de France à La Haye par un commando de trois membres de l'ARJ qui réclamaient la libération de leur camarade. C'était une initiative de Waddih Haddad (dirigeant palestinien radical, ndlr) et c'est Carlos qui dirigeait l'opération", a expliqué le policier. "Voyant que la négociation n'avançait pas, Ilich a décidé d'agir, de marquer le coup en balançant une grenade au Drugstore Publicis", a-t-il affirmé.

Pour étayer cette thèse, le policier s'est rendu au Japon où il a rencontré les membres du commando et la dirigeante emblématique de l'ARJ, Fusako Shigenobu, alias Mariam. Mais cette dernière, condamnée à 20 ans de réclusion criminelle, n'a pas souhaité s'exprimer.

- 'Opération à la façon algérienne' -

Le chef du commando de La Haye, Haruo Wako, a été plus prolixe. Selon le policier, il a notamment expliqué que la veille de l'opération, Carlos, qu'il surnommait le "spécialiste", lui avait remis trois grenades et deux pistolets dans un restaurant chinois.

"Il ne nous a informés de la date de l'opération que le matin même. Je me sentais dans la position d'un soldat face à Carlos qui était un général", a expliqué Wako. "Deux jours après l'opération, il y a eu la grenade lancée dans un drugstore parisien, (...) c'est peut-être dû à cet attentat mais nous avons pu obtenir gain de cause, la libération de Yamada et un avion pour notre fuite."

D'autres comparses de Carlos, dont Hans Joachim Klein, ont rapporté à la police les confidences de Carlos sur l'attentat du Drugstore Publicis: "Il voulait mettre la pression pour la libération du Japonais", a ainsi témoigné l'ex-membre des cellules révolutionnaires allemandes.

Mais c'est Carlos lui-même qui a livré le témoignage le plus accablant sur l'opération de la rue de Rennes dans une interview parue fin 1979 dans le magazine Al Watan Al-Arabi.

Le Vénézuélien a contesté avoir accordé cet entretien mais pour le policier, "un journaliste, aussi bon soit-il, ne peut avoir inventé des faits avec autant de précision".

"Il était évident que l'opération de La Haye avait échoué. Nous savions qu'ils ne céderaient pas. Nous devions effectuer une opération de secours. Ainsi, je décidai à 14H00 d'exécuter une opération à la façon algérienne. (...) J'ai lancé une grenade sur le Drugstore Saint-Germain", a expliqué Carlos dans l'interview. L'auteur de l'article sera victime d'une tentative d'assassinat au Liban peu de temps après la parution de l'entretien.

En reprenant le cheminement de la grenade du Drugstore, les enquêteurs ont enfin découvert qu'elle provenait d'un lot volé dans un dépôt des forces américaines en Allemagne. Tout comme celles remises par Carlos au commando japonais de La Haye et celle retrouvée lors d'une perquisition au domicile de l'une de ses maîtresses.

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