Attentat déjoué : Sid Ahmed Ghlam avait falsifié des documents

Sid Ahmed Ghlam, soupçonné d'avoir voulu préparer un attentat contre des églises et d'être impliqué dans le meurtre d'Aurélie Châtelain en banlieue parisienne, avait falsifié des documents pour entrer à l'Univesité Pierre et Marie Curie, à Paris, selon l'établissement. "En décembre 2014, il a été demandé de traduire l'intéressé devant la section disciplinaire pour présomption de falsification de documents administratifs officiels (relevé de note) en vue de son inscription à l'UPMC", indique l'université dans un communiqué. 

Un étudiant peu assidu

Le jeune homme qui s'était inscrit à l'UMPC en septembre 2014, en troisième année de licence sciences et technologies santé mention électronique, énergie, électrique, automatique, n'assistait plus depuis octobre 2014 aux cours ni aux travaux dirigés auxquels il s'était inscrit.

"Il était parfaitement intégré"

"Il était parfaitement intégré ce gars-là'", confie à l'AFP un responsable de l'école d'informatique parisienne SupInfo, où l'étudiant algérien a étudié entre novembre 2011 et juin 2013 après avoir passé "l'équivalent d'un Bac S" dans son pays.  "On ne savait même pas s'il était musulman ou pas, pratiquant ou pas. En tout cas, si pratique il y avait, elle n'a jamais été dérangeante. L'image montrée aujourd'hui n'est pas celle qu'il a laissée à SupInfo", estime-t-il.

Un trou entre juin 2013 et septembre 2014

En première année, "c'est un bon étudiant, ses résultats sont corrects et il passe en deuxième année sans problème", raconte le responsable de l'école. "En deuxième année, c'est plus compliqué. Ses résultats baissent, il décroche. En réunion pédagogique, il nous explique qu'il hésite à se réorienter. Il envisage de faire une troisième année puis finalement quitte l'école en juin 2013. Après, on perd tout contact".  Durant plus d'un an, entre juin 2013 et septembre 2014, on ne lui connaît pour l'instant pas de scolarité. C'est pendant cette période, au printemps 2014, qu'il est convoqué une première fois à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) qui soupçonne un profil radicalisé.

"Pas un extrémiste" pour sa soeur

Une soeur de Sid Ahmed Ghlam estime que son frère n'est pas "un extrémiste de l'islam".                  
"Mon frère n'a pas changé. Il n'y a pas eu de radicalisation. Je suis choquée par tout ça. Nous, on n'y croit pas. (...) Mon frère aussi parle avec les femmes et les respecte. Il est resté comme il a toujours été. Il n'a jamais eu de propos extrémistes", a expliqué à l'AFP cette jeune femme qui habite Saint-Dizier (Haute-Marne).                

"Je pense qu'il a été manipulé"

"On ne croit pas que des armes ont été retrouvées chez lui. Je pense qu'il a été manipulé par des gens de l'extérieur, qui l'ont peut-être menacé. On n'est pas des terroristes", a-t-elle ajouté.
                  
"Mon frère n'a jamais été un extrémiste de l'islam. Il a toujours été droit. Il donnait des cours de langue arabe aux hommes et moi aux femmes, à la grande mosquée El-Fath (à Saint-Dizier, ndlr). (...) Il était toujours souriant, il rendait service. (...) On est très, très choqué par ce qui se passe en ce moment. On ne s'attendait pas à cela", insiste cette femme qui porte un simple foulard mais pas la burqa.

"Il est contre la violence"                 
   
Elle ajoute lorsqu'on lui demande s'il avait des contacts en Syrie, que son frère "n'a jamais parlé d'aller là-bas" : "Il est contre la violence. Il nous dit que l'islam, ce n'est pas ça, ce n'est pas tuer des gens. Il ne supporte pas du tout ça".

Le parcours de Sid Ahmed Ghlam          

Son père l'a fait venir d'Algérie une première fois à Saint-Dizier (Haute-Marne) de 2001 à 2003. Sid Ahmed Ghlam est ensuite reparti dans son pays d'origine faute de papier. Il a passé son baccalauréat en 2010 en Algérie avant de revenir en France pour poursuivre ses études en électronique.

Passionné d’informatique, il était très actif sur les réseaux sociaux. Il ne cachait pas son attrait pour le djihad, la guerre en Syrie et l’Etat islamique. Des documents liés à cette organisation terroriste ont été retrouvés lors de la perquisition à son domicile.

Cet étudiant boursier franco-algérien de 24 ans vivait dans un foyer du XIIIe arrondissement de Paris, situé non loin de l’endroit où il a été arrêté dimanche dernier avec une balle dans la jambe.

Stupeur et choc              

"C'est la première fois qu'on entend parler de lui depuis qu'il a pris l'appartement, il n'y a eu aucun signalement, il payait son loyer normalement, dans les 200 euros par mois", a expliqué une porte-parole du Crous, Constance Blanchard.            

"Je suis un peu choqué d'apprendre ça comme ça", a témoigné un de ses voisins, Léo, un étudiant de 18 ans en philosophie à Paris 1. "Je suis inquiet" a-t-il ajouté. "J'ai peur qu'il se passe quelque chose dans une fac parisienne", a-t-il conclu.              

"Fiche S"           

Sid Ahmed Ghlam était connu des services de renseignement. Il faisait l'objet d'une "fiche S" de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui implique une surveillance discrète au nom de la sûreté de l'Etat. Il se serait rendu en Turquie en février pendant quelques jours. A son retour en France, il aurait été placé en garde à vue mais aucun élément n’avait permis d’ouvrir une enquête judiciaire à son encontre.

Arrestation

Des perquisitions ont eu lieu lundi et ce mercredi matin à Saint-Dizier (Haute-Marne), où résident les parents du suspect. Une jeune femme a été interpellée dans un petit pavillon par une trentaine de policiers.

Rappel des faits

Sid Ahmed Ghlam, soupçonné d'avoir préparé un attentat "imminent" contre des églises, a été arrêté dimanche à Paris. Il aurait un complice en Syrie avec lequel il aurait mis au point son projet d'attaque. Il est également suspecté du meurtre d'une jeune femme retrouvée tuée par balle le 19 avril au matin dans sa voiture à Villejuif (Val-de-Marne).